Jobs étudiants : Ceux qui n’ont pas le choix malgré le Covid-19

Ils sont parmi les plus précaires et pourtant, ce ne sont pas les plus malchanceux. Alors que certains se retrouvent sans sources de revenus suite à l’arrêt de leur job avec le confinement, eux ont pu trouver du travail en intérim, ou bien leurs emplois ont été maintenus. Illustration en Gironde.

Lucas est étudiant à l’école de design Condé à Bordeaux et en contrat étudiant à Auchan. Depuis un an, il s’occupe tous les samedis de la mise en rayons. Alors bien sûr, au début du confinement il s’est posé des questions sur les risques sanitaires qu’il prenait en continuant son travail : « J’avais peur évidemment. Mais dans mon cas, tout le monde a joué le jeu. Les clients essayent de respecter les mesures de distance sociale et quand nous sommes plus de trois dans un rayon à placer des produits, on boucle la zone par exemple ». 

En plus de ces mesures, Lucas prend ses propres précautions en portant un masque fabriqué par sa mère. Les gants sont déjà habituellement présents sur son lieu de travail et le magasin a donné des masques aux caissiers tandis que des vitres de Plexiglas les protègent des clients. 

Mais ces mesures sanitaires ne semblent pas appliquées partout. Mélissa, 23 ans est en master 2 STAPS et occupe habituellement un poste d’arbitre de foot pour les matchs de clubs et Ligue 2 féminine en Nouvelle-Aquitaine. Depuis début mars elle ne peut plus exercer son job étudiant, et s’est reportée vers l’intérim pour subvenir à ses besoins « Depuis mes dix-huit ans je suis indépendante. Même en bénéficiant d’une bourse ça ne suffit pas pour payer un loyer et les dépenses quotidiennes, alors j’étais obligée de trouver une solution. » 

« Aucune mesure sanitaire »

Depuis mi-mars, Mélissa a travaillé pour trois entreprises. « Le premier emploi était pour un supermarché Auchan. Je faisais de la préparation de commande de nuit. Puis j’ai travaillé pour Chronodrive. Dans ces deux emplois je n’avais pas l’impression d’être en confinement : et pour cause, aucune mesure sanitaire n’avait été prise lorsque j’y travaillais. » Mélissa dit n’avoir eu ni gants ni masques fournis. Dans les deux emplois aucune réunion n’a été organisée pour briefer les intérimaires et aucune consigne particulière n’a été donnée concernant le danger du coronavirus . (NDLR : à l’heure où nous écrivons ces lignes nous n’avons pas eu de réponse de la part de l’entreprise et de la filiale concernées).

Comme elle, ce sont plusieurs étudiants qui se retrouvent dans des situations où l’exposition au Covid-19 est quotidienne. Lara est en master 2 de recherche littéraire. Alors qu’elle rend son mémoire dans quelques jours, elle doit trouver un moyen de payer son loyer. Auparavant elle occupait deux emplois, l’un à la bibliothèque universitaire de l’IJBA (l’école de journalisme de Bordeaux) et l’autre à l’Espace Santé Étudiant. Désormais, elle en est à sa troisième semaine d’intérim à Chronodrive et pour protéger les personnes avec qui elle vit, elle prend des mesures supplémentaires « Je me douche en rentrant du travail et on n’a plus de contact entre nous. Par exemple on ne se fait plus la bise ou on fait attention à ne plus partager nos couverts. » 

Plus de 800 appels recensés au CROUS de Bordeaux

Cette exposition potentielle au virus n’est pas un choix. « Je suis obligée depuis le début de mes études de trouver une source de financement. Être sans revenus durant cette longue période de confinement n’était pas envisageable » déclare-t-elle. Un cas non isolé. À Bordeaux, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) recense plus de 800 appels pour prendre des rendez-vous avec une assistante sociale du 16 mars au 2 avril. « On est complet jusqu’en mi-juin » nous chuchote le secrétariat. « On traite du plus au moins urgent ». Les syndicats étudiants sont également sollicités comme en témoigne Lo, membre de Solidaires « Si certains arrivent à trouver un emploi en intérim pour d’autres c’est vraiment une période difficile. Récemment, on a eu le cas d’un jeune étudiant qui n’arrivait plus à payer son loyer et était menacé d’expulsion. Il était inscrit dans une agence d’intérim mais n’avait pas eu de réponses. » 

Nombreux sont les étudiants qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts et se retrouvent isolés et en détresse durant le confinement. Une aide d’Etat a été promise dans l’allocution d’Emmanuel Macron le 13 avril pour aider les plus précaires. Pour l’instant, des réseaux d’entraides ont été mis en place comme de l’aide alimentaire et 10 millions d’euros ont été débloqués pour aider étudiants logeant au CROUS et qui n’arrivent pas à payer leur loyer.  « Un investissement nécessaire dans les aides d’urgence mais bien loin du compte» selon l’UNEF qui demande notamment la multiplication par deux du budget des aides d’urgence en rappelant qu’en temps normal un étudiant sur deux est salarié

Marie BOYER