En famille ou au foyer, les personnes handicapées elles aussi confinées

Le foyer d’accueil médicalisé (FAM) Simone Veil, qui accueille des adultes avec autisme, a placé en confinement une partie de ses résidents et demandé aux autres de rester chez eux. Une situation inédite pour les éducateurs, les résidents comme leurs parents.

Le FAM Simone Veil, vu depuis l’extérieur. Il accueille 33 adultes avec autisme, à Paris. Credit : Association Autisme en Ile-de-France (AeIDF) et Matthieu Lardjane

Matthieu Lardjane en est encore au petit-déjeuner, quand le médecin du Simone Veil, dans le 15ème arrondissement de Paris, l’appelle pour le prévenir, ce samedi 14 mars. D’après le ministère, le confinement est pour mardi. Le jeune directeur doit, à seulement 34 ans, prendre rapidement une décision : faut-il ou non rester ouvert ? 

Par chance, la plupart des résidents sont retournés dans leur famille pour le week-end. Ce sont elles qu’il appelle en premier. « Soit vous ramenez votre enfant lundi, et pendant toute la période, il restera au FAM ; soit il reste avec vous, pour un nombre de semaines indéterminé. » Seuls dix résidents, sur trente-trois au total, restent au sein de l’établissement. 

Le foyer se met aussitôt en ordre de bataille. Une équipe de neuf éducateurs, sur les quarante que compte le FAM, est constituée pour se confiner avec les résidents. Une autre équipe prendra le relai une semaine plus tard. Les autres éducateurs sont placés en télétravail ou en repos.

Retrouver son rythme

Les premiers jours, il faut s’adapter à cette nouvelle vie, et décider des activités. Il faut surtout s’assurer que les résidents, âgés de 19 à 60 ans, comprennent le confinement et l’acceptent. Pour cela, la première équipe éducative a recours à des supports visuels sur le coronavirus, adaptés aux capacités de compréhension de chacun. « Cela suscite toujours des interrogations de la part de jeunes, qui nous demandent quand ils vont revoir telle personne, explique Maïtena Lapeyrine, 32 ans, de la première équipe. On a essayé de faire au mieux. » 

La journée s’organise autour de deux sessions d’activités, une le matin, l’autre l’après-midi. Les résidents s’essaient à la peinture ou la musique, suent dans la salle de sport. On n’oublie pas de garder le lien avec les familles, par des coups de fil réguliers, et surtout par le blog, alimenté tous les soirs. On apprend aussi les bonnes mesures d’hygiène, ce qui n’est pas plus simple pour eux que pour le reste du pays : « Quand on tousse et qu’on met la main, on essaye d’apprendre à mettre le coude », explique l’éducatrice.

Deux résidents d’une soixantaine d’années, qui présentaient une légère toux, ont été confinés dans leur chambre par mesure de précaution. Les éducateurs leur apportent le repas, et poursuivent les activités avec eux, munis de masques. Tous deux devraient pouvoir sortir dans quelques jours. Si un cas de coronavirus devait toutefois être détecté, « le confinement serait en chambre, il n’y aurait aucune sortie ».

Après le dîner, les éducateurs se retrouvent entre eux et débriefent la journée. Ils s’inquiètent moins des futures semaines de confinement que des résidents rentrés chez eux, et de leurs familles, souvent débordées.

L’équipe éducative de la semaine dernière passe le relai. Credit : Matthieu Lardjane

« Ils peuvent aussi être très surprenants »

Cécile Mégie l’admet : le télétravail est une gageure, surtout quand on est confiné avec ses trois fils et son conjoint, tout en dirigeant les équipes de Radio France Internationale (RFI). Mais « il n’était pas imaginable que je dise à Paul : Écoute, tu vas au FAM et je ne sais pas quand tu ressors. » Si Paul a compris très vite le confinement, il demande toujours s’il retourne au FAM le lendemain. D’habitude très sociable, le jeune homme de 20 ans ne s’approche plus des gens dans la rue, pour leur parler ou les toucher. 

Cela n’empêche pas l’ennui et l’agacement de poindre. « Et demain ? » demande-t-il souvent. « Demain, ce sera pareil », répond sa mère. Sa routine se compose de jeux avec ses frères, du JT en famille, et des prestations du chef d’orchestre Herbert von Karajan, son idole. 

Sandra Callixte, assistante de vie de 44 ans, a décidé quant à elle de laisser son fils Allan au foyer « pour éviter tout accident, ou tout imprévu ». Elle doit déjà garder sa petite fille de 6 ans pendant le confinement, et estime que les éducateurs sauront mieux s’occuper de son grand fils de 21 ans en cas de crise d’épilepsie, ou de crise d’angoisse. « Je suis vraiment rassurée et en paix de savoir qu’il est dans cette structure-là au FAM Simone Veil, avec un personnel bienveillant. »            

Tous attendent désormais la fin du confinement, tout en s’y adaptant au mieux. Les éducateurs craignent notamment que les résidents dans leur famille perdent en autonomie. « C’est à nous de dire “Non, ça il sait très bien le faire”, rappelle Maïtena Lapeyrine. Quand ils vont tous revenir au foyer, on va rigoler tous les jours ! » Mais pour Tali Himi-Collin, 33 ans, psychologue du foyer, les résidents pourraient bien étonner leurs éducateurs : « Ils peuvent aussi être très surprenants. On imagine les difficultés, mais ils relèvent le défi encore mieux qu’on ne l’imaginait. »

Louis de Briant

Rubrique | Fraîche Info

Piégés entre les murs de leur jolie école toute de briques vêtue, nos rédacteurs assurent en live le suivi de l’actu française et internationale.

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