Mais qui est donc ce coronavirus qui s’abat sur nos têtes ?

Alors que la pandémie grandit et que des mesures de distanciation sociale sont implémentées dans toujours plus de pays, il est temps de faire plus ample connaissance avec le coronavirus SARS-CoV-2, ce pathogène qui bouleverse la planète entière. Tour d’horizon en cinq questions.

C’est quoi un coronavirus ?

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un virus. À cheval entre le vivant et l’inerte, les virus ont besoin de « s’accrocher » au vivant pour survivre. Ils parasitent donc les organismes vivants en s’intégrant à leurs cellules, et détournent leur métabolisme. Cela permet au virus de produire des virions, particules qui seront expulsées dans le milieu extérieur jusqu’à ce qu’elles trouvent une nouvelle cellule-hôte.

Ces virions sont les virus tels qu’on se les représente, sortes de bogues de châtaignes microscopiques. Ils contiennent l’information génétique du virus, protégée par une structure composée de protéines et de lipides. Les virus possèdent un génome, autre nom de l’information génétique, limité à quelques milliers de nucléotides – ses unités de base. Le SARS-CoV-2, virus responsable de la pandémie actuelle, contient 30 000 nucléotides. A titre de comparaison, le génome humain est constitué de 3.2 milliards de paires de nucléotides – soit près de 107 000 fois plus !

Représentation d’artiste du virion de SARS-CoV-2. Les pointes rouges sont les protéines S, qui permettent au virus de s’arrimer à nos cellules.

Les coronavirus sont une sous-famille de virus dits « à ARN simple brin » (terme qui désigne le format de leur génome). Au sein de ce groupe, le SARS-CoV-2 se classe dans le genre des β-coronavirus. Il regroupe notamment les virus SARS-CoV-1 (environ 80 % de ressemblance génétique avec le SARS-CoV-2) et MERS-CoV (50 %), causes respectives des épidémies de SRAS en Asie du Sud-Est (2002-2003) et de MERS au Moyen-Orient (depuis 2012).

Coronavirus, SARS-CoV-2, 2019-nCov, Covid-19… que signifient tous ces sigles ?

Covid-19 (pour coronavirus disease 2019) désigne la maladie causée par le virus SARS-CoV-2, prénommé 2019-nCoV avant sa classification et sa dénomination officielle par le Comité international de taxonomie des virus. « Coronavirus » est un nom générique désignant tous les virus membres d’une certaine sous-famille des Coronaviridae.

Au fait, pourquoi un tel nom ? « SARS-CoV-2 » n’est pas sans rappeler la maladie du SRAS et son virus le SARS-CoV-1… Et pour cause : les deux pathogènes appartiennent à la même espèce virale, SARS-CoV (ou Severe acute respiratory syndrome-related coronavirus, pour coronavirus du syndrôme respiratoire aigu sévère). Mais les deux souches sont suffisamment divergentes pour être séparées par les virologues, et pour engendrer des maladies différentes.

Quelle est la gravité de la maladie ? N’en fait-on pas un peu trop ?

Le critère central pour estimer la gravité d’une maladie est le taux de létalité. C’est la fraction de personnes qui meurent d’une maladie parmi celles qui en sont atteintes. Le nombre total de malades, avec ou sans symptômes, est difficile à recenser. Ceci explique la difficulté à déterminer le taux de létalité d’une maladie, qui est souvent surestimé. Il a été évalué fin mars à 0.66%, ce qui coïncide avec le taux de létalité observé en Allemagne (0.7 % au 29 mars). De fait, le plus peuplé des États européens possède un bon système de santé et a procédé à des dépistages massifs du SARS-CoV-2 dans la population. Ce qui rapproche son taux de létalité calculé du taux de létalité réel du Covid-19 pour un pays développé.

Cependant, ce taux varie aussi en fonction de la stratégie de dépistage des États, et des capacités du système de santé. Quand ce dernier est débordé par le nombre de cas graves et critiques, le taux de létalité grimpe car le nombre de morts « évitables » augmente, comme c’est le cas aujourd’hui en Italie (taux de létalité de 10.8% au 29 mars).

Pour en savoir plus : Coronavirus : agissez aujourd’hui

Enfin, le taux de létalité dépend de l’état de santé préalable. D’après une étude publiée fin février analysant rétrospectivement des dizaines de milliers de cas chinois, il est particulièrement élevé chez les patients à risques. Les plus concernés sont les sujets âgés de plus de 80 ans (14.8 %), hypertendus (6 %), diabétiques (7.3 %), ou encore atteints de maladies cardio-vasculaires (10.5 %) ou respiratoires chroniques (6.3 %).

Quels sont les symptômes de la maladie Covid-19 ?

D’après le rapport de mission de février de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en Chine, basé sur plus de 55 000 sujets malades du Covid-19, les symptômes les plus caractéristiques sont : la fièvre (87.9 % des sujets), la toux sèche (67.7 %), une grande fatigue (38.1 %), la production de mucus (33.4 %), un souffle court (18.6 %), un mal de gorge (13.9 %), un mal de tête (13.6 %), et des douleurs musculaires ou articulaires (14.8 %). Viennent ensuite des symptômes plus rares comme les frissons, la nausée, la diarrhée… L’anosmie – diminution ou perte de l’odorat – et l’agueusie – perte de goût – ont récemment été signalés comme symptômes peu fréquents, mais caractéristiques de la maladie.

Les symptômes du Covid-19 (Mikael Häggström).

Si vous présentez des signes caractéristiques ou que vous pensez avoir été en contact avec un malade, le gouvernement préconise de rester chez soi et d’éviter les contacts, éventuellement d’appeler un médecin ou le numéro de permanence de soins régional. Si les symptômes s’aggravent avec des difficultés respiratoires et des signes d’étouffement, il faut appeler le SAMU (15) ou envoyer un message au numéro d’urgence pour les sourds et malentendants (114).

Existe-t-il des traitements ?

Il n’existe aucun traitement contre le SARS-CoV-2. Le virus a commencé à circuler en décembre 2019 en Chine : il est nouveau dans l’espèce humaine. Il n’est donc pas ciblé spécifiquement par des médicaments. Les traitements des malades ne visent qu’à limiter les manifestations cliniques du Covid-19 : par exemple, fournir de l’oxygène à des patients en détresse respiratoire. On parle de traitement symptomatique.

Pour en savoir plus : Comment sont soignés les patients atteints de pneumonie sévère ?

La stratégie la plus rapide pour lutter contre le Covid-19 est le repositionnement de médicaments déjà existants. Ils sont choisis en fonction de leur mode d’action théorique et de leur efficacité in vitro, c’est-à-dire contre des coronavirus injectés dans des cellules en culture. Puis ils sont testés sur des malades lors d’essais cliniques in vivo. Malgré des études préliminaires encourageantes pour certains, aucun médicament-candidat n’a encore prouvé son efficacité contre le SARS-CoV-2 in vivo, qui résiste encore et toujours à la médecine… comme SARS-CoV-1 ou MERS-CoV avant lui.

Des chercheurs travaillent enfin sur des traitements qui attaquent spécifiquement le SARS-CoV-2, ou sur des vaccins. Mais entre la synthèse de nouvelles molécules, les essais in vitro, les tests sur des animaux modèles, puis les différentes phases d’essais cliniques précédant une autorisation de mise sur le marché, ces deux solutions sont des réponses à long terme. Ainsi le mRNA-1273, un projet de vaccin américain parmi les plus avancés, devrait être disponible d’ici un an et demi dans le meilleur des cas.

François Mallordy