Confinés en Nouvelle-Zélande, deux Français racontent leur expérience

Partis en Nouvelle-Zélande pour réaliser le voyage de leur rêve, Robin et Margaux ont dû arrêter précipitamment leur périple pour se confiner. L’un a décidé de rester dans le pays, l’autre a fait le choix de rentrer en France.

Crédit photo : Margaux Dupont.

« La Nouvelle-Zélande me fascinait, de par sa culture, son histoire. Je ne pensais pas un jour pouvoir me rendre là-bas et puis, l’opportunité s’est présentée. J’ai sauté sur l’occasion et pris mon billet dans la foulée », se souvient Margaux. Cette jeune diplômée en communication a atterri à Auckland le 7 février. Avec son amie Zoé, elle dispose d’un permis vacances travail (PVT) qui lui permet de voyager à travers la Nouvelle-Zélande tout en travaillant sur place. « C’est une bonne manière de financer son périple », explique la Française.

Après avoir visité Auckland, les deux jeunes filles se rendent à Muriwai, une petite ville côtière. « On est parties 15 jours faire du woofing – un concept très courant qui consiste à aider des habitants dans leurs travaux quotidiens. En échange du logis et du couvert, on a aidé Jane, une Néo-Zélandaise âgée d’une soixantaine d’années, à entretenir son jardin. C’était très sympa ! » Cette expérience rurale terminée, Zoé et Margaux reprennent leur roadtrip à travers l’île du Nord. Afin de se déplacer, elles achètent une Toyota Estima à une touriste française qui vient de terminer son voyage. « On se garait dans les campings et on dormait sur un lit qui avait été aménagé à l’arrière de la voiture, face à la plage. C’était magique », raconte Margaux.

Projets avortés

Après avoir fait le tour de l’île du Nord (Bay of islands, Tauranga, Rotorua, Taupo) pendant un mois, les deux amies n’ont qu’une hâte : poursuivre leur voyage dans l’île du Sud. Mais c’était sans compter sur la crise du coronavirus et l’annonce du confinement venues doucher leurs espoirs. Le 23 mars, la Première ministre Jacinda Ardern donne 48 heures aux Néo-Zélandais pour se confiner. Le 25 mars, le pays passe au niveau 4 de l’alerte sanitaire. Les écoles et les commerces non essentiels ferment leur porte. Le ferry reliant l’île du Nord à l’île du Sud interrompt ses liaisons pour les passagers.

Rejoindre le Sud faisait aussi partie des projets de Robin. Ce jeune étudiant en journalisme est arrivé le 12 février en Nouvelle-Zélande. « J’ai toujours voulu explorer des contrées lointaines ! Découvrir des nouvelles cultures. La Nouvelle-Zélande, avec ses paysages magnifiques, était la destination parfaite », explique Robin. Après un mois passé à Auckland pour apprendre l’anglais, l’étudiant tente le kiwi experience. Ce programme propose d’explorer le pays en bus grâce à un système de pass. Arrivé à Wellington, la capitale, il comprend qu’il ne pourra pas continuer son voyage comme il l’avait prévu. « Le confinement n’avait pas encore été déclaré que les bars commençaient déjà à fermer », se remémore Robin. Dans son auberge, l’étudiant rencontre deux parisiens qui lui proposent de se confiner avec eux. « Juste avant le début du confinement, ils ont loué une maison située dans la région de Taupo, à la campagne. Je les ai rejoints. »

Célèbre randonnée du Tongariro (Crédit Photo : Robin Hulin)

Confinés à l’autre bout du monde

Pressentant le confinement, Margaux et Zoé ont, elles, fait le choix de s’installer à Gisborne dans le Nord-Est de l’Île du Nord de la Nouvelle-Zélande. « Une amie de mon parrain habite dans cette ville. Elle nous a gentiment hébergées. Heureusement qu’elle était là sinon on aurait dû vivre la quarantaine dans notre voiture ! », explique Margaux.

Dans un premier temps, les proches de la jeune fille lui conseillent de rester à Gisborne et de ne pas rentrer en France. « Ma famille considérait que j’étais davantage en sécurité en Nouvelle-Zélande car le pays ne recensait que très peu de cas de contamination. » Mais Margaux vit de moins en moins bien l’éloignement avec ses proches. « C’était angoissant d’être à l’autre bout du monde dans une situation aussi lunaire. Si quelque chose de grave arrivait à un membre de ma famille en France, je n’aurais rien pu faire. Et puis, j’étais plongée dans une totale incertitude. Je ne savais pas combien de temps ce confinement allait durer. »

Les deux amies décident de rentrer en France et attendent le rapatriement. « L’ambassade de France nous a envoyées un formulaire avec plusieurs questions pour connaître notre situation de confinement. Quand est-ce que notre visa allait expirer ? Comment était-on confinées ? Depuis combien de temps, était-on en Nouvelle-Zélande ? ». Au bout de plusieurs jours d’attente, les deux jeunes filles prennent conscience qu’elles ne sont pas prioritaires pour le rapatriement. « Notre visa expirait en décembre et on était confinées dans une maison. On a compris qu’on ne faisait pas partie des situations les plus urgentes ».

