Covid-19 à Saint-Pétersbourg : Anna Zaychenkova raconte

La Russie compte aujourd’hui 10 131 cas de Covid-19. 76 personnes en sont mortes, selon les chiffres disponibles le 9 avril. Le 30 mars, le confinement a été mis en place dans 40 de ses 85 provinces. J’ai recueilli le témoignage de la jeune assistante d’anglais Anna Zaychenkova, qui vit à Saint-Pétersbourg, mardi 31 mars.

Mardi 24 mars, j’ai reçu un message de mon amie russe Anna : « J’ai vu sur YouTube que vous devez remplir un document spécial pour sortir de chez vous ! C’est vrai, ou c’est une blague ? » Quand je lui ai expliqué les mesures de confinement mises en place en France depuis le 17 mars, elle m’a répondu qu’elle trouvait ces mesures très dures et qu’elle s’inquiétait pour moi. 

Six jours plus tard, la Russie a mis en place des règles de confinement dans 40 de ses 85 provinces, et a fermé ses frontières. Moscou, la capitale, a été la première à décider le confinement de ses 12 millions d’habitants. Pour qui ne respecte pas les règles, une amende allant de 170 à 3 500 € si la santé d’autres personnes a été mise en danger, selon Anna. Pour qui propage de fausses informations à propos du virus, les députés de la Douma (Assemblée nationale russe) ont prévu des sanctions pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. Enfin, le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a ordonné le recours aux données des opérateurs téléphoniques pour contrôler le respect du confinement. 

À Saint-Pétersbourg, où habite Anna, pas encore de confinement, mais les habitants sont invités à rester chez eux. 

La prise de conscience 

Anna Zaychenkova a 24 ans et est assistante d’anglais. Elle a pris conscience de la gravité de la situation provoquée par le Covid-19 seulement le 15 mars : « Nous avons eu les premières informations sur le virus à la mi-janvier, par rapport à l’épidémie en Chine. Mais tout le monde a oublié cette histoire pendant deux mois. » Le jour où elle a compris que l’épidémie pouvait toucher la Russie, elle a pris peur : « J’ai eu l’impression de vivre l’apocalypse : certains de mes amis ont dû quitter la Russie pour retourner dans leur pays d’origine. Il y avait du gel antibactérien dans les toilettes de toutes les entreprises, et je croisais moins de monde dans les rues… J’ai déprimé pendant une semaine. »

Selon elle, les médias et les institutions officielles paraissaient très tendus, mais essayaient de ne pas tomber dans la panique. « Je craignais les conséquences économiques que provoquerait une épidémie en Russie, et j’étais déçue, car je commençais à comprendre que je ne pourrais pas réaliser mes projets de voyage cette année »

Une situation qui évolue constamment 

Depuis le 23 mars, tout s’est accéléré. « La plupart des entreprises ont dû arrêter leurs activités. On essaie de deviner ce qui nous attend pour la suite. Pour le moment, on ne sait pas si on va être confiné, ou si on devra juste télé-travailler », témoigne-t-elle. Plus question pour elle de donner cours dans des salles de classe : « J’enseigne à distance, grâce à une plateforme officielle mise en place récemment »

Dimanche 29 mars, Anna est tombée malade. « Je ne sais pas si c’est le coronavirus ou autre chose, mais ça m’a beaucoup inquiétée, et j’ai pris conscience qu’il fallait absolument que je reste chez moi ». Ses parents sont restés confinés aussi, et ont donc dû renoncer à aller à la messe, même si les petites églises maintiennent pour l’instant leurs offices. « J’ai contacté toutes les personnes que je connais pour leur demander de rester chez eux. C’est comme si je me sentais un peu responsable », explique-t-elle. N’ayant pas pu être testée, Anna n’a jamais su si elle avait eu le coronavirus. Au bout de trois jours, elle était guérie.

Anna se tient informée de l’actualité du reste de l’Europe grâce à YouTube et à certains de ses amis qui habitent à l’étranger. « Je ne serais pas surprise si l’ensemble du pays mettait en place les mêmes règles de confinement que vous avez en France, car le nombre d’habitants russes contaminés augmente beaucoup », conclut-elle. 

Marion Mayer

Mise à jour : cet article a été écrit le 6 avril. Depuis, Saint-Pétersbourg a aussi été placée en confinement.