Confinement : comme Mohamed, les danseurs hip-hop tentent de garder le rythme

Danseur hip-hop professionnel, Mohamed a vu ses activités de professeur et d’artiste stoppées net par les mesures de confinement. Le 30 mars, il est tombé malade du Covid-19. Désormais guéri, il tente de faire face aux difficultés économiques, comme beaucoup d’autres acteurs du monde de la culture.

Démarche énergique et rythmée, toujours un grand sourire sur son visage au regard bienveillant, Mohamed a 39 ans et habite Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Danseur hip-hop professionnel depuis 2004, il a « vraiment commencé à danser en 1999 ». Il partage son temps entre des spectacles (par exemple Corps pour corps en 2018) et les cours qu’il donne au conservatoire de Chatou, dans les Yvelines.

Pour lui comme pour tous les danseurs professionnels, le début du confinement a forcément rimé avec un arrêt total de ses activités.

Mais Mohamed ne l’a pas forcément mal vécu au départ. « Je m’entraînais chez moi, je faisais des séances de musculation et je répétais », explique-t-il. Pour lui, le confinement peut même être une aubaine, d’un point de vue physique et artistique, si l’on met de côté l’aspect financier : « En général, on a toujours des projets en suspens, sur lesquels on n’a pas le temps d’avancer. Le confinement peut servir à ça, ça fait progresser ! Forcément tu te concentres plus sur toi-même ! Et en hip-hop on est déjà habitué à s’entrainer seul, pour chercher ses mouvements », ajoute-t-il. Mais certains danseurs sont plus dans le collectif : « ceux qui sont dans l’esprit battles. Là ils perdent leurs entraînements en groupe. Je sais que certains le font en vidéo en ce moment. »   

Malheureusement, Mohamed a vite perdu le rythme. « J’ai attrapé le coronavirus le 30 mars. J’ai été très malade pendant deux semaines, et ensuite j’étais hyper fatigué, cassé. Je n’ai pas dansé une seule fois en un mois », regrette-t-il. Désormais guéri sans complications, il est encore faible. « Je suis rassuré, parce que selon les scanners je n’ai rien aux poumons. Vu que je suis asthmatique, j’ai eu peur de perdre du souffle. Ça aurait été compliqué pour mon métier… »

« Il y aura toujours des perdants »

« Pour les artistes, cette situation pose tellement de problèmes. Moi je n’étais plus intermittent, mais j’aurais pu le redevenir avec les cachets que j’aurais touchés ces prochains mois. » Pour devenir intermittent du spectacle et donc pouvoir obtenir une allocation chômage, Mohamed aurait dû cumuler un certain nombre d’heures travaillées et de rémunérations. Sur un an, il aurait fallu qu’il déclare 507 heures minimum ou 43 cachets. « Pour les cas comme moi, aucune aide n’est prévue. »

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Pour le mois de juin notamment, Mohamed avait beaucoup de dates programmées : des galas de fin d’année, des stages, des spectacles, des festivals. « Rien que pour la semaine de stage annulée, j’ai perdu 800 €. » La spécificité du monde de la danse hip-hop, c’est que les contrats sont souvent signés à la dernière minute. « Mes dates en juin étaient bien prévues depuis longtemps, mais je devais signer les contrats plus tard ! Donc là je n’ai rien pour prouver que j’ai perdu de l’argent. Je ne peux rien demander à l’État. »

Plus largement, les difficultés sont immenses pour les danseurs et danseuses, et pour tous les artistes de la scène. Aucune programmation avant septembre. Et le problème, c’est que tout est décalé, comme l’explique Mohamed : « La plupart des théâtres et des salles ont déjà leur programmation prête pour septembre – octobre – novembre. Donc les spectacles qui ont été annulés en mars – avril – mai seront, pour certains, seulement reprogrammés à partir de mars 2021, si les théâtres reprogramment ! » Et s’ils le font, cela signifie qu’ils ne programmeront pas autre chose. « Il y aura toujours des perdants, malheureusement », résume-t-il. En plus, la période de mars à mai est la plus rentable pour les artistes.

Mercredi 6 mai, Emmanuel Macron a annoncé l’instauration d’une « année blanche » pour les intermittents. Cela signifie qu’ils conserveront ce statut malgré l’arrêt des spectacles imposé par le confinement.

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Le hip-hop, un milieu particulier

Comme Mohamed est professeur de danse au conservatoire municipal de Chatou, il touche actuellement le chômage partiel. « Mais ça reste toujours moins d’argent que d’habitude, puisque je complétais avec les cachets », précise-t-il. Pour le moment, il n’a pas d’informations quant à une éventuelle reprise de ses cours avant septembre. Autre crainte de Mohamed : avoir moins d’élèves l’année prochaine. « Les galas de fin d’année, c’est le moment où les enfants découvrent le hip-hop et ont envie de s’inscrire aux cours. Là, les jeunes vont voir du hip-hop nulle part, c’est dommage. »

Enfin, le hip-hop est un milieu particulier, moins académique que les autres danses. Comme aime toujours le rappeler Mohamed, les danseurs hip-hop ne font pas tous partie de compagnies et ne sont pas tous professeurs. « Il y a beaucoup de danseurs qui font des shows en soirée, des spectacles de rue… Tout un monde underground qui n’existe plus et qui devra évidemment se relever tout seul ! »

Marion Mayer

Rubrique | Au Coin Culture

Ces dernières semaines, le monde ralenti semble redécouvrir son besoin de culture. Les initiatives des acteurs et actrices du secteur culturel fleurissent sur les réseaux sociaux, Internet regorge de bons plans dématérialisés, et souvent gratuits. On vous aide à faire le tri, et on essaye de prendre un peu de recul : qu’est-ce que tout ça dit sur la culture, et comment le secteur est touché par la crise ?

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