Coronavirus : les préjugés profondément enracinés contre la communauté asiatique aux Etats-Unis ressurgissent

Alors que le Covid-19 attise le racisme anti-asiatique aux États-Unis, les tensions entre la Chine et les États-Unis s’exacerbent. Trump continue de menacer son opposant d’une nouvelle guerre commerciale, provoquant la peur et le doute sur le futur de la communauté chinoise aux Etats-Unis.

Le Président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré à propos de la Chine au début de l’épidémie en janvier 2020 : « La Chine a travaillé très dur pour contenir le coronavirus. Les États-Unis apprécient leurs efforts et leur transparence. Tout se passera bien. En particulier, et au nom du peuple américain, je tiens à remercier le président Xi ! » Mais en mars 2020, il a changé la donne. Le coronavirus est devenu le « virus chinois ». Ses accusations contre le gouvernement chinois se sont multipliées dans les dernières semaines. Il a affirmé avoir des preuves que le coronavirus est lié à un laboratoire chinois. Le président américain a même menacé la Chine de mesures douanières punitives.

Mais un autre problème est apparu, plus profond que les divergences politiques. Depuis le début de la pandémie, les personnes d’origine asiatique sont devenues la cible d’agressions verbales et physiques. Fin avril, une coalition de groupes représentants la communauté américano-asiatiques a déclaré avoir reçu près de 1 500 plaintes de racisme, d’attaques verbales et physiques contre des Asiatiques et des Américains d’origine asiatique. Au moins 125 des incidents signalés étaient des attaques physiques. 

David Zheng, photographe basé à New York, fait part de son inquiétude face à ce climat tendu : « Il y a quelques jours, j’ai été témoin d’une agression raciste envers une dame asiatique plus âgée. Je suis sortie faire les courses et j’ai vu une femme, la trentaine, courir vers cette vieille dame et la frapper sans aucune raison. J’ai tenté de l’arrêter mais cette femme a commencé à m’insulter et a crié  “Rentre en Chine !‘ La police n’a rien fait… Notre communauté est déjà fragilisée en ce temps de Covid-19, j’espère que les autorités prendront ce genre de cas plus au sérieux. » 

En 2015, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement reconnu les risques de faire référence à une maladie infectieuse en fonction de son lieu d’origine et a déconseillé aux chercheurs, aux scientifiques et aux médias de le faire. « Nous avons vu certains noms de maladies provoquer une réaction violente contre des membres de communautés religieuses ou ethniques particulières, créer des obstacles injustifiés aux voyages et au commerce », précise cette note de l’OMS. 

Pour la professeure Min Zhou, spécialisée en sociologie et études asiatiques-américaines à l’Université de Californie à Los Angeles, le discours de Trump donne « des armes » à certaines personnes pour exprimer leur haine envers les autres, « alors qu’avant cela n’était pas acceptable. » 

La porte risque de se fermer pour de nombreux étudiants chinois 

« Normalement je devais demander le visa en mai. Mais maintenant, le délai de réouverture des centres de visa et des restrictions éventuelles m’inquiètent  », raconte Jared Sun, futur étudiant chinois en ingénierie électrique et informatique à l’université A&M du Texas, admis en février 2020. Selon lui, pour les étudiants chinois qui étudient les sciences, une restriction du visa a été mise en place, pendant la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine en 2019. 

Avec la tension exacerbée pendant la pandémie du Covid-19, surtout autour de la question de l’origine de l’épidémie, les étudiants, dans ces spécialités, risquent un contrôle de visa plus strict qu’avant. « Si les étudiants chinois veulent étudier Shakespeare et le Fédéralisme, alors ils ont besoin d’aller aux États-Unis. Ils n’ont pas besoin d’apprendre l’informatique quantique et l’intelligence artificielle ici », a déclaré Tom Cotton, sénateur américain du parti républicain le 26 avril. 

Quatre sénateurs ont insisté pour que Donald Trump suspende le visa Optional Practical Training (OPT, Formation pratique facultative en français), qui offre jusqu’à trois ans aux étudiants diplômés en sciences pour trouver un travail. « Comme moi, beaucoup d’étudiants chinois en sciences aux États-Unis ont envie de rester ici pour leur carrière et donc le visa OPT est une clé pour nous. Maintenant, on risque de tout perdre », affirme Xin Fu, étudiant chinois en master en ingénierie électrique et informatique à l’université de Cornell dans l’état de New York. Ces restrictions exacerbent des angoisses qui existent déjà à cause de l’évolution de la pandémie. 

Une ambiance tendue, qui n’est pas nouvelle 

« En 1910, il y avait une législation anti-asiatique aux Etats-Unis pour exclure les immigrants venant de l’Asie. Donc les Asiatiques étaient séparés et le quartier de Chinatown est le résultat de cette ségrégation », explique la professeure Min Zhou. Selon elle, le premier mouvement anti-asiatique aux États-Unis est la loi d’exclusion des Chinois en 1882. 

A l’époque, les Chinois étaient considérés comme des concurrents déloyaux qui prenaient le travail des Américains, même si la population chinoise n’était pas importante aux Etats-Unis. Ce cliché est encore porté par Donald Trump et il est utilisé pour légitimer ses attaques contre la Chine.

Mais ce conflit n’est pas un problème économique. « Je dirais que le mouvement anti-chinois est plus culturel qu’économique, affirme Min Zhou, ils ont été perçus comme une menace culturelle parce qu’ils ont l’air différents. Exclure l’identité chinoise a contribué à réaffirmer l’identité américaine. »

Cependant aujourd’hui, il n’y a pas que des personnes racistes aux États-Unis qui excluent les Chinois ou les sino-américains qui vivent aux États-Unis. Le souci vient aussi de la Chine. Sous l’influence de la tension avec les États-Unis, le nationalisme monte dans le pays. Pour les Chinois aux États-Unis, qui ont l’habitude de s’exprimer librement, c’est très compliqué. « Je ne peux pas discuter avec mes amis en Chine parce que quoi que je dise, je suis considérée comme une traître, donc je choisis de rester silencieuse sur les réseaux sociaux », avoue la professeure Min Zhou. Être exclu des deux côtés, qui sont sous tension, tel est le dilemme pour les Chinois qui vivent aux États-Unis.

Sophia Khatsenkova et Yiqing Qi