Les sportifs professionnels face au vide

Avec l’arrêt des compétitions, nombre d’athlètes professionnels de sports individuels doivent faire face à une perte de revenus. Un manque à gagner qu’ils relativisent.

Jimmy Vienot a pris son mal en patience loin des rings de boxe pendant le confinement.

Cela fait bientôt deux mois que la France n’accueille plus aucun évènement sportif. Deux mois sans concourir ni gagner de primes de compétitions pour les sportifs professionnels. Ceux évoluant dans un sport collectif sont salariés d’un club et touchent donc le chômage partiel. Pour les sports individuels, comme l’athlétisme ou la boxe, l’athlète ne peut compter que sur ses performances pour gagner son dû et c’est une autre paire de manches.

Jimmy Vienot est n°1 mondial de sa catégorie (-73kg) en boxe thaïlandaise. Agé de 24 ans, le Montpelliérain est déjà 5 fois champion du monde de la discipline. Il possède le statut d’intermittent du spectacle et ses revenus ne sont pas fixes : « Je boxe une fois par mois donc ça me fait un revenu mensuel. Je suis payé par primes de combat. Elles sont variables selon le niveau. Plus tu gagnes, plus tu montes, plus tu prends d’argent. Au contraire plus tu perds, moins tu en prends ». 

Jimmy a su diversifier ses sources de revenus. Le Montpelliérain donne des stages de boxe thaï un peu partout en Europe mais ils sont eux aussi suspendus.  Aujourd’hui, il ne peut compter que sur ses sponsors. « Je suis dans la même situation que quand je suis blessé » explique-t-il. 

Heureusement pour lui, son niveau lui permet de vivre de sa passion. Golden Elbow (coude doré), comme on le surnomme, admet qu’il a une situation privilégiée. Le travail qu’il a fourni pour atteindre les sommets est récompensé, ce qui n’est pas le cas de tous ses adversaires. « Beaucoup de boxeurs travaillent à côté. Il n’y a que les meilleurs au monde qui arrivent à en vivre. On est très mal rémunérés. Je suis arrivé à ce niveau-là mais demain si j’arrête, je ne peux plus en vivre. Et ceux qui continuent encore et qui ne sont pas au top c’est encore pire. »

« J’ai la chance d’avoir l’armée qui me soutient »

Dans un tout autre sport, la situation est encore bien différente. Djilali Bedrani court sur des distances de 1500 à 10 000m. Il a récemment participé aux mondiaux d’athlétisme à Doha et réalisé la deuxième meilleure performance française de l’histoire sur 3000m en salle au Meeting de Liévin. Le Toulousain de 26 ans a un statut particulier : il est militaire au 3e régiment du matériel à Muret (Haute-Garonne). Une profession qui lui permet d’assurer un revenu. « Je perds un peu d’argent avec les primes de courses, les contrats de sponsors… mais on n’a pas trop le choix en ce moment c’est un peu compliqué. Heureusement j’ai la chance d’avoir l’armée à côté qui m’assure un salaire de base et me soutiens, je me base plutôt sur ça que sur le reste. Ça me permet d’avoir des projets et de faire des choses. »       

Djilali voit le bon côté de la situation et confie qu’il profite de la période pour faire « les petits trucs à côté » qu’il n’a pas le temps de gérer le reste de l’année. Pour lui aussi la situation financière est exactement la même que lorsqu’il se blesse. Grâce à ses résultats, lui et son entraîneur sont également devenus salariés de la Fédération française d’athlétisme et perçoivent donc un salaire de sa part. « Je suis souvent en contact avec la fédé. Je suis content il y a un suivi avec tout ce qui se passe sur le confinement. Ils appellent, me demandent si j’ai besoin de quelque chose. »  

Les revenus de Djilali sont aléatoires et dépendent des compétitions auxquelles il participe et de ses performances, il est impossible donc pour lui de connaître son manque à gagner. Le Toulousain rappelle cependant l’essentiel : « C’est vrai que tu perds pas mal d’argent, on ne va pas se mentir. Je pense que dans ce sport, l’argent est très important mais le plaisir de courir ça l’est encore plus. Il passe avant l’argent. Si demain on me dit que la saison est finie, qu’il n’y’a pas de primes et bien tant pis. »

Antoine Guillet

Rubrique | Sportivement

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