Espagne : les artisans oubliés pendant le confinement

Alors que l’activité économique est à l’arrêt depuis déjà un mois, en Espagne, les artisans sont encore taxés sur des produits qu’ils ne peuvent pas vendre. La semaine dernière le ministre de la culture espagnol a déclaré qu’il n’allait pas prendre des mesures spécifiques pour les travailleurs du secteur culturel. Les artistes indépendants sont les premiers à être touchés par cette décision.

Des déclarations démoralisantes

« Ce n’est pas une crise de la culture, du sport ou du tourisme […] Ce n’est pas le moment de dépenser des fonds publics spécifiquement pour la culture. » Ces déclarations de José Manuel Rodríguez Uribes, ministre espagnol de la culture et du sport, la semaine dernière, ont automatiquement déclenché la fureur du secteur culturel, qui a décidé de ne pas publier de contenu sur les réseaux sociaux du 10 au 11 avril. 

Si bien des artistes ont reconnu le travail du personnel sanitaire dans les hôpitaux, l’attitude du ministre espagnol a déclenché la colère des professionnels du secteur qui voit leur métier totalement vulnérable aux effets économiques de la crise sanitaire actuelle. Pour Susana Martín Martínez, présidente de l’association Professionnelle d’Artisans de l’Aragon (APAA), « ces déclarations ont été vraiment inadaptées », reproche-t-elle. 

En Espagne, les artisans sont considérés travailleurs indépendants. L’Espagne compte de 1,9 million de travailleurs indépendants qui doivent payer la taxe sur la valeur ajoutée, qui n’a pas été suspendue pendant le confinement. Pour Susana Martín, qui est aussi artisane, le manque de solidarité du gouvernement espagnol « est démoralisateur », souligne-t-elle.

Depuis le 13 mars, date à laquelle l’Espagne a décrété l’état d’urgence, les commerces sont fermés et l’activité économique est bloquée. Susana alerte de la situation délicate dans laquelle se trouvent les artistes indépendants aujourd’hui dans le payas. « Nous ne sommes pas des travailleurs qui pouvons épargner beaucoup d’argent. Si nous ne pouvons plus donner des cours, si nous ne pouvons plus vendre dans des stands, comment allons nous faire pour manger? C’est un moment compliqué pour le secteur. »

Un manque de moyens financiers

En Europe, plusieurs pays ont pris des mesures pour aider économiquement les travailleurs indépendants. L’Allemagne, par exemple, a mis en place l’ « allocation corona », une prestation social pouvant aller jusqu’à 5000 euros par mois, destinée aux travailleurs indépendants, dont les artistes. En Espagne, la situation est très différente. « On nous encourage à prendre un crédit, si besoin, mais avec un taux d’intérêt, qui finalement va bénéficier aux banques. On nous a informé d’une possible aide du gouvernement qui nous sera versée en mai … Mais jusqu’à ce moment, comment allons nous manger? C’est comme nous jeter une bouée alors qu’on est déjà au fond de la mer », s’indigne Susana. 

Certes, tous les problèmes des artistes moins connus, ne découlent pas de la quarantaine. Beaucoup existaient déjà avant la crise sanitaire, comme l’augmentation du prix de la taxe sur la valeur ajoutée, qui est passée de 15 % à 16 % en 2010. Mais, pour Susana, c’est maintenant que le gouvernement devrait  « nous donner un coup de main ». Parmi les mesures que réclament les artisans, « les crédits à intérêt 0 »,  « la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée pendant ce moment de confinement » et le versement  « d’une allocation pour que je puisse poursuivre mon activité », étant donné que  « le confinement que nous vivons actuellement, nous ne l’avons pas choisi », rappelle l’artisane espagnole. 

À la suite des pressions du secteur culturel, le ministre de la culture et du sport espagnol a annoncé une réunion avec des associations de l’industrie culturelle dans les prochains jours. 

Elena García Viscasillas