Cédric Joly : “Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi je m’entraîne”

Crédit : ffck/kmsp. M. Blondeau.

L’athlète français Cédric Joly, champion du monde en titre de canoë slalom (C1), nous raconte son quotidien de sportif confiné et livre son sentiment sur le report des Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Comment vivez-vous ce confinement ? 

Je suis en Bretagne chez mes parents, on a une maison avec jardin donc ça aide à mieux passer le temps. À la base, j’étais en stage à Londres quand le confinement a commencé donc j’ai dû mettre fin à mon stage et je suis venu en famille, dans un endroit où je me sens bien et où je peux continuer à faire du sport, à défaut de pouvoir faire du canoë. 

Qu’est ce qui est est le plus dur à gérer pendant le confinement ?

La plus grosse difficulté pour les sportifs confinés n’est pas tellement le physique mais surtout l’aspect moral : on a plus d’échéance, plus de calendrier. J’avais les championnats d’Europe qualificatifs pour les JO dans un mois, potentiellement les JO ensuite. On savait pourquoi on s’entraînait. Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi je m’entraîne, c’est juste pour maintenir la forme. 

Quelle est votre routine d’entraînement ? 

Toutes les activités ont évidemment été suspendues, je ne peux pas accèder à la rivière. Mais je peux toujours faire du gainage, de la musculation, de la course à pied même si c’est très limité. D’habitude je suis entre deux ou trois séances par jour, aujourd’hui je suis à plus ou moins zéro. Je fais du yoga et des étirements le matin, puis beaucoup de sport avec mon frère dans la journée mais c’est vraiment éloigné de mon activité. Je joue au tennis et au basket pour être dehors. L’important est surtout de garder le moral, de la fraîcheur et l’envie de reprendre pour qu’à la reprise je sois en pleine forme et frais mentalement. 

Comment gérez-vous votre nutrition ? 

C’est limite mieux parce qu’en général en stage, en déplacement on est toujours à l’hôtel, au restaurant donc on peut pas trop contrôler ce qu’on mange. Être à la maison permet d’aller au marché, de cuisiner de bons plats. C’est plus simple qu’au quotidien finalement. 

Quelle a été votre réaction en apprenant le report des Jeux Olympiques ? 

Le report des JO tombait très bien finalement pour l’équité sportive, parce que la course qui devait départager les meilleurs français (NDRL : entre Denis Gargaud-Chanut, Martin Thomas et Cédric Joly) pour un ticket olympique a été annulée. Il y avait aussi des conditions d’entraînement différentes selon les pays, donc c’était limite de faire ces JO au niveau de l’éthique sportive et de la santé publique, avec un tel regroupement de spectateurs, d’athlètes sur un mois au Japon. C’était inimaginable. 

Qu’est ce que ce report implique pour vous ? 

Je suis étudiant à Sciences Po Rennes mais j’ai fait une césure pour me professionnaliser il y a deux ans. J’avais prévu de reprendre après la saison et après les JO. Mais c’est aussi un plan qui tombe à l’eau car c’est impossible de suivre une année scolaire en master en parallèle d’une année olympique. 

Sur le plan financier, comment faire face à une telle situation ? 

J’ai signé beaucoup de contrats suite à mon titre de champion du monde, notamment avec la Française des Jeux et le programme de la FDJ Sport Factory. Financièrement, cela m’apporte un gros gros avantage car j’ai de la visibilité sur cinq ans pour construire un projet de préparation avant les JO. La FDJ m’accompagne aussi socio-professionnellement pour me permettre d’entrer en master à Sciences Po. Mais sinon, sur une année olympique où on enchaîne sept ou huit mois de déplacements dans l’année, ça coûte très cher donc être coincé à la maison permet d’économiser de l’argent. 

Quelle est la prochaine échéance ? 

Ce devrait être la Coupe du Monde en septembre. Mais c’est le flou total. Là, il faut se dire que c’est la fin de saison, on se remet moralement et on repart pour une nouvelle saison, voire dix-huit mois de préparation olympique.

Charlie Courrent.

Rubrique | Sportivement

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