Le confinement, une surcharge de travail pour les filles au pair à New York

Séparer le travail de la vie privée est une tâche difficile pour les filles au pair confinées à New York, épicentre de la pandémie aux États-Unis. Les familles d’accueil ne veulent pas risquer leur santé et limitent les sorties des jeunes Françaises. Résultat : heures supplémentaires et de moins en moins de temps pour elles.

« Tu vis enfants, tu manges enfants, tu dors enfants, tu te réveilles enfants. C’est la vie d’au pair mais le problème d’être confinée, c’est que je ne peux plus avoir une vie en dehors de mon travail”, explique Alizée, fille au pair confinée avec une famille de deux enfants dans la ville de New York, l’état le plus touché par la pandémie de coronavirus aux États-Unis. Le nombre de décès dus au COVID-19 dans l’état a atteint 25 174, tandis que le nombre de personnes infectées a dépassé les 320 000. Le gouverneur Andrew Cuomo a proposé un plan de déconfinement à partir du 15 mai, date très attendue par les jeunes Françaises confinées avec leurs familles d’accueil.

La routine de ces filles au pair consiste, en général, à emmener les enfants à l’école, les chercher, les aider pour les devoirs et s’occuper d’eux jusqu’à l’arrivée de leurs parents. Un travail qui leur prend environ 30 heures par semaine. Le confinement a totalement bouleversé cette routine. Les jeunes Françaises travaillent – parfois sans s’en rendre compte- plus d’heures pour la même rémunération. Par exemple, Alizée, qui travaillait environ 5 heures par jour, s’occupe actuellement des enfants dès leur réveil jusqu’au goûter. En plus de son rôle de babysitter, elle tient aussi celui de maîtresse d’école.

Ludivine, fille au pair à Larchmont -banlieue chic de New York- a également pris les deux rôles. Confinée avec 3 enfants, elle travaille 15 heures de plus par semaine que d’habitude pour aider les parents et récupérer les deux semaines de mars où elle n’a pas pu travailler. Probablement infectée, la famille avait décidé de la confiner dans sa chambre pendant 15 jours. 

« Je suis restée deux semaines enfermée dans une chambre pour ne pas transmettre le virus aux autres. Cependant, la famille s’est très bien occupé de moi. Ils me faisaient à manger et me laissait l’assiette sur une table en face de ma porte.” Une situation que Ludivine a vécu comme « bizarre et frustrante« .  Après l’isolement, elle a dû reprendre ses responsabilités et comme les autres filles au pair, elle a du mal à avoir des moments libres dans ses journées.

Retrouver des moments de liberté

À New York, il n’y a pas de conditions de sortie, contrairement à la France, où une attestation de déplacement est nécessaire. Néanmoins, certaines familles ont décidé de limiter les sorties de leurs filles au pair pour éviter que le virus ne pénètre la maison. Ainsi Alizée, au début du confinement, passait ses moments off dans sa chambre. Mais les cris et pleurs sont nombreux dans l’appartement et il lui fallait trouver un moyen pour être seule et sans enfant. Elle a donc obtenu des parents une heure de sortie par jour, dans des conditions bien précises : sur un parking où elle retrouve ses amies pour discuter, chacune restant dans sa voiture.

Emeline, confinée avec quatre enfants, a aussi discuté avec les parents. « J’ai expliqué à mes hôtes que j’avais besoin de partir hors de la maison le soir, même si c’est juste pour aller m’asseoir à l’arrêt de bus, pour être seule” raconte-t-elle. La famille, pas très convaincue et inquiète d’une possible exposition au virus, a finalement accepté et a compris qu’elle ne supportait plus d’être enfermée.

« Le fait d’être confinés, ça nous a rapprochés »

Vivre avec une famille ayant une culture très différente dans un pays étranger n’est pas toujours facile. Cependant, Ludivine y voit un côté positif. « Nous avons eu quelques différends au début de l’année, je voulais rentrer en France. Le fait d’être confinés, ça nous a rapprochés. Ils découvrent de nouvelles facettes de ma personnalité. Nous communiquons et nous partageons beaucoup plus” . Le sentiment est également partagé par Emeline qui assure que depuis le confinement,  sa relation avec la famille d’accueil a évolué de façon plus positive que ce que elle aurait pu imaginer.

Même si au début du confinement ces jeunes filles ont envisagé l’idée de rentrer en France pour être confinées avec leurs propres familles, elles ont finalement décidé de rester. Un moyen d’éviter de traverser l’Atlantique en étant éventuellement porteuses du virus. Elles se focalisent sur l’enseignement qu’elles tireront de cette expérience particulière. « Cette situation me rendra plus forte. Je serai aussi beaucoup plus patiente envers les enfants et je saurai repousser mes limites. Je garde en tête que cela peut m’apporter du positif dans ma vie future et dans mes capacités », assure Emeline. Rester en étant confinées, c’est aussi renoncer à leur objectif premier en étant au pair : Ludivine, venue pour apprendre l’anglais, se retrouve confinée avec une famille française. Alizée, venue pour se perfectionner dans le monde du maquillage, ne peut plus assister à ses cours.

Diana Buitrago