Conficiné #1 : Le vendredi, sortie en club

Chaque semaine, prenez la poudre d’escampette grâce au cinéma. Cinq films sélectionnés autour d’un thème commun, pour écarter les murs et partir en balade. Ouvrez une fenêtre, posez un pied dans l’herbe, et laissez vous guider. 

La Fenêtre

N’es-tu pas notre géométrie, 
fenêtre, très simple forme 
qui sans efforts circonscris 
notre vie énorme ?  
Rainer Maria Rilke, ″La Fenêtre″, Vergers, Œuvres poétiques

Et s’il suffisait de la dessiner, comme Roberto prisonnier dans Down by law, pour s’enfuir… La fenêtre est le point de départ de l’itinéraire. Lucarne, baie vitrée, persienne, grillagée, ouverte, fermée, elle symbolise à l’écran tour à tour le dialogue, la rêverie, la solitude, et même bien plus souvent le cinéma lui-même, en train de faire. Voici notre sélection de semaine, à vos toiles, prêts, … !

Fenêtre sur cour, Alfred Hitchcock (1954) – Polar en peignoir

Quand un journaliste immobilisé chez lui s’ennuie, il observe ses voisins, jumelles au poing. Et cherche à résoudre un crime. Epaulé par l’imprudente Lisa (Grace Kelly), Jeff scrute la cour sans dormir, tout comme le spectateur à travers lui. Le voyeurisme de James Stewart est un plaisir partagé, dans un film où la caméra ne quitte pas l’espace de la chambre du confiné. Hitchcock pose un regard fin sur le cinéma et l’amour dans ce thriller immobile, où la musique de Franz Waxman résonne à tous les étages. 

Lost in Translation, Sofia Coppola (2003) – Lost in トランスレーション

Dans Lost in Translation, les fenêtres séparent le microcosme artificiel du Park Hyatt Tokyo, le luxueux hôtel où la plupart du film est tourné, de la mégalopole tentaculaire qui s’étend à ses pieds. Pendant la première partie du film, Tokyo n’est qu’un décor vu à travers un écran. Charlotte (Scarlett Johansson) et Bob (Bill Murray) s’ennuient dans ce pays qui n’est pas le leur. Leur solitude devient un peu plus supportable après leur rencontre au bar de l’hôtel. Peu à peu, les fenêtres disparaissent et les deux personnages entrent dans la ville.

Le Jour se lève, Marcel Carné (1939)  Room with a view

François aime Françoise. Et tue Valentin. Calfeutré dans sa chambre après le crime, il se remémore les jours heureux jusqu’à l’aube. Entre les flash-backs, il tourne en rond entre une armoire, un lit, un miroir et sa fenêtre ouverte, seul lien qui lui reste avec la ville et la société. “Tout le monde tue un petit peu, seulement on tue en douceur, alors ça s’voit pas”, résumera François, interprété par Jean Gabin, les mots de Prévert à la bouche, tous résolument modernes dans un film magnifique, poétique et cruel. 

Paris, Texas, Wim Wenders (1984) – Regard à sens unique

Une vitre sans tain sépare l’homme de la femme qu’il n’a pas vue depuis quatre ans. Travis (tendre Harry Dean Stanton) sillonne vers Houston en compagnie de son fils retrouvé, pour tenter tant bien que mal de recomposer leur famille, et rattraper Jane. Une photographie aux couleurs chaudes comme un grain d’été, une bande son minimaliste et vibrante signée Ry Cooder, et des travellings qui donnent à voir l’Amérique dans toute sa largeur, Paris, Texas a reçu la Palme d’Or à Cannes en 1984, à l’unanimité. 

Un Éléphant ça trompe énormément, Yves Robert (1976) – Jeter l’amant par la fenêtre 

Une fenêtre pour espionner, pour rêver, pour aimer ou pour… tromper. Qui d’autre que Jean Rochefort, alias Etienne Dorsay, pour confondre le placard à amant avec un rebord de fenêtre de dernier étage. Ce n’est pas qu’Etienne est malheureux dans son couple, mais voilà, dans Un Eléphant ça trompe énormément, l’employé de bureau fantasme sur l’image d’une femme en robe rouge. Heureusement, le quadragénaire est épaulé par ses trois meilleurs amis, joués par Guy Bedos, Victor Lanoux et Claude Brasseur, ce dernier lauréat du César du meilleur second rôle, pour un des premiers personnages homosexuels valorisés dans le cinéma français. 

Léo Durin, Hippolyte Corneille, Marion Michel

Rubrique | Au Coin Culture

Ces dernières semaines, le monde ralenti semble redécouvrir son besoin de culture. Les initiatives des acteurs et actrices du secteur culturel fleurissent sur les réseaux sociaux, Internet regorge de bons plans dématérialisés, et souvent gratuits. On vous aide à faire le tri, et on essaye de prendre un peu de recul : qu’est-ce que tout ça dit sur la culture, et comment le secteur est touché par la crise ?

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