Les radios communautaires retroussent leurs manches contre le Covid-19

Face au Coronavirus, le Cameroun intensifie les campagnes médiatiques d’urgences à travers des messages traduits en langues nationales. Les radios communautaires se trouvent en première ligne dans cette crise sanitaire.

« Le coronavirus est une réalité. Il tue. Adoptons les mesures-barrières pour éviter la propagation du virus dans notre pays. […] C’est un message de la commune de Bafia » localité situé à 120km au nord de Yaoundé dans le département du Mbam-et-Inoubou. La radio communautaire Mbam Fm a mis en marche la locomotive de sensibilisation et de prévention dans la lutte contre la Covid-19. Les leaders des communautés religieuses, culturelles et politiques ont joint leurs voix à la réalisation de microprogrammes en langues locales. Fouapong Osseni, leader de la communauté bamoun parle « d’un devoir citoyen et une contribution républicaine. »

Logée au 3e étage d’un immeuble qui porte les stigmates de la colonisation, les bureaux de la radio sont dans un appartement vétuste aux murs défraîchis. Un studio sobre abrite un matériel rudimentaire. La station de radio a du retrousser ses manches pour produire des spots sur le virus. « Au lendemain de l’annonce des premiers cas positifs au coronavirus, sans attendre les mesures gouvernementales, nous avons produit des messages en langues maternelles avec nos propres ressources », informe William Donkam, chef de chaine. Les messages sont enregistrés en quatre dialectes : le bafia(la langue des populations autochtones), le fufuldé, le shemum et le medumbasur. « S’exprimer en dialectes est un vrai apport dans la campagne d’urgence de lutte contre le virus. Un maximum de population a accès à l’information. En plus on ne peut pas totalement se confiner, l’Etat n’a pas les moyens » ajoute Christine Mvondo, une auditrice de Bafia.

À 231km de là, à l’est de Yaoundé, sur les ondes de la radio Assamba ekotto 94.6 fm, dans la commune d’Akonolinga dans le département du Nyong-et-Mfoumou, un espace est consacré à la sensibilisation à la pandémie. « Dès le10e cas, nous avons mis sur pied un microprogramme de cinq minutes intitulé instant Covid-19 », déclare Mohamadou Laminou, chef de chaine. Un microprogramme interactif en collaboration avec le district de santé de la ville. Les spots sont enregistrés en yebekolo et en fufuldé. Cette dernière pour éduquer la forte communauté nomade de bergers mbororoqui qui occupe le nord de la ville.

Des messages rassurants

Une sensibilisation de proximité qui est appréciée par plusieurs auditeurs.  «Ces programmes permettent de suivre l’actualité sur l’évolution de la maladie et contrairement aux médias urbains nationaux et internationaux qui donnent le nombre de morts par jour, les animateurs ici se veulent rassurant par rapport aux conseils qu’ils donnent » apprécie Lionel Amba, boucher dans la ville. Pour Franck Bimalè, styliste de la place, « ils sont  des phares  pour l’arrière-pays, ainsi ils limitent, par leur action, la propagation du virus et évite le pire ».

Le Cameroun est aujourd’hui l’un des pays les plus affectés par la pandémie en Afrique subsaharienne. S’inscrivant dans la continuité des mesures instruites par le gouvernement, le ministère de la Communication en partenariat avec l’Unicef, a organisé un séminaire à l’attention des journalistes des radios communautaires associés aux médias urbains dans les dix régions du pays. L’espace de conférence de la délégation régionale de la communication a servi de cadre d’accueil à l’atelier. Celui-ci devant se tenir précédemment durant quatre jours à Mbalmayo, commune du département du Nyong-et-so’o. Coordonné par la déléguée Sophie Tsouala, en un après-midi, trente journalistes ont pris part à la rencontre.

Toucher les populations les plus reculées

 Sans langue de bois, les uns ont partagé les difficultés auxquelles ils font face depuis le mois de mars. L’indisponibilité des personnes ressources, l’accès à l’information, les conditions difficiles de travail et le manque de moyens financiers pour effectuer des descentes sur le terrain. « Les radios communautaires assurent la continuité du service public. Elles appartiennent aux communes. Les émissions touchent les populations des zones reculées du pays »,  avance Sophie Tsouala, pour rappeler leur rôle et importance. Les missions sont vastes. Dans cette lutte, elles devront également diffuser les cours de l’enseignement de base et du secondaire préenregistrées sur le poste national, la radio de l’Etat.

Chaque commune met un accent particulier sur un message en tenant compte des spécificités de la localité. A Akonolinga, localité rurale et enclavée, sur les ondes de la radio Assimba Ekotto, « nous interpellons les parents de plus en plus dans l’éducation des enfants », explique Mohamadou . « Depuis la fermeture des établissements, les enfants vont en groupe au fleuve Nyong (deuxième plus long fleuve du Cameroun qui traverse la ville) pour se baigner ou laver leurs habits. Ils vaquent aux occupations champêtres la plupart du temps quand ils ne jouent pas ensemble. Ils ne portent pas de masque et ne respectent pas la distanciation sociale de 1m50 ». Le confinement étant volontaire.

À la radio Mbam fm, avec l’assouplissement des mesures gouvernementales notamment la réouverture des bars, des restaurants à plus de 18h, « les Camerounais se sont rués dans ces lieux pour célébrer comme si c’était la fin de la crise sanitaire. Nos messages sont portés essentiellement sur la sensibilisation des populations », affirme William Donkam.

Les deux tiers de la population camerounaise vit en zone rurale. Les localités sont caractérisées par une faible couverture du réseau électrique, l’enclavement des routes, difficile accès aux soins de santé. La sensibilisation reste donc plus que jamais d’actualité.

Elisabeth Ndjakomo

Cet article a été réalisé en collaboration avec les étudiants de la Licence pro de journalisme multimédia à distance de l’ESJ de Lille qui s’adresse aux francophones résidant dans un pays du Sud. Vous pouvez retrouver l’intégralité de leurs travaux sur Carnet du Sud.