Luis Sepúlveda : l’écrivain qui volait avec ses mots

Auteur chilien à succès, engagé pour l’écologie et la démocratie, Luis Sepúlveda est décédé le 16 avril dernier du Covid-19.

« Il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots ». C’est ce que Zorbas, le gros chat noir du roman Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (1996) dit au sujet d’une mouette piégée dans une marée noire au large de Hambourg, en Allemagne. C’est aussi ce que les lecteurs de Luis Sepúlveda pourraient dire à son propos.

Né en 1949 au Chili, l’écrivain est décédé à l’âge de 71 ans. Il laisse derrière lui des dizaines d’œuvres empreintes de ses engagements politiques de gauche et écologistes. Des contes, des romans, des articles, des livres pour les plus jeunes, mais aussi des films. Des ouvrages qui nous permettent de nous évader face aux horreurs du monde, ou de voyager grâce aux aventures qu’ils racontent.

Un homme engagé

Militant communiste, Luis Sepúlveda était farouchement opposé à la dictature du général Pinochet, qui a pris la tête du Chili suite à un coup d’État en septembre 1973. Il parlera de cette période dans le recueil d’articles La Folie de Pinochet, écrit en 2003.

Cette opposition lui a valu deux ans de prison, de 1975 à 1977. Condamné à la perpétuité, il y serait resté si Amnesty International ne s’était pas battu pour lui. Après sa libération, il a quitté le nid chilien pour migrer à travers l’Amérique du Sud, vivant d’abord avec le peuple amérindien des Shuars en Amazonie en 1978, dans le cadre d’un programme de l’UNESCO sur les conséquences de la colonisation. Il s’est ensuite envolé pour le Nicaragua, où il participe à la révolution sandiniste en 1979. Dans les années 1980, Sepúlveda rejoint l’Europe et devient journaliste à Hambourg, où il intègre Greenpeace. Depuis les années 1990, il vivait à Gijón, en Espagne.

Un artiste prolifique

Parfois courageux comme un aigle, parfois romantique comme une hirondelle, Sepúlveda a eu plusieurs vies. Ce sont ses aventures et ses engagements que l’on retrouve dans son œuvre prolifique et poétique. Ses livres sont également nourris de l’influence d’Ernest Hemingway, lui aussi grand aventurier engagé.

Son roman le plus connu (vendu à 1,25 million d’exemplaires en France), Le Vieux qui lisait des romans d’amour (1992), s’inspire de son expérience parmi les Shuars. À travers le personnage du vieil Antonio Bolivar, Sepúlveda évoque le massacre des tribus amérindiennes par les colons blancs et nous indique une porte de sortie : la lecture de romans d’amour, pour oublier la barbarie des Hommes.

Ou pour s’évader hors des quatre murs entre lesquels nous sommes actuellement bloqués :

  • Le Vieux qui lisait des romans d’amour est disponible en audio ici.
  • Sinon, le roman a été adapté au cinéma en 2001, par le réalisateur australien Rolf de Heer !

Marion Mayer

Rubrique | Au Coin Culture

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