Le poker « sauve la mise » des sites de paris sportifs

L’arrêt des compétitions est un coup dur pour les sites de paris sportifs, dépendants du calendrier mondial. Une période qui profite au poker en ligne, en plein « boom », comme l’explique Tristan Guiglioni, responsable des paris sportifs chez Winamax.

Rue Des Confinés : Quel est l’impact du confinement sur les sites de paris sportifs ?

C’est un moment difficile pour notre industrie. L’arrêt progressif des compétitions a fait baisser drastiquement le trafic sur le site : le premier week-end de confinement, on avait 50% de mises en moins, mais il restait quelques compétitions sur lesquelles parier. Aujourd’hui, l’activité est quasi nulle. C’est une situation totalement inédite.*

*Selon l’AJREL, l’autorité qui chapeaute les jeux en ligne, « le 1er trimestre 2020 sera très certainement le premier trimestre de baisse d’activité en pari sportif depuis l’ouverture du marché en 2010. »

Vous ne proposez plus aucune compétition à vos parieurs ?

Il ne reste qu’une compétition ouverte aux paris en France : le championnat de football biélorusse. Une petite partie des parieurs se reporte sur cette compétition. Les huit matches de cette ligue se jouent le vendredi, samedi et dimanche. Sur ces trois jours, on enregistre environ 10% des mises habituelles, alors que c’est un championnat qui représente moins d’1% des mises en temps normal. Mais du lundi au jeudi, l’activité des paris sportifs est complètement à l’arrêt.

Capture d’écran de la page « Paris Sportifs » de Winamax. Seuls des matches de football biélorusse sont proposés.

Des compétitions en Asie pourraient reprendre plus tôt qu’en Europe. Allez-vous les proposer à vos utilisateurs ?

Pour pouvoir suggérer une nouvelle compétition à nos parieurs, il faut l’aval de l’ARJEL, (l’autorité de régulation du jeu en ligne, ndlr). La procédure d’autorisation est assez compliquée mais elle est assouplie en ce moment. L’autorité est à l’écoute des opérateurs sportifs, mais elle étudie chaque championnat avec attention, pour éviter de proposer des compétitions à l’intégrité douteuse, et où les risques de trucages sont importants.
L’ARJEL vient d’autoriser les championnats de football coréens et chinois ainsi que la ligue de basket en Corée du Sud. Pour le moment, les matches sont suspendus mais on parle d’une possible reprise courant avril. Dès que les compétitions reprendront, elles seront à disposition de à nos parieurs.

Contrairement à d’autres sites de paris sportifs, vous proposez du poker en ligne. Est-ce que c’est un atout en ce moment ?

Oui notre double activité nous sauve bien. Alors que les paris sportifs sont quasiment à l’arrêt, le poker est au contraire en plein boom. On a deux fois plus de joueurs que d’habitude. Le poker nous permet d’amortir largement l’impact économique de la baisse des paris sportifs.

Comment expliquez-vous cette hausse du trafic ?

D’abord parce que le poker est une activité d’intérieur, un peu comme les jeux vidéos ou la Vod (vidéo à la demande ndlr). Or là, on n’a pas d’autre choix que de rester à la maison. Le poker est une distraction vraiment adaptée au confinement. Et puis, il y a sûrement un effet social. Notre fonctionnalité de tournoi privé, pour jouer juste entre amis, est beaucoup plus utilisée. Auparavant, on comptait une dizaine de parties de ce type par jour. Aujourd’hui, ce sont presque 5 000 tournois privés au quotidien, avec en moyenne dix joueurs par tournoi, du jamais vu. C’est vraiment quelque chose qu’on n’avait pas anticipé. Les joueurs ont remplacé la partie de poker physique chez un ami par la soirée de poker en ligne, avec un appel vidéo en même temps pour garder contact. Un peu à la manière des « visioapéros ».

A défaut de pouvoir parier, les parieurs jouent-ils au poker ?

Non, le doublement du trafic est lié à une vague de nouvelles inscriptions. On a plusieurs milliers de nouveaux joueurs chaque jour. Ce n’est pas un report des parieurs vers le poker, mais plutôt un afflux de connaisseurs qui n’avaient jamais joué en ligne. Les parieurs ont tout simplement arrêté de se connecter, en attendant que les matches reprennent un jour.

Beaucoup d’événements sportifs sont reportés voire annulés. Êtes-vous inquiet ?

La vraie question maintenant c’est de savoir si les compétitions vont être décalées ou annulées. Les reports, c’est embêtant mais on peut gérer. Les annulations par contre, comme Wimbledon, c’est une perte sèche pour nous.
Cet été aurait dû être un moment fort de l’industrie du pari en ligne grâce à l’Euro de foot. On attendait beaucoup de nouvelles inscriptions et des inscriptions sur la durée. Parce qu’après chaque grosse compétition de football, une partie des nouveaux inscrits se convertissent aux paris en ligne. En 2018, le beau parcours de l’équipe de France en Coupe du monde avait gonflé le marché du pari sportif*, notamment grâce aux nouvelles inscriptions. Quand les championnats nationaux ont repris en août 2018, on avait un niveau de mise bien supérieur à celui de mai, avant le Mondial. Chaque compétition internationale de foot est une marche qui devient un palier. Donc là on va perdre un an avec le report de l’Euro mais il y a pas d’autre solution. On est totalement dépendant du calendrier sportif.

* Selon l’AJREL, « le déroulement de la Coupe du Monde de football en 2018 avait attiré un volume de mises (382 millions d’euros) qui n’a pas eu d’équivalent en 2019. »

L’industrie des paris sportifs en chiffres

  • 3 443 000 comptes joueurs actifs en 2019
  • 5 056 milliards d’euros de mises en 2019
  • + 27% de chiffre d’affaires en 2019 par rapport à 2018

Louise Gerber.

Rubrique | Sportivement

Tout ce qu’il faut savoir sur l’actualité sportive : le quotidien des sportifs confinés, les enjeux de ce confinement mais aussi le suivi de l’actu hors Covid.

Visiter la rubrique