Covid-19 : Comment évaluer la surmortalité en France ?

Le Covid-19 a causé la mort de près de 16 000 personnes en France, un chiffre qui inquiète autant qu’il interroge. Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a annoncé que plusieurs départements étaient en excès de mortalité. Lesquels ? Comment cette donnée est-elle évaluée ? Réponse en infographies.

Pour comprendre comment est évalué un excès de mortalité, il faut se référer au nombre global de décès en France. En 2019, le nombre de décès recensé était de 612 000. Ce chiffre est stable sur les trois dernières années, bien qu’en légère augmentation, en raison de la disparition amorcée des baby-boomers.

Cela établit à environ 1 675 le nombre de décès journaliers, un chiffre qui oscille entre 1 500 et 1 800 selon les mois de l’année. Il a pu monter à 2 000 lors de fortes épidémies de grippe saisonnière en 2015 et 2018 notamment.

Le graphique ci-dessous montre le nombre total de décès depuis le 17 mars dernier, date de mise en place du confinement, ainsi que chaque jour, le nombre de décès liés au Covid-19. À partir du 25 mars, on constate une forte augmentation des décès journaliers, et une proportion croissante de décès provoqués par le nouveau coronavirus.

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Le nombre total de décès en France depuis le 1er mars 2020 s’élevait à 63 142 au 3 avril dernier, date des derniers chiffres publiés. On dénombre environ 16 000 décès liés au Covid-19, au 14 avril 2020, « une donnée équivalente à celle d’une très grosse épidémie de grippe », explique France Meslé, démographe, directrice de recherche à l’Institut national des études démographiques (Ined).

Selon elle, il faut attendre avant d’évaluer réellement la surmortalité causée par la maladie : « Il faudra juger d’un excès de mortalité sur l’année entière. Il peut y avoir ce qu’on appelle en démographie un « effet de moisson », des personnes à la santé fragile décèdent lors d’une épidémie, mais elles seraient probablement décédées dans l’année sans cette crise. » Les mois suivant l’épidémie voient alors le nombre de décès diminuer. C’est une éventualité pour cette pandémie, mais « c’est encore un peu tôt, il est impossible de donner un bilan, une idée exacte. »

Sur le graphique ci-dessous, on constate que la courbe des décès en 2020 fléchit aux alentours du 15 mars, pour dépasser celle de 2018 dès le 27 mars. Elle ne suit pas la même trajectoire que les deux années précédentes, aux courbes relativement identiques.

Mais la France n’est pas touchée par le virus de façon uniforme. En effet, si le nombre global de décès en France augmente, les départements montrent de grandes disparités. Cela peut être en partie imputé au confinement. Les départements peu touchés au début de celui-ci n’ont pas souffert d’une augmentation exponentielle des cas de Covid-19, et donc des décès inhérents.

Les clusters, ces lieux où de nombreux cas ont été identifiés, voient en revanche une forte augmentation de la mortalité : le Haut-Rhin, l’Oise et l’Île-de-France sont particulièrement touchés. Les deux cartes suivantes font état de l’augmentation ou de la baisse de la mortalité par département au mois de mars 2020, en comparaison avec mars 2019.

Les départements et régions d’outre-mer reflètent également ces disparités. En mars 2020, par rapport à mars 2019, la mortalité avait :

  • Augmenté de 0,4 % (1 mort supplémentaire) en Guadeloupe
  • Diminué de 14,7 % (46 morts en moins) en Martinique
  • Diminué de 25 % (24 morts en moins) en Guyane
  • Diminué de 4,4 % (19 morts en moins) à La Réunion
  • Augmenté de 18,8 % (13 morts supplémentaires) à Mayotte

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Des facteurs multiples pour expliquer les variations de décès

La notion de comorbidité peut également expliquer cette mortalité anormalement élevée. Cela désigne le fait d’être atteint de deux ou plusieurs maladies, ce qui aggrave le risque d’y succomber. De nombreux cas de comorbidité ont été rapportés parmi les cas graves de Covid-19. Selon des données provisoires, 64 % des décès liés Covid-19 rapportés par voie électronique du 1er mars au 6 avril 2020 font état d’une ou plusieurs comorbidités. Cela rejoint l’effet de moisson, évoqué par France Meslé.

Autre indicateur variable de la surmortalité en France : les chiffres de la sécurité routière. Ils témoignent d’une forte baisse de la mortalité routière en mars 2020 (-40 %), cela ne se reflète pas sur les chiffres globaux des décès en France. Alors que 154 personnes ont perdu la vie sur les routes en mars 2020 (soit 96 de moins qu’en mars 2019), cette baisse spectaculaire n’a toutefois pas d’impact sur le nombre total de décès en France, toutes causes confondues.

En revanche, impossible toutefois de percevoir cette baisse spectaculaire dans les chiffres globaux, la mortalité liée au Covid-19 a fait exploser les statistiques au mois de mars. Avec des déplacements limités, les accidents de la route ont été moins nombreux, comme le confirme France Meslé : « Les accidents de la route et du travail diminuent du fait de la crise sanitaire. »

Le Covid-19 entraîne donc à l’heure actuelle une surmortalité de 400 à 500 décès par jour, un chiffre calculé en comparaison avec les chiffres des années précédentes. Cette donnée sera cependant à remettre en perspective à l’issue de l’épidémie.

Marianne Chenou

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