Albéric Cormerais : « Le plus dur est de ne pas avoir de visibilité sur les prochaines compétitions »

Deux fois deuxième au championnat du monde junior d’aviron (2010 et 2011), champion du monde 2014 dans la catégorie moins de 23 ans, le palmarès d’Albéric Cormerais est déjà grand. Mais le membre de l’équipe de France d’aviron attendait avec impatience les Jeux olympiques de Tokyo pour tenter d’ajouter une médaille olympique à son prestigieux tableau. C’était sans compter sur ce confinement imprévu qui est venu bouleverser son calendrier et ses entraînements.

Avant le confinement, quel était votre état d’esprit ?

J’étais plutôt dans une bonne phase. Tous les matins,  de 8h à 10h, je ramais au Pôle France de Lyon. Puis, j’allais travailler (NDLR : Albéric est acheteur depuis mars 2019 chez Bouygues Construction). Quatre ou cinq soirs par semaine, dans mon club sur les quais de Saône, je m’entraînais au sol et sur l’ergomètre pour travailler mon cardio. J’enchaînais ensuite avec de la musculation. Je me sentais vraiment bien sur le bateau et j’avais mes objectifs bien en tête.

Quels étaient ces objectifs ?

Le premier était de me classer parmi les meilleurs aux Championnats de France bateaux courts qui devaient avoir lieu du 3 au 5 avril 2020 à Cazaubon (Gers), et ainsi me qualifier en équipe de France. Mon deuxième objectif était de participer avec l’équipe de France, à la régate de qualification olympique du 17 au 19 mai à Lucerne en Suisse. Il restait deux places pour aller aux JO. Il fallait donc finir dans les deux premiers.

Quel regard portez-vous sur le report des JO à l’été 2021 ?  

C’est très frustrant, d’autant plus quand vous savez que que vous êtes sur une bonne lancée. Mais le report des JO reste la meilleure solution. En confinement, je suis conscient que je m’entraîne moins bien qu’en extérieur. Or, dans certains pays,  les athlètes de haut niveau ont des dérogations spéciales. Ils peuvent continuer à aller sur l’eau et ramer. D’autres sportifs sont en confinement mais dans leur centre d’entraînement ! Ils ont donc accès à leurs bateaux et à un bassin. À trois mois des JO, ce n’est pas très équitable.  Il y a aussi la question des contrôles anti-dopage qui, avec les restrictions, ne sont pas réalisés. Mais reporter les Jeux, c’était donc la meilleure chose à faire.

Confiné, vous continuez à vous entraîner. Avec l’annulation des compétitions, le report des JO et ce confinement imposé, arrivez-vous à garder la même motivation ?  

J’essaie, même si, je dois l’avouer, c’est très compliqué. Le plus dur est de ne pas avoir de visibilité sur les prochaines compétitions. Aujourd’hui, ce qui me « maintient en haleine », ce sont les championnats d’Europe qui devaient se tenir en juin. J’ai l’espoir qu’ils soient décalés en septembre. Cette compétition, ce sera mon objectif de fin de saison !

Cette échéance en tête, à quoi ressemble votre vie de sportif de haut niveau confiné ?

Je suis confiné avec cinq autres sportifs dont trois sont dans mon club d’aviron. On essaye donc de se motiver mutuellement ! Pour nous entraîner, on a deux rameurs, des ergomètres, des barres de musculation, des poids et des tapis. La fédération nous a envoyé un programme d’entraînement adapté. Il est assez dur puisque tout ce qui devait être fait sur l’eau doit maintenant être fait sur l’ergomètre. Cela devient vite lassant et usant. J’essaye quand même d’en faire une heure et demie par jour. Puis, j’enchaîne avec du gainage et des abdos. Ce sont mes points faibles donc ce n’est pas plus mal de pouvoir me concentrer sur ces exercices !

Êtes-vous toujours en contact avec vos entraîneurs ?

Oui, ils nous appellent régulièrement pour savoir comment nos entraînements se déroulent, si le programme envoyé est adapté au matériel dont on dispose. Mais s’entraîner en confinement, c’est finalement surtout de l’entretien physique. En dehors de mon sport quotidien, mes journées restent plus calmes. Je me dépense moins. Et cela joue sur mon appétit. Depuis le début du confinement, j’ai perdu 3 kilos ! Je n’ai donc qu’une hâte : reprendre l’entraînement en bateau !

Agathe Boussard.

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