Maroc : les travailleurs du secteur informel indemnisés

C’était un dossier épineux. Dès le début du confinement au Maroc, le 20 mars dernier, le Comité de veille économique (CVE) a dû trouver un accord sur la compensation des travailleurs du secteur informel. Une compensation pour les plus précaires qui entend lutter contre les conséquences économiques du coronavirus. Un mois plus tard, qu’en est-il du dispositif ?  

Ils sont gardiens, porteurs, coursiers ou vendeurs ambulants. Nombre d’entre eux ne sont pas affiliés à la sécurité sociale marocaine. 79,9 % de la population active serait dépendante de l’économie informelle selon les données de l’OIT recueillies en 2018. Alors comment craindre l’épidémie si l’on craint encore plus la famine ? 

À l’épreuve de cette réalité sociale, le tout nouveau CVE créé pour soutenir le système économique marocain face au Covid-19, a dû rapidement trouver une solution. 

Une indemnisation par paiement mobile

Si l’indemnisation du secteur formel à l’arrêt a été rendue possible grâce à la CNSS (caisse nationale de sécurité sociale), il a fallu inventer un système inédit pour les travailleurs du secteur informel. Le CVE a donc opté pour une indemnisation via un dispositif sur le mobile, dans un pays où le taux d’équipement en téléphones portables dépasse les 100 %. Pour ce faire, le travailleur doit se rendre sur une plateforme numérique et y remplir les différents champs (nom, prénom, carte nationale d’identité, numéro de téléphone…). 

Au marché central de Meknès, les allées sont presque vides. Les vendeurs ambulants se font rares, et la dizaine de fleuristes postés à l’entrée du grand marché ont déserté. Seuls quelques travailleurs journaliers, munis de leur attestation, subsistent. « Un ami m’a parlé du dispositif d’aide, il m’a demandé ma carte d’identité et m’a inscrit car je ne sais pas lire ni écrire », raconte Simohamed, porteur au marché.  Samir, également porteur, confie : « Ce sont les associations locales qui sont venues m’en parler et qui m’ont inscrit ».

La municipalité a quant à elle fait le choix de prendre en main la situation des gardiens de voitures des rues meknassies. « La commune nous a déclaré comme prestataire de la ville pour qu’on puisse toucher les indemnités et bénéficier de l’assurance maladie », explique Abdellah, gardien du marché. 

Une protection sociale suffisante ? 

Le montant de l’aide, calculé en fonction du nombre de personnes dans le ménage, varie entre 800 et 1 200 dirhams (73 et 110 euros). « Personnellement, je touche 1 200 dirhams par mois, ça aide énormément étant donné qu’il n’y presque plus de voitures à garder », avoue Abdellah. Pour Simohamed : « C’est suffisant, c’est un plus. Il y a moins de clients au marché donc ça aide beaucoup et vu les circonstances on ne meurt pas de faim ».

Ces travailleurs journaliers peuvent aussi compter sur la solidarité des Marocains qui s’est renforcée en ces temps difficiles. « Je reçois plus de pourboires et on me donne des paniers garnis », confie Abdelatif Benyahya, coursier dans le quartier Hamria à Meknès. Au marché central, les porteurs et gardiens bénéficient également de cette vague de solidarité.  « On tient aussi grâce aux personnes qui nous aident, qui nous donnent un peu plus d’argent que d’habitude ou qui nous offrent des paniers de nourriture et même des habits », explique Abdellah. Pour Samir, les dons ne manquent pas pour le moment : «  ici on nous offre un petit panier de fruits et légumes, du poisson, tous les jours pour éviter de le jeter alors on en profite !  »

Là où les dispositifs peuvent se heurter à leurs propres limites, le Maroc peut toujours puiser dans ses ressources de solidarité. Une solidarité qui ne peut que s’accentuer en ce début de mois de ramadan.

Yasmina El Kouhen