Être journaliste dans les pays-cibles du coronavirus en Europe

Alors que l’information fait partie des activités essentielles, comment les journalistes travaillent-ils en Espagne et en Italie, pays où les mesures de sécurité sont les plus strictes ?

Avec un bilan total de plus de 200 000 cas de coronavirus, l’Espagne est aujourd’hui le deuxième pays le plus touché par la pandémie mondiale. Après l’Espagne, l’Italie compte environ 180 000 malades. Ces deux pays du sud de l’Europe ont interdit les déplacements de travailleurs des secteurs non-essentiels. Mais comme les secteurs alimentaire ou sanitaire, l’information fait partie des activités nécessaires.

Même si les journalistes continuent leur activité professionnelle, leurs conditions de travail dépendent de leur statut. Thomas Perroteau, journaliste au bureau de l’Agence France Presse (AFP) à Madrid « télétravaille 75 % du temps, et ne sort que pour des reportages qui le nécessitent ».

Le type d’activité que réalise chaque journaliste détermine leur temps à l’extérieur. Alors que l’agencier à Madrid réalise un travail de rédaction, « les photographes ou les journalistes reporters d’images (JRI), sortent bien plus souvent » explique-t-il. De fait, certains journalistes sont plus exposés à la dangerosité du virus que d’autres.

Pour Marc-Henri Maisonhaute, qui travaille au service vidéo du bureau de l’AFP, à Rome, la crise sanitaire a créé de nouvelles habitudes. « Nous devons protéger les micros, mettre des masques et des gants et respecter la distance de sécurité avec les interlocuteurs. » Même en étant conscient des difficultés imposées par la crise sanitaire, « je suis content de travailler », ajoute-t-il.

Travailler oui, mais pas sans autorisation

Les journalistes sont autorisés à sortir, mais leur activité est surveillée par les forces de l’ordre. Se munir d’une autorisation qui prouve son statut est obligatoire, étant donné que les contrôles de police sont fréquents. « En Italie un format d’attestation spécifique pour les journalistes a été créé. Il faut remplir son nom, son prénom, son numéro de carte de presse, l’adresse du lieu d’où on vient puis celle du lieu où on va. Il faut circuler également avec la lettre du directeur. L’AFP a mis à disposition une attestation qui justifie notre déplacement », explique Marc-Henri Maisonhaute.

Alors que l’information est considérée comme essentielle pendant le confinement, « les journalistes ne sont pas prioritaires pour obtenir des masques », rappelle Thomas Perroteau. « Nous, nous avons la chance de travailler dans une entreprise qui a les moyens de fournir des masques, d’avoir au siège des médecins et des psychologues qui nous préparent au confinement. Tout un ensemble d’informations qui est inexistant pour les journalistes indépendants », note-t-il.

La réalité des pigistes est en effet tout autre. Les correspondants freelance doivent se fournir eux-mêmes des masques, alors que l’Espagne et l’Italie, comme beaucoup d’autres pays du monde, manquent de masques.

« J’ai une attestation qui date d’un an d’un des médias qui m’accréditait à un moment où j’en avais besoin. Je la porte sur moi avec ma carte de presse, mais je pense que si jamais je me fais contrôler par la police, ça peut être assez compliqué. » explique Baptiste Langlois, correspondant à Madrid pour Ouest-France et L’Express, entre autres.

À cette précarité des pigistes, se rajoute la distance qui les sépare des sièges des médias. Une communication, qui peut parfois être lente, rend le travail des correspondants sur place difficile. « Quand tu proposes un sujet, souvent les rédactions ne répondent pas tout de suite et donc les sujets ne sont pas validés au moment où ils devraient l’être. L’organisation est plus ou moins bien faite à ce niveau-là. Et donc maintenant, que les sujets surgissent du jour au lendemain, une lente communication ne permet pas d’avancer comme il le faudrait. », déplore le correspondant freelance à Madrid.

Elena García Viscasillas