Accros aux autres, addicts au sexe : l’angoisse de la rechute

Quand l’autre est une obsession, quand la masturbation et la consommation de pornographie sont compulsives, quand se retrouver chez soi fait ressortir de vieux démons… Les dépendants affectifs et sexuels tentent de s’adapter au confinement. Malgré les angoisses, cette situation exceptionnelle leur permet d’avancer dans leur processus de rétablissement.

Un dépendant affectif est dans l’impossibilité de se détacher d’autrui. Le dépendant sexuel apaise ses angoisses par le biais du sexe. Illustration : Marion Fontaine. 

Quand Léna* a appris qu’elle allait être confinée, seule, pour une durée indéterminée, elle a eu peur de rechuter dans son addiction. Dans l’incapacité d’exercer son métier depuis son appartement, elle a très mal vécu les premiers jours du confinement. « À la fin du troisième jour, je me suis dit : « Ah tiens ! Pour décompresser, avant, je regardais du porno” ». Un ordinateur, un site internet, et la voilà replongée dans sa drogue, pour quelques minutes. L’élément déclencheur ? L’ennui.

« Les dépendants sexuels ont besoin de leur shoot d’excitation, explique-t-elle. J’ai eu beaucoup de relations sexuelles entre treize et vingt-deux ans, c’était le seul moyen pour que j’aie de l’attention. » Léna* est dépendante affective et sexuelle en rétablissement. Une addiction qui se manifeste par « le besoin de la présence de l’autre pour booster l’estime de soi », explique Alain Titeca, sexothérapeute. « Le sexe va venir apaiser une tension interne, il est nécessaire », ajoute-t-il. Pour gérer les pulsions, pas d’abstinence éternelle, mais une meilleure gestion des comportements compulsifs. 

La peur de retrouver ses anciennes habitudes, c’est aussi ce qui angoisse Théo*. Le confinement fait ressurgir de vieux souvenirs, une routine qu’il n’a pas envie de redécouvrir. « Je retrouve le même mode de vie que j’avais quand j’étais dépendant actif : devant mon ordi pendant des jours, des semaines … Canapé – ordinateur, ordinateur – canapé, c’était mon aire de jeu malsaine, à l’époque », lâche-t-il. Une solitude retrouvée qui lui rappelle un lointain isolement, celui qu’il vivait lorsqu’il n’arrivait pas à gérer ses pulsions. « C’est un mode de vie très solitaire. C’est pas parce que tu écumes Tinder que tu es entouré. »

Pour Alain Titeca, la liste des risques du confinement sur les dépendants est longue : mésestime de soi, dépression, problèmes de confiance exacerbés par la peur de l’abandon. Des angoisses propres aux dépendants affectifs, que Suzanne* ne connaît que trop bien. Cette quarantaine obligatoire accentue la douleur qu’elle ressent au quotidien : « La souffrance est amplifiée car on n’a pas l’action pour se distraire », explique-t-elle. Lors des premiers jours, elle a ressenti une très grande tristesse, amplifiée par la crainte de la solitude. 

Le confinement, une « thérapie obligatoire »

Pourtant, passer ses journées entre quatre murs a été l’occasion, pour les trois dépendants, de faire le point sur leur addiction. Une expérience qu’ils trouvent, finalement, assez enrichissante. « Le confinement, c’est une chance, sourit Suzanne*. C’est comme une thérapie obligatoire ! » Elle en profite donc pour apprendre à « s’auto-suffire ». De son côté, Théo* soutient que son addiction l’aide à gérer l’angoisse du confinement. Son parcours lui permet de ne pas se projeter trop loin dans le temps, de vivre un jour après l’autre. Une technique adoptée par les dépendants pour tenir leur sevrage. Léna*, elle, est presque soulagée d’avoir rechuté. Si elle regrette d’avoir manqué à sa sobriété, regarder un film pornographique l’a « dégoutée ». Elle s’est finalement rendu compte qu’elle ne pouvait pas se satisfaire sexuellement de cette façon. « Au début je me disais : « je laisse tomber mon sevrage pendant le confinement, tant pis”, mais maintenant, je vois les choses différemment », sourit-elle. 

Les trois dépendants sont désormais optimistes, et c’est en partie grâce au suivi qui s’est mis en place pendant la quarantaine. « En vingt-quatre heures, tout le monde a trouvé une solution », s’enthousiasme Théo*, membre d’une fraternité. Les groupes de parole se réunissent par visioconférence, les échanges et soutiens se sont adaptés à la situation. Alain Titeca, de son côté, reçoit ses patients par téléphone. C’est donc avec les moyens du bord que les dépendants continuent à lutter contre leur addiction. « J’ai envie d’avoir une vie, une liberté d’actions, résume Théo*. Je ne veux plus dépendre de mon obsession. »

* Pour préserver l’anonymat des personnes mentionnées, les prénoms ont été modifiés. 

Brianne Cousin

Rubrique | Fraîche Info

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