Chloroquine : saurez-vous démêler le vrai du faux ?

La chloroquine pourrait être une solution à l’épidémie de Covid-19 dans le monde. Entre espoir et inquiétude, ce médicament soulève toutefois plusieurs questions.

Aperçu de la molécule de chloroquine, qui aurait des effets contre le Covid-19.

La chloroquine et l’hydroxychloroquine sont la même chose.

Faux

La chloroquine est un dérivé synthétique de la quinine, un médicament utilisé depuis plusieurs dizaines d’années contre le paludisme. La molécule de chloroquine est vendue sous plusieurs noms : Nivaquine ou Resochin par exemple.
L’hydroxychloroquine est, lui, un dérivé de la chloroquine. En France, il est commercialisé sous le nom de Plaquenil par les laboratoires Sanofi. Ce médicament traite, entre autres, le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde.

Les études du professeur Raoult sont suffisantes pour montrer l’efficacité de la chloroquine contre le nouveau coronavirus.

Faux

Le 19 février 2020, une analyse chinoise démontre un effet de la chloroquine sur le Covid-19 in vitro, donc pas sur des humains. Sur cette base, le professeur Raoult commence une étude clinique, début mars. Elle concerne 24 patients malades du virus traités au Plaquenil (contenant de l’hydroxychloroquine) et aux antibiotiques pendant six jours.
Mais beaucoup de professionnels de la recherche et de la médecine critiquent la faiblesse de l’étude. Trop peu de sujets ont participé, certains sont morts pendant le test, d’autres ne l’ont pas effectué jusqu’au bout. De plus, les recherches n’ont pas été faites avec ce qu’on appelle le « double aveugle ». Ce protocole permet d’observer l’efficacité d’un traitement en comparant un groupe traité avec la substance active et un autre traité sans la substance active (placebo).
Didier Raoult a mis en ligne une seconde étude vendredi 27 mars 2020, portant cette fois sur 80 patients. Sur les 80 cas testés, 65 n’ont pas eu d’aggravation des symptômes, douze ont été mis sous oxygène et trois ont été placés en soins intensifs. Même si cette étude est un pas en avant, le manque de groupe témoin, l’échantillon trop petit et des protocoles non respectés la rendent insuffisante pour montrer l’efficacité de la chloroquine contre le Covid-19. Une étude similaire est menée au niveau européen sur plus de 3 000 personnes, mais les résultats sont attendus d’ici deux semaines, autour du 5 avril.

La chloroquine a une action préventive sur le nouveau coronavirus.

Faux

Ce médicament n’agit pas comme un vaccin et ne permet pas de se prémunir de la maladie. Mais la chloroquine est l’une des pistes les plus sérieuses pour soigner les malades du Covid-19. Les essais cliniques sont en cours a annoncé l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) pour authentifier son efficacité.

Prendre de la chloroquine sans avis médical peut être dangereux.

Vrai

Même si cette molécule est considérée comme bien tolérée dans un traitement contre le paludisme, elle peut provoquer des effets indésirables : nausées, vomissements, démangeaisons. En cas de surdosage, elle peut entraîner des problèmes cardiaques mortels.
D’après la base de données gouvernementale des médicaments), l’hydroxychloroquine comporte aussi des effets secondaires qui peuvent être graves dans certains cas (perte partielle de l’acuité visuelle, maux de tête et troubles digestifs).
L’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a annoncé dimanche 29 mars que plusieurs personnes ont été intoxiquées après avoir pris de l’hydroxychloroquine en automédication. Certaines ont été admises en réanimation.
Prendre cette substance sans avis médical, c’est prendre le risque de remplir inutilement les hôpitaux dans cette période de crise.
De plus, son obtention, bien que désormais encadrée, peut empêcher des malades soignés par l’hydroxychloroquine pour d’autres maladies (polyarthrite rhumatoïde, lupus) de s’en procurer et de se soigner.

Tout le monde peut bénéficier de la chloroquine.

Faux

Le manque d’étude sur ce médicament pour lutter contre le Covid-19 et l’espoir qu’il suscite poussent le gouvernement à la prudence. Le décret publié le 26 mars 2020 encadre l’usage de la chloroquine.
Le texte détaille que « l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile ».
D’après ce décret, la molécule et ses dérivés peuvent donc être prescrits pour des malades du Covid-19 (et les autres pathologies déjà traitées par l’hydroxychloroquine), dans les hôpitaux et par des médecins.

Hippolyte Corneille.

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