Football : les transferts à l’épreuve du coronavirus

Alors que le marché des transferts est censé ouvrir dans les prochaines semaines, les clubs professionnels de football sont encore dans le flou. Quels types de transactions ? Quelles répercussions sur les prix ? Quelles perspectives pour les clubs français ? Autant d’incertitudes liées au mercato à venir.

Avec le coronavirus, faire son marché n’a jamais été aussi compliqué. Même pour les clubs professionnels de football. Cette saison, le coronavirus met le monde du foot face à une situation inédite : à ce jour, aucune date d’ouverture du marché des transferts n’a été établie.

L’arrêt des compétitions — provisoire pour certains championnats et définitif pour d’autres — place les clubs dans une situation économique délicate. Alors le recrutement n’est pas la priorité. « Cela fait près de 25 ans que je suis sollicité par des agents pour des transferts, et c’est la première fois que début mai, je n’ai pas de dossier sur la table », confie Thierry Granturco, avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles, spécialiste du droit du sport.

Une baisse des prix inévitable

Si la prudence est de mise pour le moment, la conjoncture ne devrait pas empêcher les clubs d’être actifs dans les semaines à venir. Déjà, il paraît inévitable que l’on assiste à des dégraissements d’effectifs, puisqu’il va falloir rééquilibrer les comptes. « Il nous faut générer des recettes et être capable de céder des joueurs, a admis le président de l’OM Jacques-Henri Eyraud, lors d’une visioconférence avec des supporters le 4 mai. Mais ce ne sera pas les soldes, ce ne sera pas “tout le monde dehors !” »

Pourtant, une augmentation de l’offre devrait bien entraîner une baisse des prix. Selon une étude du cabinet KPMG, la valeur des joueurs aurait baissé en moyenne de 30%. « Dans ce cas, la vraie interrogation sera de savoir qui peut se positionner, explique Thierry Granturco. Les très riches clubs anglais vont continuer à acheter, sans grand souci. Mais plutôt que faire de la quantité et de la qualité, ils ne feront que de la qualité. »

Toutefois, les transferts « secs » devraient se faire plus rares, avec plus d’échanges et de prêts. « On va voir dans le foot ce qu’on voit dans l’économie par ailleurs : il y aura un peu de troc pour ne pas trop jouer sur la trésorerie, détaille l’avocat. Il y a toujours le paiement des salaires, mais ce n’est pas une indemnité de transfert. On voyait déjà de plus en plus de prêts sur les derniers mercatos, on peut imaginer que ça commence à faire école. »

La Ligue 1 plus durement impactée ?

Alors que la Bundesliga a redémarré le 16 mai et que des négociations sont en cours pour la reprise des championnats anglais, italien, espagnol et portugais, la saison de Ligue 1 a été stoppée net suite aux annonces du gouvernement. Un arrêt déjà lourd de conséquences économiques, qui pourrait avoir une répercussion sur le mercato. « Il y aura des joueurs qu’on n’a pas vu jouer pendant X mois, et les clubs n’aiment pas ça du tout, souligne Thierry Granturco. En plus, l’acheteur saura que plus que jamais, les clubs de Ligue 1 qui ont besoin des transferts pour équilibrer leurs comptes vont devoir lâcher de l’effectif. Ils seront en position de faiblesse. Comme dans toute crise, les plus riches vont ressortir plus fort. »

D’autant plus que le prêt de 224,5 millions d’euros contracté par la Ligue de football professionnel (LFP) pour aider les clubs ne servira qu’à les maintenir à flot, pas à investir dans le recrutement. Le risque est de voir se creuser un fossé encore plus grand entre les grands championnats européens et le championnat de France. Quand les clubs anglais peuvent faire des dons pour aider les populations locales — comme Arsenal — les clubs français peinent à savoir comment ils paieront leurs salariés. « Un club qui utiliserait son magot pour recruter de manière trop dynamique n’aurait rien compris. Sans le prêt, les deux tiers des clubs français ne passent pas la saison », assène Thierry Granturco.

La solution se trouve peut-être dans les centres de formation. Il ne serait pas étonnant de voir la plupart des clubs se recentrer sur leurs jeunes talents, et en voir de plus en plus émerger dans les effectifs professionnels de Ligue 1. Un grand chamboulement pour la France, plus gros exportateur de joueurs au monde. Loin de sa vertu de capitalisation financière parfois utilisée à outrance, la jeunesse pourrait assurer le futur proche des clubs de l’élite. Un retour à une vision oubliée du football, celle de l’apogée des grands formateurs.

Hugo Degouzel et Théo Troude

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