Échecs : La fédération russe défie le coronavirus

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La traditionnelle poignée de main est facultative alors les joueurs innovent pour se saluer. (Photo. Maria Emelianova)

En pleine crise du coronavirus, la ville de Iekaterinbourg (Russie) a accueilli le tournoi le plus important de l’année. Le bon sens sanitaire voulait que le tournoi soit annulé mais les organisateurs en ont décidé autrement

Les championnats de football, de hockey et de basket viennent de s’arrêter en Russie. Nous sommes le 17 mars. Arrive la compétition d’échecs la plus importante de l’année. Oleg Matytsine, le ministre des sports russe, n’avait pas donné d’indications claires sur la tenue des événements sportifs, laissant le soin aux fédérations de décider.

Arkady Dvorkovitch, le président russe de la fédération internationale d’échecs, a tranché. Il maintient le tournoi estimant que « l’événement ne rassemble que huit joueurs, donc la comparaison avec les autres sports est hors de propos. » Il promet en outre de nombreuses mesures sanitaires. L’hôtel cinq étoiles, Hyatt Regency, qui accueille la compétition, devient l’endroit « le plus sécurisé au monde », à en croire les organisateurs..

Très vite, des polémiques

Pour la cérémonie d’ouverture, les joueurs ne sont pas autorisés à s’y rendre. Mais le coronavirus ne semble pas exister, pour autant, pour les officiels, puisque, mille personnes s’agglutinent dans l’enceinte de la compététion. Face à la polémique qui grandit la fédération internationale décide de communiquer : « avec 93 cas positifs au covid-19 enregistrés en Russie, les rassemblements publics, jusqu’à 5000 personnes, sont toujours autorisés dans le pays. » Il faudra attendre la fin du tournoi pour que les organisateurs admettent leur erreur de maintenir la cérémonie d’ouverture.

Du côté des joueurs c’est la Bérézina. Face à l’épidémie, l’Azéri, Teimour Radjabov, préfère déclarer forfait. Il est remplacé par un Français, Maxime Vachier-Lagrave. Ce dernier doit préparer ses valises sur le champ pour se rendre à Iekaterinbourg. Il lui faudra être inventif. « La plupart des vols passent par Moscou. Sauf que je suis français et notre pays est très surveillé par les autorités russes. Il y avait un risque que je sois mis en quarantaine en arrivant dans la capitale. Je suis donc passé par Istanbul pour m’assurer de ne pas rater le début du tournoi. »

La palme de la préparation la plus catastrophique revient au Chinois Ding Liren. Déjà confiné depuis un mois et demi dans son pays, il est amené à « prendre ses dispositions » pour arriver en avance en Russie. Lui et son staff débarquent 14 jours avant le début du tournoi pour pouvoir être placés en quarantaine à Moscou. Fidèle à sa réputation de joueur discret, il ne se plaindra jamais de son traitement. Sa performance sportive est catastrophique. Favori du tournoi, il est dernier à la mi-parcours et ses espoirs de qualifications s’envolent.

Climat pesant sur les joueurs

Pendant la compétition les joueurs sont surveillés de près et doivent régulièrement se plier à des contrôles médicaux. Les traditionnelles poignées de mains restent facultatives et du gel hydroalcoolique est déposé à côté des échiquiers. Malgré toutes ces précautions, le Russe, Ian Nepomniachtchi tombe malade. « Je ne me sens vraiment pas bien. J’ai été testé deux fois, et deux fois négatif. Mais vous savez, avec toute cette atmosphère, ça n’aide pas à se sentir en bonne santé « , déclare-t-il en conférence de presse.

Plus le tournoi avance et plus l’inquiétude grandit chez les joueurs, notamment les cinq étrangers qui craignent de ne pas pouvoir rentrer chez eux. À la fin de la phase aller, la Russie prend la décision de fermer son espace aérien. C’est le déclic pour les organisateurs qui annulent, finalement, le tournoi. Ils craignent que les joueurs, leur staff et les médias, ne puissent plus rentrer chez eux.

Un avion est réquisitionné pour déposer tout ce petit monde à Amsterdam. Ensuite c’est chacun pour soi.

Pour l’heure, personne ne sait si le tournoi reprendra. Le règlement autorise à entériner le résultat, puisque la moitié des parties a été jouée. On comprend mieux pourquoi, les organisateurs souhaitaient finir la phase aller, coûte que coûte. Les joueurs ne sont pas en repos pour autant, puisqu’ils participent à des tournois sur internet. Pour eux, la compétition ne s’arrête jamais.

Lucas Rapi

Rubrique | Sportivement

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