Le show à Broadway prend la pause

À cause de l’épidémie de coronavirus, les théâtres et music-halls de Broadway sont fermés depuis le 12 mars et ne devraient pas rouvrir avant le 6 septembre, au minimum. Aucune date précise de réouverture n’a été fixée, a annoncé mardi 12 mai l’association professionnelle The Broadway League.

Jamais le célèbre quartier des théâtres new-yorkais n’avait été à l’arrêt sur une si longue période, depuis son avènement à la fin du XIXème siècle. Chaque semaine de fermeture qui s’écoule fait perdre plus de 30 millions de recettes aux guichets des salles de spectacles. La saison 2018-2019 de Broadway a généré 1,8 milliard de dollars de revenus et fait venir 14,8 millions de spectateurs, selon les chiffres de The Broadway League.

Le 12 mars, le gouverneur de New-York, Andrew Cuomo, interdisait tous les rassemblements de plus de 500 personnes, alors que la métropole ne comptait qu’une centaine de cas confirmés de coronavirus. Toutes les représentations autour de la place de Time Square ont été alors suspendues pour une durée indéterminée. Aujourd’hui, les néons brillent toujours, mais les théâtres sont clos et les cas de Covid-19 dans l’état New-York approchent les 340 000.

Au moment de la suspension, 31 spectacles se jouaient à Broadway et huit autres préparaient leurs débuts pour le printemps. Deux productions, celles des pièces Hangmen et Qui a peur de Virginia Wolf ?, dont la première n’avait pas encore eu lieu, ont annoncé leur annulation définitive. La comédie musicale Beetlejuice, qui devait initialement achever ses représentations début juin, a annoncé par ailleurs qu’elle ne reviendrait pas. D’autres spectacles sont également sur la sellette.

Une économie fragilisée en péril

Les artistes, privés de cachets, ne peuvent plus compter que sur les allocations chômage, que certains attendent toujours à cause du chaos administratif. Beaucoup sont préparés à une crise très dure pour leur profession. « Malheureusement, il est quasiment impossible pour un musicien de scène de gagner de l’argent en ce moment », déplore Clayton Craddock, batteur de l’orchestre pour la comédie musicale Ain’t Too Proud. Si le cachet minimum à Broadway tourne autour de 2000 dollars la semaine, la plupart des artistes gagnent beaucoup plus et doivent donc affronter une perte financière massive et brutale.

Certains, acculés par des pressions financières, envisagent une reconversion temporaire ou définitive. « L’humeur générale parmi mes collègues n’a jamais été aussi sombre, affirme Maxime Moston, violoniste sur la comédie musicale Moulin Rouge. Nous avons tous un peu perdu espoir et que beaucoup envisagent d’autres carrières à ce stade. » Lui-même précise travailler actuellement sur d’autres projets.

Le véritable problème concerne la reprise : comment appliquer les règles de distanciation sociale sans mettre en péril l’économie fragile du spectacle ? « Même avec des salles remplies à 50%, un spectacle ne pourrait pas payer ses factures », avertit Charlotte St Martin, présidente de The Broadway League. Les spectacles font partie de la catégorie rassemblement de masse, « qui seront probablement les derniers à être autorisés ».

« La ville a besoin de Broadway pour s’animer »

Dans un communiqué publié mardi, Charlotte St Martin a indiqué travailler avec les syndicats professionnels ainsi que les autorités sanitaires et politiques « pour déterminer la manière la plus sûre de redémarrer [notre] industrie ». Cependant, une suspension des spectacles jusqu’en 2021 reste probable.

La reprise très attendue de la pièce Plaza Suite, avec Matthew Broderick et Sarah Jessica Parker, en couple à la ville, dans les rôles principaux, a été officiellement repoussée mardi d’une année complète avec une première désormais fixée au 19 mars 2021.
Ailleurs aux États-Unis, plusieurs théâtres ont annoncé que leur programmation ne reprendrait pas avant 2021. À Minneapolis, le Guthrie Theater restera fermé jusqu’en mars 2021 et proposera une saison raccourcie jusqu’en août. À Cleveland, le Playhouse Square a déjà reporté à l’an prochain une série de représentations de sept spectacles déjà joués à Broadway.

Les associations professionnelles de Broadway se sont donc tournées vers les élus pour obtenir le soutien financier essentiel pour leur survie. Le Congrès, encouragé par le président des États-Unis Donald Trump, travaille à des solutions pour sauver les finances de Broadway. Les entreprises de spectacle pourraient alors bénéficier de déductions fiscales totales sur toute l’économie liée au divertissement, mais aussi sur les frais de repas, qui représentent un coût important pour une production de Broadway. Ces déductions fiscales pourront aider Broadway mais aussi toutes ses « productions en tournée et les plus de 240 villes dans lesquelles les spectacles passent », précise Charlotte St Martin.

Si la crise du Covid-19 fait vaciller dangereusement la survie économique de Broadway, la présidente de The Broadway League reste confiante : « Économiquement, la ville a besoin de Broadway pour s’animer, pour que le tourisme, les hôtels et les restaurants soient en meilleure santé », affirme-t-elle. Les retombées économiques de cette industrie sur New York sont évaluées à 14,7 milliards de dollars par an. 

Phéline Leloir-Duault

Rubrique | Au Coin Culture

Ces dernières semaines, le monde ralenti semble redécouvrir son besoin de culture. Les initiatives des acteurs et actrices du secteur culturel fleurissent sur les réseaux sociaux, Internet regorge de bons plans dématérialisés, et souvent gratuits. On vous aide à faire le tri, et on essaye de prendre un peu de recul : qu’est-ce que tout ça dit sur la culture, et comment le secteur est touché par la crise ?

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