Pendant la crise, les Chinois « jouent » avec les réseaux sociaux

Weibo, le réseau social équivalent de Twitter en Chine, est l’une des plateformes les plus censurées au monde. Mais dans la vie quotidienne chinoise, les réseaux sociaux sont le seul moyen dont les citoyens disposent pour s’exprimer. Durant la crise sanitaire du Covid-19, les Chinois ont manifesté, à leur façon, sur cette plateforme.

Internet n’a pas de mémoire. Les informations se renouvellent très vite, ce qui semble un avantage pour les réseaux sociaux. Mais en Chine, cela ne facilite pas la vie des Chinois qui veulent lutter contre la censure du gouvernement. Pendant la crise du Covid-19, le gouvernement chinois utilise Weibo, les réseaux sociaux chinois, pour étendre sa stratégie de communication.

Changer le « Trending », c’est-à-dire la liste des sujets les plus discutés, a été la base de l’action quotidienne gouvernementale pendant le premier mois de la crise. L’histoire des huit lanceurs d’alerte, médecins à Wuhan, dont le docteur Li Wenliang qui est mort à son poste, a été dévoilée au tout début de la crise fin de décembre 2019. Les mots clés sont apparus pendant un très court moment sur le « Trending » de Weibo. Ils ont vite été remplacés par des divertissements, un bouclier très souvent utilisé par le gouvernement chinois.

À part contrôler le « Trending » , le gouvernement diffuse en même temps des posts ou des vidéos positives à son égard via les comptes des médias officiels. Cela a suscité une vague d’indignation sur les réseaux. Les internautes ont tout de suite inondé ces comptes de « propagande », avec les mots clés supprimés dans le « Trending » en commentaire. Face à cette vague incontrôlée, fermer les commentaires ou certains comptes qui publient des propos outranciers est un moyen fréquemment utilisé par le gouvernement.

Des manifestations à distance mais vives

La crise rend les Chinois solidaires, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas grâce au gouvernement. Ce sont les révélations des mensonges des autorités qui les unissent. Fin janvier, les hôpitaux de Wuhan étaient face à une pénurie de masques de protection. De nombreux habitants d’autres provinces avaient envoyé leurs dons via la Croix-Rouge. Ils ont eu la surprise de voir, devant la porte du lieu de stockage de la Croix-Rouge de Wuhan, non seulement des médecins qui attendaient leur matériel, mais aussi la voiture d’un dirigeant du gouvernement de la ville qui attendait de prendre une partie des dons pour lui-même.

La vidéo de l’affaire a explosé sur les réseaux sociaux. Avec le soutien des internautes, quelques médecins de Wuhan ont enfin affirmé qu’ils n’avaient jamais reçu les dons dont ils avaient tant entendu parler sur les réseaux sociaux. Les hashtags, les partages, les posts supprimés involontairement et republiés plusieurs fois ensuite… Les autorités chinoises ont lancé une enquête en réaction à tout cela. Même si les résultats ne seront probablement pas rendus publics, c’est déjà un grand changement pour les Chinois.

Ce n’est qu’un exemple. Les révélations de scandale comme celui-ci ont eu lieu tout au long de la crise. Submergées par le maintien de l’image internationale de la Chine, les autorités ne parviennent pas cette fois à faire taire les citoyens. Dans le domaine de l’expression publique, un bouleversement s’est produit imperceptiblement en Chine lors de cette crise. 

L’équipe de fenêtre sur l’extérieur.