Coronavirus : où en sont les essais cliniques ?

Malgré le flop du programme européen à grande échelle Discovery, les essais cliniques se poursuivent massivement dans plusieurs pays pour trouver une réponse à la pandémie de Covid-19.

La course effrénée au vaccin contre le nouveau coronavirus provoque un foisonnement d’essais cliniques partout dans le monde. Le 18 mai, la société biotechnologique américaine Moderna s’est félicitée de « données intérimaires positives », au sujet des essais qu’elle mène pour son projet de vaccin.

Ce n’est pas le cas de « Discovery », l’essai clinique européen qui devait évaluer l’efficacité de quatre médicaments, dont l’hydroxychloroquine. Il n’a pu livrer assez de résultats probants, notamment à cause d’une mise en place chaotique et insuffisante des tests sur les patients. La France qui devait fournir au moins 800 patients n’en est pour l’heure qu’à 750 et les patients issus des voisins européens, d’abord engagés dans l’essai, se font toujours attendre.

Face à ce constat quelque peu ombragé, l’Organisation mondiale de la santé a lancé son propre essai clinique international, baptisé « Solidarity ». « L’OMS s’est appuyée sur son caractère international et sur son pouvoir de mobilisation pour que les essais cliniques randomisés soient menés plus vite et à plus grande échelle dans le monde afin de trouver un traitement contre la COVID-19 à un rythme 80 % plus rapide qu’avec les essais habituels », précise-t-elle sur son site.

État des lieux des recherches en cours

À la date du 21 mai, plus de 1 000 essais cliniques sont répertoriés dans le monde. Ces chiffres s’appuient sur la base de données de la revue médicale britannique The Lancet, actualisée sous forme de carte.

La carte permet d’avoir un aperçu et le détail des tests menés par pays. / Capture d’écran

Elle permet d’identifier les pays les plus investis dans la recherche d’un traitement, le nombre d’essais menés, le type de patient qui y participe ainsi que les médicaments ou les technologies testés. Ainsi, la Chine domine avec 342 essais cliniques, devant les Etats-Unis (205), l’Iran (136) et la France (73). Parmi les molécules utilisées, on trouve le lopinavir et ritonavir notamment, deux antirétroviraux prescrits en cas d’infection au VIH.

L’hydroxychloroquine, le dérivé de la chloroquine, est testée dans 230 essais. Ajouté en dernier au sein du panel de Discovery et recommandé par le gouvernement brésilien pour les patients légers du Covid-19, l’antipaludique occupe la première place des médicaments actuellement en test.

Voir aussi : Chloroquine : saurez-vous démêler le vrai du faux ?

À l’origine de ces « clinical trials », des promoteurs. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé les identifie comme des laboratoires (français ou étrangers), des prestataires de service, des associations, des établissements de soins ou des personnes physiques comme les médecins.

L’OMS considère l’enregistrement des essais comme « la publication d’un ensemble de données internationalement reconnues pour la conception, la conduite et l’administration des essais cliniques ». L’organisation a même créé en 2019 un portail de recherche sur son site, pour permettre l’accès aux informations relatives aux essais cliniques en cours.

Des perspectives plus que des résultats

Aux Etats-Unis, les essais cliniques ne font que commencer mais le président américain Donald Trump aimerait déjà nationaliser un hypothétique vaccin. L’objectif : qu’il soit produit sur le sol américain et pas ailleurs.

La Coalition pour l’innovation en matière de préparation aux épidémies, lancée en 2017 face à l’échec contre Ebola, a investi un demi-milliard de dollars dans neuf sociétés développant des vaccins contre le Covid-19. En échange, elle leur demande que les technologies soient partagées pour une mise en production massive et rapide. Ainsi subventionnés, les laboratoires construisent des lignes de production supplémentaires sans attendre les résultats des essais cliniques.

En Chine, plus de 700 patients ont déjà reçu du plasma, un constituant du sang, de malades guéris. Une technique qui a produit « de très bons effets », selon les autorités sanitaires. Dans le même temps, un laboratoire de l’Université de Pékin avance pouvoir stopper la pandémie « sans vaccin », alors que le médicament à base d’anticorps n’en est encore qu’à sa phase de test, rapporte l’AFP.

Aux résultats pour l’heure seulement partiels, s’ajoutent les effets d’annonce contradictoires sur la date d’un éventuel vaccin. Qu’il soit pour l’automne ou pas avant l’horizon 2021, les essais cliniques convergent tous vers un même but : trouver un traitement le plus rapidement possible.

Emma Cante

Une question sur la crise sanitaire ? Une information qui mériterait vérification ? Un doute à éclaircir ? Notre équipe de fact-checking vous répond.

Rubrique | Questions de confinés

Des réponses aux questions qu’on se pose en ces temps de confinement, du fact-checking, des infographies et de la data, le tout pour comprendre l’actualité.

Visiter la rubrique