Coronavirus : pourquoi la mortalité en Belgique est-elle si élevée ?

La Belgique accuse un des bilans les plus lourds, dans cette pandémie de Covid-19, par rapport à sa population. Mais une méthode de comptage différente permet d’expliquer ces chiffres impressionnants.

Rapporté à sa population, un des bilans les plus lourds dans cette épidémie est payé par notre meilleur voisin . Au 20 mai 2020, la Belgique dénombrait 9 150 décès, soit 800 décès pour 1 million d’habitants d’après les chiffres du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. C’est le plus fort taux en Europe. L’Espagne qui arrive en seconde position compte, elle, 595 décès pour 1 million d’habitants.

Le premier cas belge de coronavirus a été confirmé le 4 février, soit quelques jours après ceux détectés en Italie et en France, où deux touristes chinois et un Français d’origine chinoise ont été testés positifs le 24 janvier.

La Belgique, comme les autres pays, a pâti du retour sur le territoire de citoyens provenant des premiers foyers épidémiques à l’étranger : la province du Hubei et Wuhan en Chine ou le nord de l’Italie, en Lombardie.

Un décompte très large

Mais, en comparaison avec ses voisins, le décompte belge est assez extensif : la Première ministre Sophie Wilmès expliquait, mi-avril, « avoir fait le choix d’une plus grande transparence dans la communication des décès liés au Covid-19 ». Le bilan inclut tous les décès, aussi bien suspects qu’avérés, liés au coronavirus, notamment dans les maisons de repos du pays (les Ehpad, en France) même si les morts n’ont pas été testés. Or, ce sont justement les maisons de repos qui représentent 51 % des décès dans le pays.

Au 19 mai 2020, sur les 4 653 décès comptés en maisons de repos, près de 76 % sont des « cas possibles » de Covid-19, à savoir « des patients qui n’ont pas bénéficié d’un test diagnostique pour le Covid-19, mais qui répondaient aux critères cliniques de la maladie selon le médecin ». D’où « des chiffres parfois surévalués », reconnaissait Sophie Wilmès en avril.

La Belgique et son gouvernement portent l’espoir de revoir le bilan à la baisse, plutôt que l’inverse comme cela a pu être le cas en Espagne ou en France où les décès dans les maisons de retraite n’ont pas été communiqués dès les premiers points quotidiens.

Une méthode approuvée par l’OMS

Néanmoins, le porte-parole interfédéral et virologue Yves Van Laethem (l’équivalent d’un Jérôme Salomon chez nous) précisait, dans sa conférence de presse quotidienne, le 15 mai, que cette méthode de comptage « est l’approche recommandée par l’Organisation mondiale de la santé », puisqu’elle est celle « la plus honnête ». « L’OMS a d’ailleurs félicité la Belgique cette semaine d’avoir choisi cette approche », a-t-il indiqué.

Pour relativiser ces chiffres, l’Institut national des études démographiques (Ined) en France souligne qu’une approche par régions peut s’avérer plus pertinente pour évaluer la mortalité, que de comparer les pays. Le 16 avril 2020, l’Île-de-France, qui a un nombre d’habitants proche de la Belgique, enregistrait une mortalité de l’ordre de 0,06 % de sa population, soit un chiffre semblable à celui de la Belgique à l’époque. Ce taux est même largement supérieur au plat pays aujourd’hui.

Il n’empêche que, d’après des chercheurs de l’Université libre néerlandophone de Bruxelles, « avril 2020 a été le mois d’avril le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale, à la fois en chiffres absolus et rapporté au nombre d’habitants », seulement 4 % inférieur à celui d’avril 1941. Ce chiffre exceptionnel de la surmortalité « peut probablement être entièrement attribué au Covid-19 », souligne leur étude.

Un gouvernement en crise permanente

452 jours. La Belgique s’approchait de plus en plus de son record sans gouvernement de plein exercice, établi à 541 jours entre 2010 et 2011. Depuis décembre 2018, le gouvernement de Charles Michel, puis de Sophie Wilmès quand ce dernier a pris la tête du Conseil européen, gère les affaires courantes. Même les élections fédérales de mai 2019 n’ont permis à aucune coalition d’émerger.

La crise sanitaire permet, le 17 mars, à Sophie Wilmès de reprendre le plein exercice grâce à un accord avec l’opposition. Mais la gestion du gouvernement est entachée de polémiques. La ministre de la Santé, la libérale Maggie de Block, enchaîne les couacs en annonçant un décès lié au coronavirus qui ne l’était finalement pas, en qualifiant les médecins qui alertent sur l’épidémie fin février de « dramaqueen », ou sur la gestion des stocks de masques.

La Première ministre elle-même fait l’objet de critiques, comme en témoigne une image qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Le 16 mai, Sophie Wilmès est accueillie, dans un hôpital de Bruxelles, par une haie de soignants qui lui tournent le dos. Les contestataires pointaient du doigt les coupes budgétaires de l’hôpital : le budget de la santé a cru de 1,5 % ces quatre dernières années, quand Mme Wilmès était la ministre en charge, contre 4,5 % précédemment, rapporte la RTBF.

Avec le déconfinement, c’est en plus le retour de la crise politique, une fois la crise sanitaire passée, qui plane sur le pays.

La Belgique a commencé le déconfinement le 4 mai. Les indicateurs hospitaliers sont pour le moment encourageants, a confirmé le 20 mai le centre national de crise. En espérant que les mois à venir donnent raison à leurs anticipations de bilan.

Théo Boscher

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