Covid-19 en Syrie : Un nouveau défi à relever pour le lycée français de Damas

Il y a neuf ans, le 15 mars 2011, le conflit syrien éclatait. Une crise qui a poussé la France à se retirer du pays dès 2012. Mais une seule et unique institution française a choisi de résister : le lycée français Charles de Gaulle de Damas. Depuis, l’auto-gestion de l’établissement en temps de guerre est un véritable défi, auquel s’ajoute désormais la contrainte du confinement récemment décrété en Syrie.

crédit photo : Nathalie El Bazzal

En 2012, la France faisait le choix de fermer son ambassade et de retirer tout le personnel du lycée français de Damas. Huit ans plus tard, le lycée tient toujours debout. Il est aujourd’hui géré par un Conseil d’Administration composé de parents d’élèves, soucieux de faire perdurer la francophonie en Syrie. 

L’établissement tente de survivre avec les moyens du bord et peut compter sur la persévérance des professeurs qui n’ont pas eu peur de braver les avertissements du Quai d’Orsay. Pour Nathalie El Bazzal, chargée de la vie scolaire dans l’établissement : « ce lycée est le dernier lien entre la France et la Syrie ». « Leur essence c’est de survivre », ajoute Thibault Mercury, professeur de mathématiques au lycée Charles de Gaulle.

Si le lycée a réussi à rester ouvert malgré les turbulences qui traversent le pays depuis presque une décennie, il est aujourd’hui contraint de fermer ses portes en raison de l’épidémie de Covid-19. « On nous a annoncé le 13 mars que l’école fermait. Tous les professeurs français se sont posés la question du retour en France, mais le gouvernement n’a pas prévu de rapatriement, ils ne veulent pas qu’on soit là, donc ils ne font rien pour nous », raconte Thibault Mercury.

Organiser la formation à distance

Avant même d’annoncer ses premiers cas de coronavirus, le gouvernement syrien a décidé de lancer des mesures de confinement. « Un couvre-feu entre 18 h et 6 h a été mis en place et le week-end il est impossible de sortir l’après-midi », explique le professeur.  

Le lycée a donc dû s’adapter à cette situation inédite. « On travaille par visioconférence et les professeurs nous envoient les cours et des devoirs par mail. Tout est enregistré sur un drive si jamais quelqu’un a un problème de connexion », détaille Asma Sukkar, élève de terminale au lycée.   « Les professeurs font de leur mieux et essayent de s’adapter à toutes les situations comme les coupures d’électricité », ajoute Walid Saïd, élève de première. 

En raison de l’embargo économique, nombreuses sont ces coupures d’électricité qui viennent perturber la formation à distance des lycéens. « Les professeurs peuvent aller au lycée où il y a de l’électricité tout le temps, mais pour les élèves c’est plus compliqué car les coupures varient selon le quartier », précise Thibault Mercury.

Une charte de présence à distance a été diffusée aux élèves pour s’assurer de leur assiduité. Mais ce confinement génère de nouvelles inquiétudes chez les professeurs. « Comment les motiver à travailler et à faire leurs devoirs alors que les rendus ne compteront pas pour le bac ? », s’interroge Thibault Mercury. 

Les inquiétudes concernant le baccalauréat

Chaque année, les élèves du lycée français de Damas sont contraints de passer une partie des épreuves du baccalauréat au Liban. Les professeurs sont quant à eux priés d’apporter les copies de certaines matières au centre d’examen français de Beyrouth. Mais c’était sans compter sur la fermeture des frontières entre le Liban et la Syrie pour cause de coronavirus.

 « Les élèves étaient très inquiets. C’était déjà flou déjà avant la pandémie parce qu’on est isolés, mais avec la fermeture des frontières ça a été un désastre », explique Thibault Mercury. Une inquiétude partagée par Asma Sukkar : « c’était un moment très stressant parce qu’on avait aucune idée de ce qu’il allait se passer ». 

L’annonce du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer du 3 avril 2020, a néanmoins permis de dissiper les appréhensions des élèves et du corps professoral du lycée. Le baccalauréat sera bel et bien maintenu grâce à un contrôle continu total. « C’est une bonne nouvelle, je suis soulagé, et ça nous rassure tous au final », confie Walid Saïd. 

Yasmina El Kouhen