Coronavirus : Air France-KLM touchée en plein vol

Alors que la moitié de la population mondiale est confinée et que de nombreuses frontières sont fermées, le ciel se vide de ses avions. La compagnie Air France-KLM a réduit de 90% son offre de transport fin mars et se prépare désormais à la pire crise de son histoire.

Les images sont surréalistes : le 31 mars dernier, un avion Air France en direction de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) est arrosé par les pompiers. Cette pratique, que l’on appelle « water salute », est destinée à marquer un évènement. Ce soir-là, les pompiers saluaient le dernier vol au départ de l’aéroport d’Orly avant sa fermeture pour une durée indéterminée.

Depuis début mars, les compagnies aériennes paient un lourd tribut à l’épidémie de coronavirus qui frappe maintenant la planète entière. Le groupe Air France-KLM, un des plus importants transporteurs aériens au monde, a réduit son offre de 90% – 95% selon certaines sources -, une situation économiquement périlleuse. « On a commencé à voir les vols disparaître de nos plannings de vols », confie un pilote long-courrier de la compagnie qui désire garder l’anonymat. En effet, les avions  s’accumulent  sur le tarmac des aéroports franciliens alors que d’ordinaire, un avion long-courrier est « tout le temps en l’air sauf pour maintenance » selon ce pilote.

Un manque à gagner considérable pour la compagnie, d’autant plus que les avions nécessitent un entretien régulier même quand ils ne volent plus : « les derniers modèles d’avions sont bardés d’électronique et doivent suivre un programme d’entretien. Il faut les mettre régulièrement sous tension, démarrer les moteurs … C’est de la perte d’argent quand ils sont à l’arrêt, c’est sûr », poursuit le pilote.

Chômage partiel et lignes de crédit

Air France-KLM a annoncé une série de mesures pour faire face à la pire crise du secteur aérien depuis 1945, la première étant le chômage partiel – 5 millions de salariés sont déjà au chômage partiel en France. 80% des 45 000 employés devraient être concernés, le taux d’activité restant variable selon les secteurs : les agents chargés de la maintenance auront un taux d’inactivité moins élevé que le personnel des salons de la classe business, par exemple. « Je vais travailler deux jours sur cinq […] il y a tout de même quelques vols et également des déplacements d’autres avions cloués au sol mais qui nécessitent des opérations de maintenance », confie une salariée d’Air France, superviseure en charge de la régulation des parkings à l’aéroport Charles-de-Gaulle, qui désire garder l’anonymat.

Aux grands maux les grands remèdes. Le chômage partiel n’est qu’un volet des « mesures d’exception » annoncées par la compagnie.  Outre l’immobilisation des A380 d’Air France et des Boeing 747 de KLM – des avions dont l’entretien et la consommation coûtent cher – , un plan de réduction des dépenses permettra d’économiser 200 millions d’euros en 2020 et le plan d’investissement a été revu à la baisse.

Aussi, pour renflouer leur trésorerie en cette période de quasi-inactivité, Air France-KLM et KLM ont utilisé des lignes de crédit pour un montant de 1,1 milliards d’euros. Il s’agit d’un accord entre une entreprise et une banque pour emprunter et tirer des fonds sur un compte bancaire à tout moment, avec un plafond et une durée déterminée. Enfin, selon Les Echos, la compagnie « limite les remboursements » des vols annulés  en proposant un report de vol ou un avoir pour ne pas impacter sa trésorerie. Et ce malgré l’obligation européenne de rembourser les vols annulés…

Quelles aides de l’Etat ?

Toutes les mesures évoquées ne permettront pas de compenser la baisse drastique de l’activité d’Air France-KLM. L’Etat français a déjà annoncé un report de certaines taxes et redevances pour plusieurs compagnies aériennes, mais ça ne suffira pas. C’est pour cette raison que le groupe est favorable à une aide des Etats français et néerlandais, respectivement actionnaires à 14,3% et 14% du groupe.

Fin mars, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait indiqué que l’Etat prévoyait une aide pour Air France-KLM, sans exclure une nationalisation. Cette mesure, tout comme une montée au capital d’Air France-KLM par l’Etat français, nécessiterait une concertation avec les Pays-Bas. Rappelons que l’année dernière, l’Etat néerlandais avait créé la surprise et provoqué des tensions diplomatiques en montant au capital du groupe… 

Pour l’instant, l’information qui circule ne va pas dans le sens d’une nationalisation mais plutôt d’un prêt garanti par les deux Etats. Selon l’agence de presse Reuters, « Air France-KLM a entamé des discussions avec des banques pour emprunter plusieurs milliards d’euros sous la forme de crédits garantis par les Etats français et néerlandais ». L’agence évoque un prêt de 4 milliards d’euros pour Air France et 2 milliards pour KLM, un ordre de grandeur qui pourra évoluer.

« Les avions seront prêts avant les pilotes »

Malgré la situation exceptionnelle, Air France continue à assurer quelques vols moyen-et long-courriers ainsi que des vols vers les départements d’outre-mer depuis Charles-de-Gaulle, habituellement au départ d’Orly. Elle rapatrie également des Français coincés à l’étranger en faisant partir des vols de France parfois vides, dont l’équipage est volontaire.

Pourtant, « la reprise sera probablement très lente. Difficile d’imaginer un niveau d’activité antérieur à la crise avant 2021 », explique la superviseure en charge de la régulation des parkings. Une bonne partie des pilotes se retrouve sans voler alors que pour exercer leur activité, ils doivent effectuer un quota de décollages et d’atterrissages dans une période donnée et des contrôles réguliers sur simulateur. « Il est probable que les avions soient prêts avant les pilotes lors de la reprise. On va sûrement repasser une mini-formation et des contrôles avant de pouvoir voler à nouveau », redoute le pilote long-courrier d’Air France.

Le directeur général d’Air France-KLM, Ben Smith, avait annoncé en novembre 2019 une ambitieuse feuille de route pour augmenter les performances d’Air France d’ici 2024. Le coronavirus vient compromettre ses plans et touche la compagnie en plein vol.

Anna Lippert

Rubrique | M. & Mme Dow-Jones

Le monde s’organise autrement, le commerce se fige, mais la planète économie a pour impératif de continuer à tourner : c’est toute la problématique à laquelle s’intéressent nos journalistes dans cette rubrique.

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