Laurent Faye, le rêve à portée de main

Cette année, Laurent Faye entamera sa deuxième saison au sein du Royal de Montréal.

Sa passion pour le frisbee a amené Laurent Faye de Pornichet à Montréal. Un parcours singulier pour ce jeune homme de 27 ans qui ne s’attendait pas à vivre une telle expérience.

La ville de Pornichet (Loire-Atlantique) ne le sait probablement pas, mais elle a vu partir l’un de ses sportifs les plus titrés. Laurent Faye est quintuple champion de France d’ultimate avec son club de Tchac Côté d’l’eau. Et grâce à ses bonnes performances, le jeune homme a rejoint, l’année dernière, le Royal de Montréal où il a endossé le statut de professionnel. « Avec le club de Pornichet, on peut dire qu’on évoluait en haut niveau amateur », estime-t-il. Un statut parfois difficile à assumer. « Pour une compétition qui s’est déroulée aux États-Unis, on a géré nous-même toute la logistique. Nous avons dû aussi rajouter de notre poche : on excellait à nos frais. »

En octobre 2018, l’athlète reçoit un appel de Stève Bonneau, ancien joueur de Pornichet, qui évolue à Montréal depuis deux ans. « Il m’a dit que j’avais toutes mes chances d’intégrer l’équipe, se souvient Laurent Faye avant de poursuivre, je me souviens que Stève a eu cette phrase « soit tu fais basculer ta vie soit tu regrettes toute ta vie ». Son choix est fait, en janvier il embarque pour le Canada passer les tests de sélection. En mars, la décision tombe : la franchise montréalaise le recrute.

« Ne te rase pas la moustache »

Un an après, le joueur du Royal de Montréal ne regrette pas son choix. « Je me souviendrai toujours de ce 28 avril 2019 et de mon premier match à New-York », raconte-t-il avec émotion. En Amérique du Nord, le sport se vit d’une autre manière. « C’est un vrai spectacle. Il y a les fanfares, les grosses caméras, la vente des produits dérivés est ultra développée… C’était la première fois que je voyais des gens payer pour assister à un match de frisbee. » L’ambiance dans les stades, les entraînements, la structure du club, de nombreux changements auxquels Laurent Faye a dû s’habituer. Par exemple, les joueurs sont tenus de transmettre une bonne image et de la véhiculer. « Il est interdit de poster des photos de soirées sur les réseaux sociaux. Le président m’a même demandé que je garde ma moustache, pour le côté français », s’amuse-t-il.

Philadelphie, Washington, Toronto, les matches et les longs voyages, effectués en mini-van, s’enchaînent. A la fin de la saison, Montréal termine 4e de la conférence Est (sur 6 équipes). Insuffisant pour accéder aux play-off. Mais sur le plan personnel, la recrue tire un bilan satisfaisant de cette première année : « J’ai été titularisé douze fois et j’ai joué près de 400 frisbees dans la saison. Je ne suis pas venu pour rien », apprécie-t-il.

« En ce moment, je vis sur mes économies »

Si sur le plan sportif tout se déroule pour le mieux, la vie canadienne révèle néanmoins quelques difficultés. « Depuis mon arrivée, je loge toujours chez mon ancienne entraîneure», explique l’expatrié. Plier le linge, ranger le lave-vaisselle, s’occuper des deux enfants, le Français se sent comme « un homme au pair ». Si Laurent éprouve des difficultés à se loger, c’est qu’il ne trouve pas d’emploi et son contrat avec son club ne lui permet pas de vivre de l’ultimate. De plus, sa situation administrative est complexe. Son permis « d’athlète professionnel » le lie au Royal de Montréal et ne l’autorise pas à travailler pour d’autres employeurs. Même si la franchise l’accompagne dans sa démarche, la bureaucratie nord-américaine est inflexible. « Je pensais que ce serait plus facile de changer de statut. J’essaye depuis décembre dernier d’obtenir mon PVT (programme vacances travail) à la loterie. » Au vu de la situation, il est obligé de piocher dans ses dix mille euros d’économies : « Avant de partir, j’ai tout vendu : moto, voiture… j’ai même craqué mon PEL. »

Comme la trajectoire d’un frisbee, le rêve peut parfois prendre des orientations inattendues. Mais Laurent Faye est déterminé à le saisir une bonne fois pour toute.

Benjamin Epineau.

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