Déconfinement : la galère des chirurgiens-dentistes

Les dentistes et orthodontistes ont repris le travail le 11 mai, jour du déconfinement en France. En contact direct avec la salive des patients, par laquelle le Covid-19 se transmet, ils ont dû adapter leurs méthodes de travail aux nouvelles normes sanitaires… sans toujours disposer de l’équipement de protection adéquat.

Avant le 7 mai, les chirurgiens-dentistes ne pouvaient pas se procurer de masques FFP2. Une protection pourtant essentielle pour éviter la transmission du Covid-19. Ils ne figuraient pas encore sur la liste de distribution des pharmaciens. Un contre-temps, à quatre jours de la reprise, qui a particulièrement angoissé Hélène Dubois, dentiste lilloise : « C’était la croix et la bannière pour en avoir » . Ils disposent désormais de vingt-quatre masques par praticien, chaque semaine. Mais les dentistes doivent changer de matériel toutes les quatre heures selon les recommandations de l’ordre national des chirurgiens-dentistes. Comme Hélène Dubois, Albane Morel, orthodontiste au cabinet du Dr Baron à Saint-Nazaire, a préféré passer des commandes supplémentaires.

Si les masques FFP2 sont maintenant mis à disposition des praticiens, ce n’est pas encore le cas des autres protections. Une paire de lunettes leur sera attribuée à partir du 18 mai et ils disposeront de surblouses au mois de juin, comme le précise l’ordre national des chirurgiens-dentistes. Alors, pour se protéger, chacun s’organise différemment. Marine Paye, assistante dentiste à Lille, a compté sur l’appel à la solidarité. Elle a réussi à obtenir des visières en plastique grâce à une imprimante 3D, mise à disposition par des particuliers. Hélène Dubois a compté sur un voisin opticien, qui a réussi à la dépanner. Quant aux surblouses, certains praticiens, comme Marine Paye, écoulent leurs stocks en espérant un prochain arrivage. Pour Albane Morel, il a fallu se contenter de tenues de bricolage, achetées à Leroy-Merlin. « Le problème, c’est qu’on doit changer de surblouse entre chaque patient, il nous en faut beaucoup », précise-t-elle.

Les praticiens doivent maintenant s’habituer à travailler avec cet attirail supplémentaire. S’ils sont accoutumés au masque, le port de la visière reste perturbant. « C’est gênant, on voit moins les détails, car c’est une vitre un peu floue », confie Marine Paye. Albane Morel, quant à elle, se plaint de « journées beaucoup plus physiques, car la visière appuie sur le front ».

Espacer les rendez-vous pour limiter les risques

Les équipements de protection individuelle (EPI) ne suffisent pas à éliminer toute contamination. Les cabinets se sont organisés pour espacer leurs rendez-vous, et avoir le temps de désinfecter les outils et les surfaces entre chaque patient. Une opération qui prend quinze minutes, toujours selon les recommandations de l’ordre des chirurgiens-dentistes. Dans son cabinet, Albane Morel dispose de deux fauteuils. Elle peut ainsi changer d’espace après chaque personne examinée, laissant le temps à son assistante dentaire de désinfecter correctement.

Les dentistes veulent aussi éviter que les patients se croisent dans les salles d’attentes. Une disposition qui réduit drastiquement le nombre de rendez-vous. Albane Morel a reçu une vingtaine de patients hier. « Pour un orthodontiste c’est rien ! En général on en voit environ trente-cinq », précise-t-elle. Même constat pour Hélène Dubois, qui a réduit son nombre de patients de moitié.

Les professionnels de santé sont aussi tenus de décaler leurs rendez-vous non urgents, pour éviter de pratiquer des soins non essentiels. Le détartrage, par exemple, projette de nombreuses particules aérosols, qui restent en suspension dans les airs. Mais, si l’ordre national des chirurgiens-dentistes le déconseille fortement, les praticiens peuvent quand même le faire en cas d’urgence. « C’est pas interdit, précise Marine Paye, mais en général, le détartrage n’est pas un acte de première nécessité, donc on évite. »

Une incertitude économique

D’autres mesures de prévention peuvent être appliquées au cas par cas. Le cabinet d’Albane Morel fournit un formulaire aux patients, afin d’évaluer les risques potentiels. Marine Paye et Hélène Dubois, quant à elles, prennent le temps d’effectuer un entretien téléphonique avant chaque rendez-vous.

Les professionnels de santé interrogés appréhendaient leur première journée de travail post-confinement. Mais ils se sentent aujourd’hui rassurés par les mesures sanitaires. « On est vraiment habitués à tout désinfecter », précise Marine Paye. Restent les incertitudes liées aux retombées économiques. Baisse du nombre de patients traités, matériel acheté à leurs frais, ils ne peuvent pas encore estimer l’impact qu’auront les mesures sanitaires sur leur budget. Hélène Dubois rappelle aussi qu’ils ont dû adapter l’organisation de leur cabinet. Elle a donc acheté des pare-vitres pour les installer au niveau de l’accueil et mettre des verrous en place aux toilettes. Une technique employée pour que les patients ne puissent pas les utiliser, et s’exposer à une pièce difficile à désinfecter.

Brianne Cousin