Inde : être journaliste à l’heure du plus grand confinement dans le monde

Alors que le déconfinement devait être annoncé le 18 mai, la date a finalement été repoussée au 31 mai. Les correspondants Sébastien Farcis (RFI) et Carole Dieterich (RTL / Les Echos) nous racontent comment ils continuent à travailler dans un pays où 1,3 milliard de personnes sont sous cloche et où tout les transports sont à l’arrêt.

C’est le plus grand confinement dans le monde. Troisième économie d’Asie, l’Inde a mis sous cloche sa population de 1,3 milliard d’habitants depuis le 25 mars. Alors que les restrictions ont été allégées pour certaines régions, le déconfinement devait avoir lieu le 18 mai. Finalement, le gouvernement a prolongé le confinement jusqu’à fin mai. L’Inde compte à ce jour 97.557 cas recensés et 3.041 morts selon un dernier bilan publié le 18 mai. Alors comment travaillent les journalistes dans un pays, où les restrictions ont été imposés d’une manière stricte et soudaine ?

Le Covid-19 : un sujet de société en Inde

Les journalistes peuvent continuer à sortir et faire leur travail « sans soucis » tant qu’ils ont une carte de presse, nous racontent Sébastien Farcis (RFI / Libération) et Carole Dieterich (RTL / Les Echos), basés à New Delhi. Comme pour la plupart des journalistes dans le monde, le coronavirus est devenu est devenu le sujet de priorité : « Du jour au lendemain, les sujets sur lesquels je travaillais : la politique, l’eau, la religion, plus rien n’avait d’importance pour les médias. Avec le confinement, on se retrouve à devoir parler d’un pays où plus rien ne se passe. », explique Sébastien Farcis. « Je n’ai pas l’habitude de traiter la santé. Mais je me suis vite entourée de bonnes personnes qui connaissent le sujet. Mais en Inde, l’épidémie est surtout un sujet de société et c’est ça qui intéresse mes médias », ajoute Carole Dieterich.

A cause du confinement, des millions de travailleurs migrants, parmi les plus défavorisés, se sont retrouvés coincés dans les mégapoles du pays sans pouvoir rentrer chez eux. Tous les transports : trains, avions, bus, rickshaw, taxis sont à l’arrêt. Dans un pays, où 80 % de l’économie est informelle, les travailleurs se retrouvent sans aucune aide et ne peuvent plus payer leur loyer. Certains tentent de regagner leurs villages, souvent à pied, parfois dans des transports de fortune. Au total, plus de 150 migrants sont décédés dans des accidents de la route depuis le début du confinement le 24 mars, selon une étude de l’ONG pour la sécurité routière SaveLife. 

Les journalistes correspondants en Inde ont aussi éprouvé des difficultés à cause du confinement, « Beaucoup de médias ont réduit la voilure, par exemple RFI a réduit à 30 % ses effectifs sur place et le reste est en télétravail. Par chance, RFI s’est engagé a verser un revenu moyen à ses collaborateurs. Ce revenu est basé sur notre salaire de 2019 : si on a gagné moins ces derniers moins, la rédaction compense la différence avec ce qu’on a gagné l’année dernière. Mais beaucoup de correspondants pigistes ont souffert financièrement », nous raconte Sébastien Farcis.

Aller à l’essentiel 

Même avec certaines levées des restrictions, les deux journalistes préfèrent rester vigilants et sortir au minimum. Quand ils partent sur le terrain, les deux journalistes prennent les précautions classiques : protéger les micros, masques, gants et respect de la distance de sécurité avec les interlocuteurs. « RFI a un très bon système de mesures sanitaires : tous les reportages doivent être validés par la rédaction avant de sortir, » explique Sébastien Farcis. Carole Dieterich, assure ne pas avoir eu de problèmes pour se procurer des masques et autre équipement de protection. 

Pour Carole Dieterich, sortir beaucoup moins l’a poussée à redoubler de créativité et l’a obligée à être beaucoup plus efficace, « On va à l’essentiel. C’est plus compliqué logistiquement, mais j’ai l’impression de maximiser beaucoup plus qu’avant le matériel que je récupère sur le terrain. » De son côté, Sébastien Farcis regrette qu’il commence à perdre contact avec la rue et avec les gens. 

Même si les deux journalistes regrettent de ne pas pouvoir voyager et travailler en dehors de la capitale dans les prochains mois, ils restent néanmoins optimistes pour le futur de leur métier. « Je pense qu’on était les mieux préparés à ce genre de travail. On est habitué à être débrouillard, à travailler sans beaucoup de ressources. Donc le Covid-19, c’est une crise comme une autre pour moi », précise Sébastien Farcis.

Sophia Khatsenkova