Discovery : l’essai clinique européen qui focalise tous les espoirs

Discovery est un essai clinique lancé le 22 mars et devant inclure 3 200 patients dont 800 patients français. Il se déroule en partenariat avec six autres pays européens. En France, cette étude est coordonnée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et le consortium de chercheurs REACTing. L’objectif est de tester quatre médicaments potentiellement actifs contre le SARS-CoV-2.

Voilà maintenant un mois que la France est en confinement. Depuis, la science est en guerre contre le SARS-CoV-2, virus responsable du Covid-19. Des équipes de recherches du monde entier s’affairent à trouver le traitement qui pourra venir à bout de ce coronavirus qui a déjà fait plus de 100 000 morts dans le monde.

Carte d’Europe, nombre de morts du Covid-19 par pays.
Source : carte du coronavirus (Covid-19) de Google

En ce sens le 22 mars, un essai clinique européen, Discovery, incluant près de 3 200 patients a été lancé en partenariat avec sept pays. La Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Allemagne et « sûrement l’Angleterre » indique Florence Ader, chargée de recruter les patients de l’essai et professeure d’infectiologie à l’hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon.

Le protocole de l’essai a été mis au point par l’Inserm et sous l’impulsion du consortium REACTing (groupe d’experts en lien avec les maladies infectieuses) qui en fait partie. Il a été rédigé sur la base du modèle de protocole fourni par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en janvier 2020 afin que des pays puissent l’exploiter et mettre sur pied des essais cliniques en situation d’urgence.

Quelles sont les molécules testées ?

L’essai Discovery est un essai dit à « cinq bras » c’est-à-dire que quatre nouveaux traitements vont être testés et comparés au traitement standard (paractéamol, assistance respiratoire, antibiotiques en cas d’infection). Les quatre traitements testés sont le remdesivir, un antiviral en phase III ( étape de comparaison du traitement à un placebo et dernière étape avant la demande d’autorisation de mise sur le marché appelée aussi AMM). Il a été mis au point à la base pour lutter contre Ebola. Le professeur Bruno Lina, virologue et membre du comité scientifique Covid-19 indique que ce médicament a donné de « très bons résultats in vitro » et « qu’ on espère beaucoup de cette molécule« .

Le second traitement à l’essai est une association lopinavir et ritonavir, ce sont des antirétroviraux qui sont utilisés contre le VIH. Des études in vitro en Chine ont montré une potentielle efficacité de ce médicament dans le traitement du Covid-19.

Le troisième bras de cet étude est constitué de l’association lopinavir/ritonavir et interféron béta. L’interféron béta est une protéine, elle possède des activités à la fois antivirales et immunomodulatrices. L’intérêt de ce troisième bras est de pouvoir tester l’action de cet interféron béta sur la deuxième phase de la maladie : la phase « immuno-pathologique ». Il s’agit du « syndrome inflammatoire qui prend le dessus et qui peut entraîner des altérations et dégradations au niveau pulmonaire » explique Bruno Lina, avant d’ajouter « on espère que l’interféron pourra agir aussi afin de bloquer ce processus inflammatoire ».

Le dernier bras est constitué de l’hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine présentant le même mode d’action que cette dernière mais dont la toxicité est moindre. Ce dernier bras a été « rajouté à la demande l’OMS et du gouvernement français » précise le professeur.

Quels patients sont inclus dans l’essai ?

Les patients inclus dans l’étude sont des patients hospitalisés présentant des cas modérés à sévères de Covid-19. Une fois les patients admis à l’hôpital et inclus dans l’étude, les patients reçoivent un traitement qui leur est attribué au hasard. C’est ce qu’on appelle un essai randomisé. Le traitement leur est administré de façon précoce « parce que pour la composante antivirale c’est important que l’inclusion se fasse au début » explique le professeur Bruno Lina.

La maladie peut passer par deux principales phases, la phase virale puis la phase immuno-pathologique comme l’a expliqué le professeur Lina. La phase virale, quant à elle, correspond au début de la maladie lorsque le virus se réplique dans les cellules, il est donc important d’inclure les patients suffisamment tôt afin que les antiviraux puissent agir et bloquer cette réplication.

Les hôpitaux qui participent à cet essai sont sélectionnés en fonction de la cartographie de l’épidémie et « on privilégie les centres qui ont les moyens, la logistique et la force de frappe nécessaire de façon à implémenter et obtenir des datas dans les meilleures conditions possibles » précise l’infectiologue Florence Ader. Les patients sont inclus dans l’essai au fur et à mesure jusqu’à espérer un nombre de patients testés d’au moins 800 en France.

Comment va se dérouler l’essai ?

Le caractère inédit et urgent de la pandémie pousse la recherche à s’adapter. C’est pourquoi l’essai Discovery est un « essai de recherche en temps réel et évolutif ». Au fur et à mesure que l’épidémie se développe, l’essai clinique va tester des stratégies thérapeutiques susceptibles d’être efficaces afin de pouvoir les mettre à disposition des patients le plus rapidement possible. Ce « concept » nouveau permet de recadrer un bras si jamais une molécule montre trop peu d’efficacité pour rebasculer le bras sur une autre molécule candidate.

Un essai à « plusieurs millions d’euros »

Les fonds français utilisés pour la mise en oeuvre par de l’essai Discovery proviennent des ministères de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et de la Santé. Florence Ader estime que le coût de l’essai devrait s’élever à « plusieurs millions d’euros ». Les industries pharmaceutiques ont fourni « gracieusement » les médicaments affirme la professeure. « Sanofi a fourni l’hydroxychloroquine, Gilead le remdesivir, Abbvie l’association lopinavir/ritonavir et Merck a fourni l’interféron béta » précise-t-elle. Cela permet un « partenariat  entre des agences publiques qui sont là pour prendre en charge les patients et mener la recherche et un secteur privé qui nous aide à conduire la recherche en situation de crise ».

L’essai est toujours en cours, 530 à 540 patients français ont été inclus pour le moment. Les résultats sont collectés tous les 15 jours pour chaque patient. Ils seront ensuite analysés par un « comité indépendant international qui n’a rien à voir avec l’essai » et spécialisé dans l’analyse statistique. Les premiers résultats ne sont pas attendus avant « fin avril » affirme la professeure.

Bessma Sikouk