Festivals : « Les annuler demande presque autant de travail que de les organiser »

Séries Mania, le Printemps de Bourges, le festival d’Annecy… les annulations de festivals tombent les unes après les autres, depuis l’interdiction des rassemblements de plus de 1000 personnes le mois dernier. Mais le travail des organisateurs ne s’arrête pas avec l’annonce d’annulation, bien au contraire. Même confinés, ils doivent détricoter à distance le travail de plusieurs mois.

Le festival de guitare Guitare au Beffroi, qui devait se tenir à Montrouge le week-end du 20 mars, a dû organiser son annulation en urgence. « Plus on est proche de la date de l’évènement quand on annule, plus c’est compliqué », explique Anne-Laure Sarre, administratrice du festival. Etienne Bottini, responsable des bénévoles, résume : « Annuler un festival, ça demande presque autant de travail que de l’organiser. »

Le casse tête des remboursements

C’est Anne-Laure Sarre qui s’occupe du volet budgétaire de l’annulation. A elle seule, elle travaille depuis le 13 mars sur le remboursement des stands et de la billetterie : un travail chronophage, puisqu’elle doit manuellement envoyer un mail aux quelques 800 personnes qui avaient réservé un billet. « On a choisi un traitement au cas par cas pour laisser le choix aux gens entre être remboursé et faire don de cette somme à l’association », détaille l’intermittente. Dans la mesure du possible, Anne-Laure Sarre essaie de dégager de l’argent pour les plus petits salaires : « Nous, les permanents, on sera les derniers à être payés : priorité aux artistes, à leurs équipes, et aux fournisseurs, explique-t-elle. On fait ce qu’on peut, mais on ne pourra pas payer l’intégralité des cachets. »

Pour se relever financièrement, l’association pourra compter sur les bénéfices des années précédentes, et des aides du Centre National de la Musique et de l’Etat. Les luthiers, qui devaient exposer au Salon international de la belle guitare du festival, n’auront pas de dédommagement. Mais le statut d’association empêche de faire des emprunts à la banque : si tout le compte épargne de la structure sert à éponger les dépenses de cette année, il sera difficile d’organiser l’édition de l’année prochaine.

Dans les villes, l’enjeu touristique

Du côté des Rencontres internationales du cerf volant de Berck-sur-Mer, l’annulation touche surtout la ville elle-même. L’événement, qui rassemble chaque année plus de 500 000 personnes, joue un rôle important dans l’économie locale. « C’est délibérément qu’on organise le festival au mois d’avril, détaille Gérard Clément, directeur artistique. Les restaurants et les hôtels avaient embauché en anticipation, fait des stocks, en espérant bénéficier du tourisme lié aux vacances scolaires. Pour la sphère économique berckoise, c’est une catastrophe. » La municipalité, qui organise les rencontres, devrait perdre près de 100 000 euros rien qu’en frais d’annulation, sans compter les revenus liés au tourisme qui ne rentreront pas.

Gérard Clément orchestre, dans le cadre des rencontres, les championnats du monde de cerf-volant par équipe. « Il faut recontacter l’ensemble des personnes invitées et gérer leur situation particulière », explique-t-il. Beaucoup des compétiteurs devaient venir de l’étranger, et c’est le rôle du directeur artistique d’aider chacun d’entre eux à annuler ou reporter les vols. « Ça peut paraître très terre à terre, mais c’est à nous de gérer ça aussi. Ce qu’on préparait depuis le mois de septembre, il faut le défaire proprement. »

Aujourd’hui les pertes, demain le report ?

« Le festival était prêt, on avait déjà lancé la comm’ », raconte Billy, président de l’association La pièce du fond, en charge d’organiser Demain c’est férié. Prévu pour un démarrage le 11 avril, le festival d’électro qui se déroule chaque année à Thiers, dans le Puy de Dôme, a lui aussi dû dire au revoir à sa 9e édition, du jour au lendemain. 

Pour un petit festival auto-géré et auto-financé comme Demain c’est férié, le coût de l’annulation devient vite handicapant. Billy estime avoir perdu autour de 500 euros pour le moment dans l’annulation du festival, une grosse perte au vu de la petite taille de l’association. Des pertes principalement liées aux billets d’avion que l’association avait réservés pour des artistes programmés ainsi qu’à toute la communication : « On a passé commande des affiches et des flyers quelques jours avant l’annonce de l’interdiction des rassemblements. Ça s’est vraiment joué à pas grand chose », se désole-t-il.

Une situation d’autant plus difficile pour les organisateurs qu’ils doivent déjà penser à un éventuel report. Toute une organisation, raconte Billy : « Il faut tout relancer pour une prochaine date : retravailler avec les artistes, les prestataires, les partenaires. » Une date, qui plus est, difficile à trouver. Si, pour l’instant, Billy mise sur le 31 octobre pour un report, il attend une réponse du service culturel de la mairie concernant les disponibilités de la salle. Dans tous les cas, rappelle-t-il : « Tant qu’on est pas certain de la date, on ne peut pas avancer. »

Rachel Rodrigues, Alice Marot

Rubrique | Au Coin Culture

Ces dernières semaines, le monde ralenti semble redécouvrir son besoin de culture. Les initiatives des acteurs et actrices du secteur culturel fleurissent sur les réseaux sociaux, Internet regorge de bons plans dématérialisés, et souvent gratuits. On vous aide à faire le tri, et on essaye de prendre un peu de recul : qu’est-ce que tout ça dit sur la culture, et comment le secteur est touché par la crise ?

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