Coronavirus : à Abidjan, les forces de l’ordre soignent leur image après des violences constatées

En Côte d’Ivoire, le début de la lutte contre le COVID-19 a été émaillé de violences policières. Interpellées par la population et parfois par des organismes des droits de l’homme, les autorités ont fait le pari de la « prise en charge » plutôt que de réprimer. 

Séance de briefing média sur l’application des mesures dans un local de la police. On se marche les uns sur les autres, comme on peut le voir et certains n’ont pas de masque de protection.Crédit photo : Direction générale de la police. 

Samedi 28 mars. Il est 20h30 au commissariat du 8e arrondissement à Cocody-centre. Les policiers sont rassemblés au drapeau. Devant eux, le directeur général de la police nationale, le commissaire divisionnaire Youssouf Kouyaté. « Il va bientôt être 21h00. Nous allons nous rendre sur le terrain pour faire respecter le couvre-feu. Faisons-le avec fermeté, sans faiblesse mais sachez que nous sommes des hommes. Privilégions l’assistance à l’homme ».

Si le général Kouyaté parle ainsi, c’est parce qu’il sait que quatre jours seulement après le début de la mesure de couvre-feu décrété par le président Ouattara pour contrer la propagation du coronavirus, l’image de la police s’est assombrie. Pour reprendre une expression bien ivoirienne, les forces de l’ordre ont « gâté leur nom » dès le premier soir de l’application du couvre-feu.

Répression systématique

Mardi 24 mars, alors que les habitants se préparent à vivre leur première nuit de couvre-feu, beaucoup découvrent sur les réseaux sociaux un visuel qui invite à un concert gratuit de 21 heures à 5 heures du matin. « #StopCovid19Civ, #RestezChezVous, Giga Concert tous les soirs de 21h à 05h ». L’affiche est signée « Gendarmerie Nationale », avec les signes distinctifs (logo et slogan) de cette force.

Le message est codé mais il se comprend aisément. Les hommes en armes s’apprêtent à faire la fête aux indisciplinés. Il faut dire que la population les a beaucoup incités à ce « concert » d’un autre genre. Face au manque de respect des mesures barrières, mais aussi après le confinement raté de voyageurs venant de l’étranger, beaucoup appelaient à la fermeté.

Les hommes sont donc descendus sur le terrain en toute confiance. Sans pitié pour ceux encore dehors après 21h. Les réseaux sociaux ont été inondés dès le lendemain de vidéos de leur « engagement ». Des images filmées pour la plupart par policiers et gendarmes eux-mêmes. Comme s’ils voulaient célébrer une opération réussie. 

Pourtant, pas de gloire à en tirer : Les interventions filmées des forces de l’ordre montrent des policiers et gendarmes hurler sur des passants, frapper certains à coup de bâton ou de ceinturons… 

L’une des vidéos est devenue particulièrement virale. On y voit un jeune homme à qui un agent des forces de l’ordre ordonne de faire des pompes. Il s’instaure un dialogue entre les deux individus, séparés de seulement quelques centimètres. Soudain, l’individu, la vingtaine passée, tente de corrompre l’agent et il lui lance : « Chef pardon, je vais te donner 10 000 (FCFA, environ 15 euros) ». La vidéo s’arrête là. Mais des activistes lui ont donné une suite dans une chanson aux accents moqueurs qui circulent depuis sur la toile. « Tu as les 10 000 » ou encore « Donne ça ici, mais on va te frapper quand-même », entend-t-on dans des versions parodiées de la scène.

Alors pas étonnant que les autorités tentent une opération pour « redorer l’image de la police ». Ce samedi 28 mars soir, le directeur général de la police s’est affiché aux côtés de la secrétaire d’État aux droits de l’Homme, Aimée Zébéyoux. « Il était bon que nous venions pour dire que nous sommes à leurs côtés et qu’ils doivent agir en ayant à l’esprit les droits de l’homme », déclare-t-elle juste après le rassemblement des hommes. La séquence est retransmise au JT de 20 heures, à la télévision publique. 

Depuis, les tensions semblent s’être apaisées. Les forces de l’ordre discutent davantage avec les populations, avant une éventuelle interpellation. Et pour bien faire, il est communiqué chaque jour à la presse le bilan de toutes les actions menées la veille. Le secours à des personnes physiques ou entreprises en détresse figure en bonne place dans ce bilan quotidien.

Konan Kouamé

Cet article a été réalisé en collaboration avec les étudiants de la Licence pro de journalisme multimédia à distance de l’ESJ de Lille qui s’adresse aux francophones résidant dans un pays du Sud. Vous pouvez retrouver l’intégralité de leurs travaux sur Carnet du Sud.