L’éclosion de nouveaux sportifs

Durant le confinement, de nombreuses personnes se sont mises au jogging. Totalement désintéressés de la pratique physique auparavant, ces « sportifs du confinement » ont découvert une passion. Loin des fédérations sportives.

En moyenne, les Français ont pris 2,5 kg (sondage Ifop) depuis le 17 mars, date à laquelle le pays s’est endormi pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Moins de marche dans la journée, de longues heures assis dans son fauteuil à regarder des séries Netflix ou lire un livre, du grignotage, des gâteaux cuisinés pour passer le temps … En période de confinement, la prise de poids est (trop) facile. De son côté, Anne-Lyvia, étudiante de 22 ans, en a perdu. « J’ai maigri de deux kilos !  Depuis le début du confinement, je fais du sport 6 jours sur 7. A la base, je déteste le sport, je déteste courir. Lorsque j’en faisais, je le vivais comme une punition. Mais maintenant, quand je cours, c’est le moment où je sors sans culpabiliser. »

C’est impossible à quantifier, mais de nombreux Français ont découvert une passion pour l’activité physique durant cette période inédite. « Je ne faisais pas de sport avant car je ne prenais pas le temps. Je n’en voyais pas la nécessité, avoue Thomas en revenant d’un footing. Mon père courait déjà avant le confinement et comme je suis retourné chez lui pendant cette période, j’y suis allé avec lui une première fois. Puis une seconde… Je me suis rendu compte que ça me faisait un bien fou ! Ça remonte le moral et je me sens mieux dans ma peau », explique l’étudiant en école d’architecture. Aujourd’hui, il court trois fois par semaine et compte continuer.

La peur de l’engagement

Ces nouveaux sportifs peuvent apparaître comme une aubaine pour les clubs sportifs. Une campagne nationale est prévue pour inciter ceux qui se sont mis au sport pendant le confinement à pousser la porte d’un club à la rentrée. Pourra-t-on voir Thomas ou Anne-Lyvia au club de football de l’US Chauny (02), pensionnaire de Régionale 1 ? Pour son président Elvis Blondeaux, la réponse est négative : « Je pense que celui qui avait envie de faire du sport en faisait déjà avant. Pour moi, ce sont juste des personnes qui étaient bloquées en ville et qui se sont découvert une passion pour le footing. » Il est vrai qu’entre commencer une activité physique et se lancer dans une association sportive, la marche peut s’avérer trop haute.

« C’est un engagement de signer une licence dans un club. Il faut aller aux entraînements régulièrement. Or, moi, j’aimerais pouvoir changer d’avis, même la veille. Je ne veux pas qu’on compte sur moi. Je sais que c’est une pratique égoïste mais ça me permet de faire ce que je veux, quand je veux », explique Anne-Lyvia. Quant à Thomas, une autre problématique liée aux associations sportives le dérange : « Aujourd’hui, je suis allé courir à 11 heures. Peut-être que demain ce sera 14 heures et après-demain 18 heures. Je veux être complètement libre dans ce que je fais et ne pas avoir un horaire imposé. Quand j’en ai envie, je me mets de la musique dans les oreilles, j’enfile des baskets, et je pars pour quelques kilomètres. »

« Je n’ai jamais pensé à m’inscrire dans un club »

Après l’essor des clubs de sport privés (Basic Fit, Fitness Park, Keep Cool…), ces « sportifs du confinement » montrent une nouvelle fois que les fédérations sportives n’attirent qu’une petite partie des sportifs français. Le club local est vu avant tout comme un endroit où règne la compétition. Horaire fixe, objectif à remplir, confrontation directe avec des adversaires… Ce sport compétition est très éloigné des attentes de certains sportifs. « J’aime bien le sport individuel. Je n’aime pas en faire avec les autres. Je n’ai jamais pensé à m’inscrire dans un club », avoue Anne-Lyvia.

Pourtant, l’étudiante confinée à Aix-en-Provence pourrait franchir ce cap. Elle ne serait pas forcement insensible au démarchage d’un club. À une condition : « Je veux quand même voir un résultat physique sur moi. Je veux qu’il y ait un effet sur mon corps. En faisant un sport comme du handball, je ne suis pas sûre. Alors que je pourrais m’éclater… Si on me persuade que mon corps peut évoluer tout en m’amusant, je serai partante. »

Mais comment trouver ces « sportifs du confinement » ? Willy Djassidji, président du club d’haltérophilie de l’ASPTT Lille, cherche. « J’aimerais pouvoir les amener vers mon club. Mais comment les repérer ? Il faudrait une grosse campagne publicitaire. Et c’est ce que font les salles commerciales avec du coaching à grande échelle, constate-t-il. En club, il faudra attendre car nous faisons partie des sports qui ne sont pas encore autorisés à reprendre », admet le président. Et pendant ce temps là, les « sportifs du confinement » continuent leur entraînement sans aucune aide des fédérations françaises. Et cela ne les dérange pas. Au contraire.

Souad Rochdi, directrice générale de la Fédération française d’athlétisme (FFA) : « Rien de mieux qu’un club pour accompagner et guider »

On voit beaucoup de personnes se mettre au footing depuis le début du confinement. Ce sont des futurs licenciés de la Fédération française d’athlétisme ?

Souad Rochdi : « Bien sûr ! Je souhaite que ces personnes viennent dans nos clubs. Mais on sait que la consommation du sport a changé. Les gens sont libres de leurs mouvements. Ils utilisent toutes sortes de dispositifs pour pouvoir s’entraîner. Mais rien ne remplacera nos clubs pour s’entraîner dans les meilleures conditions.

Pourquoi des personnes ont dû attendre le confinement pour se mettre à courir ?

Elles ont compris que maintenir une activité physique quotidienne, de 30 minutes à 1 heure, était indispensable pour leur équilibre. Ces personnes ont pris conscience de cela, c’est une première étape. Maintenant, c’est à nous de le traduire en licenciés.

Comment les clubs peuvent évoluer pour attirer ces joggers ?

Dans le langage courant, nous disons : « je joue au foot ou au tennis ». En revanche, personne ne dit « je joue à l’athlétisme ». Nous essayons d’adopter une pédagogie différente pour que cette cible puisse s’amuser en faisant de l’athlé. Si nous arrivons à prendre ce virage, en juillet-août, nous pourrons susciter une envie à la rentrée. Nous allons donc essayer de proposer des plannings d’entraînement différents et s’adresser à une population différente. Celle qui veut du sport santé.

Concrètement, que pouvez-vous proposer ?

Nous pouvons par exemple mesurer 1 000 mètres à un endroit défini et y proposer des exercices, des défis. Plusieurs licenciés peuvent se retrouver sur ce kilomètre en question quand ils le veulent, en faisant ce qu’ils veulent. Les gens ont besoin de se retrouver, il n’y a rien de mieux qu’un club pour accompagner et guider.

En règle générale, est-ce que ce confinement peut faire évoluer la FFA et ses clubs ?

Je pense que les clubs sont notre raison d’être. Ils ne sont pas amenés à disparaître. En France, le sport a été construit autour d’eux. Il faut un changement dans les modalités d’accueil et accélérer la formation à distance. Nous devons permettre à des profils différents de rejoindre nos clubs. »

Charles Yzerman.

Rubrique | Sportivement

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