Pensées du temps du confinement

« Entre 4 murs », c’était une rubrique pour parler de vous, de vos confinements, et des nôtres ; pour raconter ce temps inédit et ses difficultés. Avant de vous laisser, nous avons voulu vous partager une dernière chose. Nos réponses à la question qu’on a toutes et tous rêvée pendant ces longues semaines. Que ferions-nous en premier, au premier jour du déconfinement ? Qu’avions-nous le plus hâte de trouver à nouveau ? Car si nous sommes enfin déconfiné.e.s, nous avons voulu nous rappeler. Retourner sur ces quelques lignes écrites à la va-vite et entre quatre murs, et nous remémorer ce qui nous avait le plus manqué.

Mon vœu de déconfinement… Je veux déambuler dans les rues pavées de Lille. Saluer la Grand-Place en regrettant ce chocolat chaud d’une terrasse extérieure encore fermée, où les amoureux se dévoraient des yeux. M’émerveiller devant ses illuminations qui m’ont conquise 8 mois auparavant. Flâner dans ces rues étroites où j’imaginerai comment agencer ce somptueux sofa en vitrine dans notre maison rêvée. Je vœux. Je veux qu’il pleuve sur mes cheveux bouclés, sans être pressée de rentrer pour les sécher. Tant pis si je passe la matinée suivante à éternuer. Ah! mes souhaits… Ce soir-là, j’aurai goûté la liberté.

Fanny Ruz-Guindos-Artigue

J’ai hâte de m’époumoner en battant le pavé. J’ai même envie de goûter à cette lacrymo fraîchement commandée. Frissonner de plaisir à sentir une foule compacte, unie et solidaire. Du bordel dans la rue, du n’importe quoi plus ou moins organisé, des pancartes bien trouvées. Retrouver l’émulation collective. Se dire qu’avant d’être des individus on est une humanité.

Alice Rouja

C’est me reconfiner au plus vite. Prendre le train ou le car pour terminer mon service civique en Allemagne et m’enfermer dans ma chambre à Halle pendant deux semaines, puisque le gouvernement allemand l’a ordonné ! Ô joie ! Ô bonheur ! Plus de contact physique ! Plus de relations sociales ! Pouvoir me glisser entre mes couvertures pendant deux semaines entières et “ne culpabiliser de rien” ! Avec un peu de chance, je devrai aussi me confiner à mon retour en France…

Louis de Briant

Réapprendre à m’ennuyer. Pendant le confinement, afin de ne pas péter un câble, je suis devenue maniaque. Ce genre de meuf insupportable qui a appris à faire du pain, a fait son grand ménage de printemps (trois fois) et a maîtrisé la pose du chien tête en bas. Maintenant, j’ai envie de ne plus rien faire, de prendre mon temps et de ne plus me sentir coupable. J’ai besoin de me libérer de cette logique productiviste que la société nous impose. Sur ce, je vais aller m’ennuyer un peu.

Sophia Khatsenkova

Intercepter une conversation hors de son contexte en marchant dans la rue ! Ce premier souhait de déconfiné peut paraître étrange, voire un tantinet futile au vu de toutes les privations que nous avons subies ces dernières semaines. Mais, pour moi, retrouver ce plaisir simple de croiser un couple en dispute, un groupe d’amis qui échangent autour de grivoiseries, ou une personne au téléphone trouvant une excuse pour expliquer son retard, et s’imaginer leur vie au travers d’une phrase entendue indépendamment de leur volonté, symbolise ce retour à une certaine forme liberté.

Jules Hauss

M’asseoir à une table de café en terrasse, commander un grand crème, et regarder les gens passer, parler, et discuter. Je m’imagine observer et imaginer le fil de leurs pensées, leurs lieux de rendez-vous, leurs parcours, leurs vies. Écouter les bruits de la rue, avoir dans la bouche ce goût douceâtre du café et du lait mêlés, et me laisser porter par ce qui m’entoure, en ne pensant à rien, et à tout.

Stéphanie Bascou

Une heure. Vous avez bien lu, une heure sera nécessaire pour me préparer. Il faut dire que j’ai un rituel très rigoureux. D’abord, je me lave le corps, et ensuite les cheveux. Puis j’applique un masque sur mes pointes, je le laisse poser, je rince et je me maquille. Enfin, vient le moment ultime où je redécouvre ma penderie pleine à craquer. Je demande pardon à mes habits de les avoir boudés deux mois et j’enfile ma combinaison. Fini les joggings et les sweats à capuches, j’en ai ma claque ! Pour ma première sortie déconfinement, c’est opération pot de peinture, étoffes colorées et échasses. Et tant pis pour les pavés !

Julie Richard

Ne plus faire la queue. Je n’en peux plus. Pour entrer dans une pharmacie, une boulangerie, une épicerie, partout on fait la queue pour quelques courses. J’en ai assez de rester au milieu des gens et d’être dévisagée juste parce que j’ai éternué. Ce confinement a installé en nous un sentiment de peur et de méfiance. Où sont passés nos souhaits lorsque nous avions la chance d’éternuer ? Ô déconfinement, je t’attends avec impatience. J’aimerais bien que nos bonnes habitudes refassent surface… Alors à nos souhaits ! Je voudrais arrêter de me soucier des horaires d’ouverture et de fermeture, désormais modifiés par les commerces, pour traîner dans les rayons et comparer les prix des produits.

Manuela Ibounda

Le confinement m’a privé de mon plus grand plaisir : la solitude. Celle dont j’aimais jouir, auparavant, le jour comme la nuit, quand le monde tout autour ne cessait de tourner et que je réalisais la chance que j’avais de pouvoir être seul. Et puis, sans prévenir, il s’était arrêté, le monde. Il avait stoppé net, comme un manège rouillé, et ma chère solitude avait laissé la place à une vie solitaire beaucoup moins trépidante. Pendant deux mois, je le confesse, je n’ai trouvé aucune satisfaction à vivre un quotidien semblable à la plupart de mes congénères. La solitude est un luxe qui n’existe que parce que d’autres n’y ont pas accès : c’est pourquoi j’ai hâte, désormais, de voir le monde se remettre sur pattes ; pour mieux m’enfermer dans mon appartement, déjà, et fuir à nouveau les turpitudes de la réalité.

Clément Zagnoni

Rubrique | Entre 4 murs

Piégés entre les murs de leur appartement ou de leur maison, à la ville ou à la campagne, avec ou sans jardin, nos rédacteurs racontent le quotidien de personnes affectées par le Covid-19. Des vies de confinés.

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