Christophe Tinseau (pilote automobile) : « Je crains que le déconfinement se passe mal »

La fermeture des circuits liée à la crise du coronavirus a profondément bouleversé le quotidien de l’ensemble des  acteurs du sport automobile. Christophe Tinseau*, à la fois pilote et instructeur, a vu ses activités s’arrêter. À l’heure du déconfinement, il est partagé entre soulagement et inquiétude.

Rue des Confinés : En tant que pilote automobile et instructeur de pilotage, comment avez-vous vécu le confinement ?

Christophe Tinseau : Cela a été très difficile car du jour au lendemain, mes principales activités ont été brutalement interrompues. Depuis 20 ans, j’organise des Tinseau Test Days. Ce sont des journées de roulage loisirs qui se déroulent sur des circuits que j’ai préalablement loués (Spa-Francorchamps, Magny-Cours F1 ou le circuit Bugatti du Mans). Accès à la piste, moniteurs en libre service et open bar, je m’occupe normalement de tout. Mais, à cause de la fermeture des circuits, j’ai dû annuler les Test Days qui avaient été prévus. Je n’ai pas non plus pu louer mes voitures. Quant à mon garage, acheté en début d’année à Vineuil (Loir-et-Cher), il a tourné au ralenti. Les voitures qu’on entretient sont atypiques. Les pièces détachées viennent des quatre coins du monde. Les américaines, comme les tyrans de roue ou les capots, sont arrivées au compte-gouttes pendant le confinement. 

R.d.C : Financièrement parlant, avez-vous pu compter sur des aides ?

C.T. : Oui, et heureusement ! Même si les garages avaient l’autorisation de rester ouverts pendant le confinement, le mien ne pouvait plus fonctionner normalement car il est très dépendant de l’utilisation des circuits. Comme mes activités sont essentiellement tournées vers l’événementiel, j’ai pu mettre mes salariés en chômage partiel. J’ai aussi bénéficié d’un report de crédit de quatre mois.  Un soutien non négligeable et plus que bienvenu !

R.d.C. : En janvier, avant la crise sanitaire, vous avez décidé d’annuler la Tinseau Cup, un nouveau championnat à votre nom, qui devait se dérouler dans l’année. Compte tenu de la situation actuelle, êtes-vous soulagé de l’avoir annulée ?

C.T. : Chaque pilote rêve un jour d’organiser son propre championnat. Faire courir de belles  voitures procure toujours une grande satisfaction. Mais au début de l’année, j’ai estimé que mon projet de la Tinseau Cup, ma propre compétition, comportait trop de risques d’un point de vue économique. Créer un championnat complet à partir d’une structure aussi petite que la mienne nécessitait d’avoir suffisamment de partenaires financiers. Il faut engager beaucoup de moyens pour réserver des circuits. La crise sanitaire que nous vivons actuellement aurait porté un coup fatal à mon championnat. Cela aurait été financièrement catastrophique. Dans ce sens-là, je suis très soulagé de ne pas l’avoir organisé !

R.d.C. : Quels sont vos projets, maintenant que le déconfinement a été amorcé ?

C.T. : J’aimerais pouvoir organiser le premier Tinseau Test Days post-confinement le 13 juin au Mans. Mais là encore, je travaille dans le flou. Rien ne nous dit qu’un deuxième confinement ne sera pas annoncé entretemps ou que le circuit ne restera pas fermé. Pour l’instant, je ne peux pas faire payer à mes clients leurs réservations car je suis dans l’incapacité de leur assurer que le trackday aura bien lieu. Je n’ai pas de trésoreries et ne peux rien anticiper. Cela change donc complètement mes habitudes de travail. La réunion qui doit déterminer si le trackday aura lieu ou non doit se tenir le 3 juin. À partir de ce moment-là, s’il est maintenu, je n’aurai plus que dix jours pour l’organiser ! Un défi mais on est prêt à le relever !

R.d.C. : Quel regard portez-vous sur ce déconfinement ?

C.T. : Je l’attendais avec impatience et désormais je le crains. J’ai peur qu’il se passe mal et que les entreprises du secteur de l’événementiel, comme la mienne, ne puissent pas reprendre leurs activités normalement. Je crains aussi que le dispositif de chômage à temps partiel ne soit pas prolongé ou qu’il diminue considérablement dans les prochains mois. J’ai peur que mes clients, principalement des chefs d’entreprise, n’aient plus les moyens de venir rouler en circuit. C’est un loisir qui reste assez coûteux. (ndlr : pour une journée complète sur un circuit, moniteurs à disposition, repas et open bar compris, comptez 500 euros TTC)

R.d.C. : Comment voyez-vous la reprise des grandes courses professionnelles* ?

C.T. : Pendant six mois, aucun pilote n’a conduit.  Certes, certains ont continué à se préparer physiquement et mentalement, notamment grâce aux simulateurs. Mais il faut désormais remonter dans de vraies voitures et se remettre dans un esprit de compétition. Rouler très vite tout de suite après des mois d’arrêt est très compliqué. Il faut réapprendre à se concentrer, à juger se vitesse d’arrivée dans les virages… C’est un exercice très difficile !

Agathe Boussard.

* Christophe Tinseau a été vice-champion de France Formule Renault en 1991, puis vice-champion de France de Formule 3 en 1994. En 2012, il termine 2ème en LMP2 et 8ème au classement général des 24 Heures du Mans.

*Le promoteur de la Formule 1 espère démarrer début juillet en Autriche (le 5 juillet sur le Red Bull Ring). Le championnat comporterait entre quinze et dix-huit épreuves, organisées par aires géographiques. Les calendriers de la Formule 2 et de la Formule 3, qui dépendent de celui de la F1, n’ont pas encore été dévoilés. Concernant le WEC, le championnat du monde d’endurance, ses organisateurs ont annoncé le report des 6 Heures de Spa-Francorchamps au 15 août. Les 24 Heures du Mans ont été reportées aux 19 et 20 septembre.

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