Pour les commerçants, la livraison comme possible solution

L’épidémie de covid-19 et le confinement sont une véritable épreuve pour les commerçants et les restaurateurs. Ces derniers ne sont pas concernés par le déconfinement du 11 mai et doivent rester fermés. Pour les commerces, ce jour marque enfin le terme d’une période à la clientèle rare, mais tout est à relancer. Pour assurer un minimum d’activité, dégager un peu de trésorerie malgré la conjoncture, beaucoup ont choisi durant le confinement de se mettre à la livraison.

Commerce à Arles
Boutiques et terrasses fermées dans le centre d’Arles. Photo BQ

Chaque samedi, le salon de thé de Valérie Pecout-Martin semble reprendre vie. Pourtant, son établissement d’une rue commerçante du centre d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône, est fermé depuis mars et le restera au moins jusqu’en juin. Mais il y a un mois, Valérie Pecout-Martin a choisi de reprendre son activité une fois par semaine, le samedi midi, grâce à la livraison.

Avec le confinement, les habitants du quartier, les personnes qui y travaillent, les professeurs de l’école voisine qui venaient « Au bonheur gourmand » chercher des quiches et des salades pour la pause du midi, ont déserté les rues. Et pour cet été, on ignore encore si les touristes seront au rendez-vous.

Car à Arles, une ville qui vit beaucoup du tourisme lié à la saison culturelle estivale, les événements majeurs comme la Feria ou les rencontres de la photographie sont annulés. La saison s’annonce donc incertaine : une situation problématique pour le salon de Valérie, tout juste lancé en octobre dernier.

Soulager certaines charges

 « Je comptais beaucoup sur la Feria, qui a été annulée. Alors pendant le confinement, je me suis dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose pour sauver l’entreprise », explique Valérie Pecout-Martin. Une carte spéciale est élaborée, avec une formule à prix unique. Les commandes arrivent via Facebook et Instagram, où les deux filles de Valérie s’activent pour faire connaître la démarche. Samedi, pendant que Valérie prépare les commandes en cuisine, ce sont elles qui effectuent la tournée des clients, au volant du véhicule familial. « Selon les adresses dans Arles, on définit un itinéraire. On applique évidemment les gestes barrières, on a des gants et des masques », raconte Valérie.  « La livraison me soulage sur certaines charges qui sont en cours. Et ça me fait une avance de trésorerie, pour passer à nouveau des commandes, par exemple pour les emballages. »

 Si son commerce a pu bénéficier du fonds de solidarité, impossible pour Valérie Pecout-Martin de rajouter un prêt de la banque à ceux déjà en souscrits il y a six mois, lors de son lancement. « Financièrement, je ne suis pas en danger pour l’instant, mais si l’activité ne reprend pas comme je le voudrais, je risque de l’être dans les prochains mois. »

 « On se pose tous la question de savoir comment va se passer le déconfinement. Est-ce-que les gens vont continuer à rester chez eux, en télétravail ? Je vais voir ce que ça donne cette semaine. On y va un peu à l’aveugle. » À partir de mardi 12, les clients pourront profiter d’un service de commandes à emporter en semaine, tandis que la livraison continuera le samedi.

Pour les commerces restés ouverts, une opportunité

À quelques kilomètres d’Arles, en lisière de la Camargue, à Saint-Martin-de-Crau, la cave à vin et à bières de Thomas Herregods a réussi à maintenir son activité pendant le confinement. « Comme on a aussi une partie restauration, bar à vins, au début de la fermeture totale des commerces on a été dans le flou pendant deux jours. Et puis la gendarmerie est passée nous voir pour nous confirmer que les cavistes pouvaient ouvrir en tant que commerce alimentaire. Mais les clients n’ont pas compris que c’était possible », explique le gérant.

Alors quand des amis lui demandent s’il peut livrer, Thomas Herregods décide de rouvrir sa boutique « 19 sur vin » et d’aller à la rencontre de ses clients, en passant à la livraison.

Là encore, la communication passe par les réseaux sociaux. « Pour faciliter les choses, et comme on avait un peu de temps, on s’est mis à fond sur Facebook et Instagram, et on a commencé à faire des paniers à trente euros et des coffrets, livrés gratuitement. L’idée c’est d’avoir des prix ronds pour éviter d’avoir à gérer le retour de monnaie ». D’abord uniquement sur Saint-Martin la première semaine, les livraisons s’étendent désormais jusqu’à Arles. Aux quelques heures durant lesquelles il est présent au magasin pour préparer les colis, avec son épouse, Thomas Herregods décide d’ouvrir en drive. « Au moins on est au magasin, on s’active un peu, on bouge. »

Si les clients sont moins nombreux, le panier moyen a augmenté. « Je progresse un petit peu sur la partie boutique. J’ai même eu des paniers à 150, 200 euros de bières. » Le maintien de l’activité permet à Thomas de limiter la casse. Mais le bar à vin reste pour l’instant fermé, et l’autre partie de son activité, la location de futs pour les événements ou les mariages, est à l’arrêt. « J’ai dû perdre 40% au total. »

L’occasion d’une expérimentation

Pour Thomas Herregods, l’idée de continuer la livraison par la suite fait son chemin. « Oui, je pense que c’est un petit complément. On avait réfléchi à la livraison avant la crise, et finalement on l’a mise en place plus rapidement que prévu. Mais ce qui la facilite, c’est que les gens sont chez eux. Dès qu’on sonne, il y a quelqu’un. Et il y a aussi moins de monde sur la route. Actuellement je peux faire une quinzaine de livraisons en moins d’une heure. » Garder cette dynamique sera-t-il possible à l’heure du déconfinement ? « Il y a une demande, on le voit bien avec Uber Eats qui se développe partout dans les grandes villes », explique Thomas.

Une question que se pose également Valérie Pecout-Martin, à Arles. « Pourquoi pas, si la demande est là ? Avant la crise, on avait déjà imaginé faire les brunchs à emporter, même si c’est compliqué pour les boissons chaudes. Mais on y réfléchit pour l’hiver prochain, pour avoir plus de rentrées d’argent. On m’a dit que des gens étaient intéressés ». Alors en attendant de rouvrir, Valérie soigne sa clientèle. Dans le panier de chacun de ses clients, elle glisse un petit cadeau. Un mini-muffin, ou des biscuits aux amandes. Une petite attention, livrée à domicile.

Baptiste Queuche.

Rubrique | M. & Mme Dow-Jones

Le monde s’organise autrement, le commerce se fige, mais la planète économie a pour impératif de continuer à tourner : c’est toute la problématique à laquelle s’intéressent nos journalistes dans cette rubrique.

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