Les migrants vénézuéliens en Équateur : « Nous avons peur de mourir… pas du coronavirus, mais de faim »

Rester malgré la faim, le chômage et les risques liés au COVID-19, ou tenter sa chance et retourner au Venezuela…  Ce sont les questions auxquelles sont confrontés des milliers de Vénézuéliens face à la progression rapide de la pandémie en Équateur, le deuxième pays le plus touché d’Amérique Latine. 

L’Équateur est le troisième pays d’accueil pour les migrants vénézuéliens, après la Colombie et le Pérou. Selon les chiffres du gouvernement, au 19 janvier de cette année, 354 538 citoyens vénézuéliens sont entrés régulièrement en Équateur pour s’y installer. Cependant, ils considèrent que plus de 500.000 Vénézuéliens se trouvent actuellement dans le pays, si l’on considère les citoyens entrés illégalement. 

Tous ces Vénézuéliens ont fui la crise économique, sociale et politique de leur pays. Aujourd’hui c’est un nouveau défi : survivre sans travailler dans le deuxième pays le plus touché par la pandémie en Amérique Latine. Selon les autorités, le pays compte près de 10.000 personnes infectées et 456 morts, une situation particulièrement critique dans la province côtière de Guayas et dans sa capitale, Guayaquil. 

« En ce moment, je peux décrire  facilement la situation des Vénézuélien.ne.s en deux mots : grosse faim », confie Daniel José Regalado, président de l’association « Venezuela en Ecuador ». L’association a réalisé un sondage dans le pays et elle compte environ 21.000 Vénézuéliens en état urgent de vulnérabilité. Plus de 92% de ces personnes travaillaient sans être déclarées et se retrouvent aujourd’hui sans aucun ressource pour leurs familles. 

Rentrer au Venezuela à tout prix 

M.B.* est résidente irrégulière en Équateur depuis 2018 et cherche désespérément à rentrer au Venezuela. Avant le confinement, elle lavait des voitures dans les rues de Quito. Ce travail clandestin lui apportait la quantité d’argent tout juste suffisante pour s’alimenter. Aujourd’hui, sans pouvoir sortir travailler, elle se retrouve plongée dans une extrême pauvreté avec son mari et sa fille d’un an. 

« Au Venezuela, j’ai toujours une maison… Ici, nous n’avons pas pu payer le loyer des deux derniers mois et nous savons très bien que, d’un jour à l’autre, le propriétaire va nous obliger de partir », s’inquiète M.B. Pour elle, il est hors de question de vivre dans la rue avec sa fille dans un pays qui n’est pas le sien. « Je préfère mourir sous un toit au Venezuela que dans les rues en Equateur » .

Voir aussi : VIDÉO. Au Venezuela, le coronavirus s’ajoute à la crise économique et sociale

L’Équateur a décrété la fermeture de ses frontières terrestres à la mi-mars, lorsqu’il a déclaré l’urgence sanitaire à cause du Covid-19. En pleine pandémie, M.B. n’abandonne pas l’idée de partir. Elle a rejoint des groupes Facebook de Vénézuéliens qui cherchent à rentrer.

« Nous sommes plusieurs familles désespérées et prêtes à tout faire pour rentrer, même si les frontières sont fermées. Nous avons toutes peur de mourir… pas du coronavirus mais de faim. » M.B. est consciente que les bus ne peuvent pas traverser la frontière et évalue la possibilité de rentrer à pied, par des chemins clandestins, avec sa famille.      

Arturo Benitez a fait ce trajet en bus pour venir jusqu’à la capitale équatorienne en novembre 2018. Un voyage dense, de trois jours, dans le but de tenter sa chance pour pouvoir « offrir une meilleure qualité de vie » à ses enfants. Diplômé d’un DUT de technicien agricole au Venezuela, il travaille en Équateur comme ouvrier indépendant.

Contrairement à M.B., Benitez possède un visa humanitaire. Mais en étant indépendant et sans travail actuellement, la pauvreté le guette également. Il est marié et père de trois enfants, dont un bébé de deux mois.

« J’ai déjà essayé à plusieurs reprises de sortir, marcher dans la rue, à la recherche d’un travail mais sans succès » , confie Benitez. Pourtant, il ne veut pas rentrer au Venezuela, puisque, selon lui, « la situation sera égale ou pire ». De plus, il a la certitude que son propriétaire ne mettra pas sa famille à la rue.

Tous les locataires du bâtiment où se trouve l’appartement loué par Benitez sont vénézuéliens. Les propriétaires, Equatoriens, sont conscients des difficultés de leurs habitants. Mais ce n’est pas le cas pour tous les locataires vénézuéliens en Équateur. L’association « Venezuela en Ecuador » essaie de gérer tous les jours les appels d’urgence des Vénézuéliens qui sont expulsés de leur chambre faute d’argent. 

Les aides financières de l’État : “Un cauchemar pour les étrangers”

Le gouvernement équatorien a annoncé une prime d’urgence de 60 dollars pour les travailleurs non-déclarés qui, en raison de l’urgence sanitaire liée au coronavirus, ne peuvent pas aller travailler. Le président Lenin Moreno a précisé que l’aide serait destinée à ceux dont le revenu mensuel ne dépasse pas 400 dollars. 

Benitez, désespéré par la situation, a essayé de contacter à plusieurs reprises les services gouvernementaux chargés de la distribution de la prime de 60 dollars. Au bout de quelques jours, le gouvernement l’a informé qu’il ne pourrait pas en bénéficier et ce malgré son statut régulier dans le pays, sans lui fournir plus d’explications.

Selon le président de l’association « Venezuela en Ecuador », Daniel José Regalado, la prime est refusé à 99 % des immigrants, quelle que soit leur nationalité. Soit à cause de leur statut de clandestin dans le pays, soit faute d’avoir cotisé à la sécurité sociale.  « Les processus administratifs, pour essayer de solliciter la prime d’urgence, ont été un vrai cauchemar pour les étrangers », explique-t-il.

Avec les poches vides et dans le but de survivre, environ 600 Vénézuéliens ont déjà traversé la frontière. Ils sont venus d’Équateur, Pérou ou Colombie, se rejoignent sur le chemin et continuent le voyage ensemble avec l’espoir d’être autorisés à rentrer au Venezuela, où le président Nicolas Maduro assure les attendre à « bras ouverts ».

Diana Buitrago.

*Le nom a été remplacé par ses initiales pour protéger la source