Les supermarchés ont-ils caché des stocks de masques ?

Depuis le 4 mai 2020, les supermarchés sont autorisés à vendre des masques de protection au grand public. Mais la communication des enseignes de la grande distribution, annonçant de larges quantités de masques mises à disposition, a fait réagir les professionnels de santé.

D’où est partie la polémique ?

Le 30 avril 2020, dans un communiqué commun intitulé « Les masques tombent », les Présidents des Ordres des professions de santé se sont indignés « des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution » alors que les personnels soignants ont manqué de ces équipements dès le début de l’épidémie.

« Comment nos patients, notamment les plus fragiles, à qui l’on expliquait jusqu’à hier qu’ils ne pourraient bénéficier d’une protection adaptée, vont-ils comprendre que ce qui n’existait pas hier tombe à profusion aujourd’hui », poursuit le communiqué.

Cette déclaration fait suite aux annonces de différents patrons de chaînes de grande distribution promettant que des masques (chirurgicaux et en tissu) seraient en vente dans leurs magasins dans les semaines à venir : 250 millions chez Intermarché d’ici le 19 mai selon le président du groupe, 54 millions de masques chirurgicaux et 10 millions de masques grand public chez le groupe Système U pour le mois de mai, 170 millions pour Leclerc ou jusqu’à 225 millions pour Carrefour.

Le Président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Renaud Muselier, s’est aussi élevé demandant à la grande distribution de « prouver qu’elle n’avait pas de stock secret de masques pendant la crise », menaçant de porter plainte au pénal.

Que disent les groupes de la distribution ?

« Il n’y a pas de stocks cachés », a assuré la Fédération du commerce et de la distribution, le 1er mai, qui regroupe la plupart des enseignes de la grande distribution. « Les chiffres annoncés par les enseignes concernent les commandes effectuées, qui ne vont être livrées que très progressivement, avec une disponibilité plus rapide des masques à usage unique que des masques en tissu réutilisables. »

Le 24 avril 2020, le gouvernement s’était rapproché des grandes enseignes – ainsi que les pharmacies ou les buralistes – pour organiser la vente de masques à grande échelle, en vue du déconfinement. C’est ce qu’avait affirmé aux Echos Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d’Etat à l’Economie.

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« Nous avons été sollicités par la puissance publique pour passer des commandes d’abord en Chine (…) et puis après à l’industrie textile française », a expliqué Michel-Edouard Leclerc, du groupe éponyme, dans une vidéo.

Même son de cloche du côté de Carrefour, Système U, Lidl ou Auchan.

Sur le sujet, « il n’y a pas, il n’y a jamais eu de stocks cachés. Il y a des commandes massives et il faut un certain temps pour qu’elles se concrétisent en millions de masques disponibles pour l’ensemble de nos citoyens« , a déclaré Edouard Philippe, au Sénat, le 4 mai.

Comment se procurer un masque en supermarché ?

À partir du 4 mai, des masques sont donc disponibles à la vente dans les grandes surfaces, qu’il s’agisse de masques chirurgicaux à usage unique ou de masques en tissu réutilisables. Mais les conditions de vente et le prix dépendent des enseignes.

Intermarché ne fera pas de vente directe mais organise un système de réservation en ligne et à partir de la carte de fidélité. Les masques sont ensuite à retirer en magasin.

Chez Carrefour ou Franprix, par exemple, les masques seront vendus aux caisses. Mais des limites de lots sont instaurées par client ou par semaine.

Les prix des masques chirurgicaux sont plafonnés à 95 centimes d’euros mais Agnès Pannier-Runacher a précisé qu’ils « devraient être plutôt vendus autour de 60 centimes d’euros » tandis que les masques réutilisables coûteront « entre 2 et 3 euros ».

Théo Boscher

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