« J’ai perdu mon emploi à cause de la crise », une expatriée française en Australie raconte

Alors que le nombre de nouvelles contaminations diminue de jour en jour, la situation économique, elle, reste très préoccupante. Selon les projections, le taux de chômage pourrait doubler et atteindre les 10 % en juin. Confinée dans son appartement à Sydney depuis fin mars, une expatriée française vient de perdre son emploi. 

« En Australie, l’économie est extrêmement touchée par la crise. De nombreuses entreprises ont dû licencier. J’en ai fait les frais. », raconte avec amertume Léa. Cette jeune expatriée française réside depuis un an et demi à Sydney. Chargée de clientèle dans une entreprise spécialisée dans l’étude de consommation, elle a perdu son emploi fin mars, une semaine après le début du confinement officiel (NDLR : En Australie, le confinement a débuté une semaine après le confinement français). « Au début, je pensais que l’entreprise pour laquelle je travaillais ne serait pas affectée ; que nos clients auraient toujours besoin de nous, de nos données sur la manière dont la population allait s’adapter à la quarantaine. Mais certains de nos clients ont pris peur et ont annulé les contrats qu’ils avaient signés avec nous. » Léa n’est pas la seule à avoir été licenciée. Une dizaine de ses collègues ont également perdu leur emploi.

En Australie, les conséquences économiques de la crise du coronavirus se font déjà ressentir. Les chiffres du chômage ne cessent d’augmenter et atteindront, selon les dernières projections, les 10 % en juin (soit 1,4 million d’habitants). À titre de comparaison, le taux de chômage en février était de l’ordre de 5 %, moitié moins. Le gouvernement australien a débloqué 130 milliards de dollars pour soutenir les entreprises en difficulté. 

Une économie au ralenti 

Les mesures de restrictions ne sont pas les mêmes dans toute l’Australie. Elles varient selon les États. À Bondi, quartier de Sydney (État de Nouvelle-Galles du Sud), les activités tournent au ralenti. Les habitants doivent, sauf cas bien précis, travailler de chez eux. « On a aussi interdiction de se balader à plus de deux personnes dehors et on ne peut pas se déplacer sans raison valable. Mais on n’a pas d’autorisations à remplir ni même de périmètre de confinement. Je n’ai pas comme les Français à respecter un rayon d’un kilomètre par exemple », explique Léa. 

Dans son quartier, les restaurants sont fermés ou ont choisi l’option de la vente à emporter. Certaines boutiques de vêtements sont encore ouvertes, mais n’acceptent qu’un nombre limité de personnes à l’intérieur en même temps. Les salons de coiffure aussi peuvent rester ouverts à condition de respecter quelques règles (une personne par mètre carré, des conditions d’hygiène stricte…). Depuis le 21 mars, la célèbre plage de bondi beach a été fermée. « Malgré l’interdiction de rassemblements, de nombreuses personnes allaient encore à la plage.   Le week-end du 20 mars, on avait l’impression que tous les habitants de Sydney s’étaient donnés rendez vous à la plage pour se baigner. C’était irresponsable ! Fermer la plage était donc nécessaire », se souvient l’expatriée qui habite à 10 minutes à pied de la plage. 

Cette fermeture des commerces non essentiels est aussi lourde de conséquences pour les 25 000 Français disposant d’un visa programme vacances-travail (PVT) en Australie. Ces PVTistes (ou backpackers),  comme on les surnomme, voyagent pendant un an dans le pays tout en travaillant sur place. Ils n’ont donc ni le statut de touriste, ni celui d’expatrié et sont très dépendants des commerces locaux (restaurants, bars) qui les embauchent. Sans ressources, certains ont fait le choix de rentrer en France. D’autres attendent avec impatience une levée des mesures de restrictions.

Un assouplissement des mesures sous conditions

Pour l’heure, aucune date précise de déconfinement n’a été donnée par les autorités australiennes. Le 16 avril, le Premier Ministre australien Scott Morrison a affirmé que les mesures de restrictions sanitaires seraient maintenues pour au moins un mois. Néanmoins, il n’a pas complètement fermé la porte à un assouplissement des mesures et a indiqué la marche à suivre pour entrer dans une « phase plus souple » comme une augmentation du nombre de tests, un meilleur processus de traçage et l’isolement rapide des foyers épidémiques dès leur détection.

Expatriée, Léa espère aussi une levée rapide des mesures de restrictions. « Difficile de retrouver un emploi en période de confinement ! Surtout sur un marché du travail en berne et saturé ». Selon une estimation de la Commonwealth Bank, la plus grande banque d’Australie,  580.000 Australiens pourraient perdre leur emploi en raison de la crise du coronavirus.

Agathe Boussard