Une semaine plus tard, début avril, les Françaises commencent donc à chercher un vol commercial. Mais là encore, trouver des places disponibles s’avère beaucoup plus compliqué que ce qu’elles avaient imaginé. « Les vols étaient tous complets. Les sites de réservation saturés. On n’arrêtait pas de recharger la page. Mais dès qu’une place se libérait, elle était instantanément prise. Ce n’est qu’au bout de la trentième tentative, qu’on a réussi à trouver des billets ! », raconte Margaux qui a dû débourser près de 1 800 euros pour son retour. « Mon billet aller pour la Nouvelle-Zélande ne m’avait coûté que 650 euros ».

Abandonner sa voiture

Le 5 avril, à bord de leur Toyota Estima, les deux jeunes filles quittent donc Gisborne direction Auckland. Arrivées près de l’aéroport, elles n’ont d’autres choix que d’abandonner leur voiture. « On avait prévu de la revendre à un backpacker à la fin de notre voyage mais à cause de la crise sanitaire, personne n’a voulu l’acheter. Les garages étaient fermés. C’était donc soit la casse, soit l’abandon », explique la jeune diplômée. Avec quelques kilomètres au compteur, leur Toyota est en parfait état. Les jeunes filles choisissent donc la deuxième option. « On l’a garée dans une rue. Puis, on a posé un mot sur le pare-brise expliquant la situation. On a laissé nos coordonnées et on a caché les clés ». Le lendemain de son retour en France, Margaux reçoit un message. Un Néo-Zélandais est intéressé par sa voiture et demande où sont les clés. « C’est désormais l’heureux bénéficiaire de notre Toyota ! », s’amuse la Française.

À la fin de leur roadtrip, les backpackers (routards) revendent généralement leur voiture à d’autres voyageurs. (Crédit Photo : Margaux Dupont)

Ces problèmes, Robin n’y a pas été confronté car il a choisi de rester en Nouvelle-Zélande. « À aucun moment, je me suis posé la question de rentrer en France. Je suis bien mieux à la campagne dans une maison, qu’en France dans un appartement ! », explique l’étudiant. Confiné dans la région de Taupo avec les deux parisiens rencontrés à Wellington, il a encore l’espoir de pouvoir reprendre le cours de son voyage et de rejoindre l’île du sud. « J’aurais regretté d’être rentré, j’en suis certain. Et d’ici mon retour, les mesures de confinement en Nouvelle-Zélande seront, je l’espère, assouplies. » Depuis le 27 avril, elles le sont déjà puisque le pays a redescendu son niveau d’alerte de 4 à 3, permettant une reprise partielle de certaines activités. Mais les déplacements sont toujours limités.

L’étudiant en journalisme, qui devait initialement revenir en France fin avril, a décidé de prolonger son séjour jusqu’à début juin et attend avec impatience de savoir ce qui lui sera permis de faire ou non. « Le 11 mai, on devrait savoir si la Nouvelle-Zélande passe au niveau d’alerte 2. Si on peut se déplacer normalement, je vais essayer de rejoindre des amis à Auckland. Ensuite, j’aimerais partir dans l’île du sud. Mais si ce n’est toujours pas possible, j’essaierai de voyager dans le reste de l’île du Nord. » Robin doit rentrer le 4 juin en France. « Mon vol de retour fait escale aux États-Unis. Donc je ne suis pas certain qu’il soit maintenu. »

De retour en France, Margaux est, elle, retournée dans sa maison à Chavenay (Yvelines). Déçue de ne pas avoir pu visiter l’île du sud de la Nouvelle-Zélande, elle ne regrette cependant pas d’être rentrée. « Dans tous les cas, avec les restrictions de déplacement dues au confinement, on n’aurait pas pu terminer le voyage comme on le souhaitait. Rentrer, c’était la meilleure décision, ou en tout cas, la plus sage. », confie la jeune fille, déterminée à retourner dans ce pays que l’on surnomme « Le Paradis du Pacifique » : « On n’a qu’une vie. Avec Zoé, on s’est donc promis d’achever notre périple. La Nouvelle-Zélande, c’est sans aucun doute ma prochaine destination de voyage. »

Agathe Boussard