Le confinement, seul moyen de repli face au coronavirus

Aujourd’hui, plus de 3,4 milliards de personnes sont appelées ou obligées à rester chez elles. La France ne fait pas exception à la règle, confinée depuis le 17 mars, 12h. Mais pourquoi cette mesure a-t-elle été choisie ?

La distanciation sociale pour lutter contre la propagation

Le SARS-Cov-2 est une infection virale qui touche les voies respiratoires. Trois techniques sont connues pour lutter contre une infection virale : les vaccins, les médicaments antiviraux et la distanciation sociale. Bien que le vaccin soit le remède le plus efficace, il n’en existe aucun à ce jour contre le Covid-19.

Quatre stratégies médicamenteuses sont en cours d’expérimentation dans sept pays de l’Union Européenne avec l’essai clinique baptisé Discovery. Reste aux gouvernements la mise en place de la distanciation sociale entre individus.

Elle consiste à éviter les contacts rapprochés, à fermer l’accès aux lieux publics non essentiels et à rester confiné chez soi. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande en particulier de respecter au minimum un mètre de distance entre les individus. Dans une interview accordée au magazine américain The Atlantic, l’épidémiologiste Marc Lipsitch de l’Université de Harvard a annoncé que le Covid-19 pourrait infecter jusqu’à 70 % de la population mondiale d’ici un an, quels que soient les moyens mis en place pour le maîtriser, confinement ou non.

Pourquoi confiner ?

« Les autorités demandent aux habitants de se confiner afin de réduire la vitesse de propagation du virus, explique Mallaury, infirmière au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes. Le principe des mesures de confinement n’est pas de stopper complètement l’épidémie, mais de freiner sa progression, ce qui nous laisse le temps de traiter les malades. »

C’est une étude publiée par l’épidémiologiste Roy M. Anderson, de l’Imperial College de Londres, et son équipe dans The Lancet qui a décidé les onze membres du Conseil scientifique Covid-19 à recommander le confinement au gouvernement français. La progression de l’épidémie est exponentielle jusqu’à atteindre un pic.

L’idée du confinement ? « Aplanir la courbe » afin de réduire le pic de l’épidémie et étaler dans le temps le nombre de cas de personnes contaminées. Dans un entretien à l’Agence France Presse (AFP) le 6 avril, le président du Conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy, souligne les premiers effets positifs du confinement : une diminution du nombre de cas graves admis dans les services de réanimation dans l’Est de la France depuis une semaine et en Île de France depuis ce week-end.

Simulations illustratives d’un modèle de transmission du Covid-19.
En rouge: isolement des cas uniquement.
En bleu: aplatissement de la courbe par la mise en place d’une distanciation sociale tout au long de l’épidémie.
En vert: la capacité du système de santé à traiter les patients infectés.
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Comment faire disparaître l’épidémie ?

Si l’isolement permet de limiter la transmission et d’alléger le travail du personnel soignant, il ne permet pas pour autant d’éradiquer l’épidémie. Afin qu’elle disparaisse naturellement, il faut que le taux de reproduction de base R0 soit inférieur à 1, c’est-à-dire qu’en moyenne, une personne infectée ne doit pas contaminer plus d’une personne (voir encadré).

La notion de R0

Trois types de personnes font partie d’une population : les personnes saines, celles infectées et celles qui ont guéri du Covid-19. Les épidémiologistes distinguent deux catégories de personnes : celles infectées par le virus et qui contaminent des individus sains, et celles qui guérissent de la maladie. La propagation d’une épidémie ne se fait pas de manière linéaire mais exponentielle.

Joseph Eisenberg, épidémiologiste à l’Université du Michigan, explique que le taux de reproduction de base R0 est le nombre moyen de personnes contaminées par une personne atteinte de la maladie. Une personne infectée croise chaque jour un nombre Y de personnes, qu’elle contaminera avec une probabilité P. Et cet évènement se reproduira pendant les Z jours où cette personne est contagieuse. Le nombre total de personnes que cette personne infectée contaminera sera le produit de ces trois termes, soit : R0 = Y * P * Z. Lorsque R0 est inférieur à 1, le nombre de personnes qui guérissent est plus important que le nombre de nouveaux cas. Confiner permet de réduire ce taux de reproduction.

Pour le moment, le regroupement de chercheurs britanniques « COVID-19 Response Team » de l’Imperial College a estimé, dans son rapport du 16 mars, que ce taux pour le SARS-CoV-2 est compris entre 2 et 2,6. Si la Chine et la Corée du Sud ont montré qu’une diminution forte de la transmission du virus est possible à court terme, les scientifiques britanniques mettent en garde contre une situation de rebond. La levée du confinement met de nouveau en contact des personnes infectées avec des personnes saines.

Deux solutions sont proposées par l’équipe britannique : maintenir le confinement jusqu’à ce qu’il soit possible de vacciner, soit pas avant 18 mois selon eux, ou mettre en place une distanciation sociale intermittente. Si le nombre de cas diminue fortement, les mesures de distanciation sociale seront assouplies un tiers du temps. Un tel scénario sera-t-il le reflet de notre mode de vie dans les prochains mois ? Pour le moment, les Français restent confinés pour une durée indéterminée.

Marie Hilary