Les sportifs paralympiques gardent les yeux rivés sur Tokyo

Epidémie de coronavirus oblige, les Jeux paralympiques sont reportés d’un an. Ils auront lieu du 24 août au 5 septembre 2021 dans la capitale japonaise. En attendant, les sportifs handisport patientent et tentent de se maintenir en forme malgré le confinement.

Le fracas des armes ne résonne plus dans la salle d’escrime du CREPS de Wattignies. Jean-Loup Boulanger, l’entraîneur fédéral des escrimeurs handisport, prend son mal en patience. Eloigné de ses protégés qui devront patienter pour viser l’or à Tokyo en 2021, il continue de les motiver via WhatsApp. « C’est merdique, mais on va revenir morts de faim », glisse-t-il. 

Mais avant, « il faut protéger nos sportifs les plus handicapés. Ils peuvent présenter des facteurs de co-morbidité et sont plus vulnérables au virus », affirme Vincent Ferring, kiné et membre de la commission médicale de la fédération handisport. Se maintenir à l’abri sans perdre le moral. « Il s’agit également d’éviter que les athlètes ne décompensent psychologiquement », poursuit Vincent Ferring. L’épidémie a interrompu la saison en cours et l’excitation des sélections est retombée. Mais les sportifs handisport gardent le moral.

Le report des Jeux paralympiques à l’année prochaine est plutôt bien digéré. « C’est rassurant. J’espérais que les Jeux soient reportés d’un an et pas juste de quelques mois. Maintenant, on est tous à égalité. On perd tous du temps mais on aura une préparation égale», se réjouit Florian Merrien, qui visera une troisième médaille paralympique en tennis de table. A 500 jours des Jeux, les athlètes vont à nouveau pouvoir planifier leur entraînement.

Des incertitudes à lever

Quelques zones d’ombre doivent tout de même être levées pour permettre une préparation sereine. «Pour le moment, on n’a pas de certitude sur les modalités de qualification. Avec le report, les règles ont changé. On devrait en savoir plus dans les prochaines semaines », précise l’escrimeur Damien Tokatlian, double médaillé paralympique en fleuret par équipe (Londres 2012 et Rio 2016), qui devrait vraisemblablement se qualifier.

Reste la question financière, importante pour ces sportifs qui souvent, travaillent à côté de leur carrière sportive. « Mes sponsors devraient me soutenir au moins jusqu’à Paris. Mais je ne sais pas si mon employeur me détachera à 80% comme c’est normalement prévu pour une année olympique. Mon niveau de jeu c’est moi qui le gère, mais pour le travail et les aides c’est le mystère pour l’instant», note Florian Merrien. N°3 mondial dans sa catégorie, cette figure du sport handisport reste optimiste.

L’école de la débrouille

En attendant, les sportifs handisport se maintiennent en forme tant bien que mal. « Il faut entretenir le corps pour qu’il se dégrade le moins possible », considère Damien Tokatlian qui s’est aménagé un espace d’entrainement dans son salon. Avec l’appui de la fédération handisport, certains partagent leurs séances sur les réseaux sociaux comme le pongiste Florian Merrien. « Je suis paraplégique et un peu tétraplégique sur un côté de mon corps. Je dois composer sans salle de sport adaptée. Pour éviter les douleurs à l’épaule, je fais notamment des séries de 1000 étirements avec un élastique ». La vidéo de son entraînement a été vue plusieurs milliers de fois en trois jours. De quoi garder le sourire en attendant le grand jour à Tokyo.

Pierre Lann

Rubrique | Sportivement

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