Pourquoi continuer à prendre la pilule pendant le confinement ne devrait pas être un problème

En vous rendant sur votre lieu de confinement, vous avez peut-être oublié votre ordonnance pour la pilule contraceptive. Ou alors votre rendez-vous chez le gynécologue a été annulé. Alors comment faire pour se procurer une boîte de pilules sans ordonnance à jour ? Le gouvernement a demandé aux pharmacies de faire preuve de souplesse. 

Deux jours après l’annonce du confinement, le 18 mars dernier, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a demandé aux pharmacies de continuer à donner la pilule contraceptive aux femmes, même si celles-ci n’ont à leur disposition qu’une ancienne ordonnance. « Le droit des femmes à disposer de leur corps est fondamental et ne saurait être remis en cause en temps de crise sanitaire, comme celle que nous connaissons aujourd’hui », précise le communiqué

Pour certaines femmes, cela a fonctionné : Justine par exemple, 25 ans, a pu racheter sa pilule dans une pharmacie parisienne, même si son ordonnance était périmée depuis mars. Mais pour d’autres, cela a été plus compliqué. C’est le cas de Clémence, 24 ans, confinée à Marseille : « Mon ordonnance me permettait d’avoir quatre boîtes dans l’année et je les avais déjà eues. Le pharmacien l’a vu et j’ai dû parlementer avec lui pour qu’il accepte de me redonner une boîte pour trois mois »

Gwendoline, 23 ans, a même dû prendre un rendez-vous à distance avec sa gynécologue (une consultation, bien sûr, facturée) pour qu’elle renouvelle son ordonnance : « Elle était périmée depuis déjà quelques mois, mais la pharmacie dans laquelle je vais habituellement à Barbès à Paris (parce qu’elle est moins chère) me la délivrait quand même, donc je n’avais pas cherché plus loin. Mais quand je suis allée dans la pharmacie la plus proche de chez moi à Paris, ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me la délivrer car mon ordonnance était déjà périmée avant le confinement. »

Cet argument ne tient pas, selon Christine Michel, pharmacienne à Tours : « On peut renouveler deux fois (par tranche de trois mois) une ordonnance si celle-ci est toujours valable dans l’année en cours. Donc avec ou sans confinement, on peut dépanner les patientes. Même si, en temps normal, on préfère qu’elles consultent leur gynécologue pour vérifier que tout va bien. » Une information dont la plupart des femmes n’ont pas connaissance. 

Les femmes de 20 à 24 ans sont les plus grandes utilisatrices de pilules contraceptives selon Santé Publique France. Elles sont 52,6 % à privilégier ce moyen de contraception, devant le préservatif et l’implant, par exemple.

La pilule n’est pas seulement un moyen de contraception 

Avec le confinement, certaines ont paniqué à l’idée de devoir arrêter la pilule du jour au lendemain : « Je prends une pilule en continu depuis trois ans pour ne plus du tout avoir mes règles, car elles sont trop douloureuses », témoigne Anissa, 23 ans. Les douleurs menstruelles l’handicapaient à tel point qu’une fois par mois, elle ne pouvait pas se rendre à l’université. « J’ai même manqué des partiels », regrette-t-elle. Pour elle, la pilule est plus un antidouleur efficace qu’un moyen de contraception. Au début du confinement, quand elle s’est rendu compte que son ordonnance était périmée, elle a pris peur : « Je pensais que c’était impossible de la faire renouveler en pharmacie. »

Elle a donc arrêté pendant un mois, contrainte et forcée, voyant revenir ses douleurs intenses et constatant un dérèglement hormonal. En plus, elle est censée passer le CAPES d’Anglais cet été. « Il y avait des chances pour que mes règles tombent pendant le concours, et j’aurais pu le rater à cause de ça ! »

Anissa a appris pendant l’interview que les pharmacies étaient en droit de renouveler les ordonnances et que Marlène Schiappa avait lancé un appel en raison du confinement. Rassurée, elle s’est dite « sauvée » par cette information. Elle est allée en pharmacie et a pu reprendre sa pilule.

« Il ne faut pas que les femmes arrêtent du jour au lendemain »

Pour Christine Michel, il est important de faire preuve de compréhension vis-à-vis des patientes : « Si une femme n’a pas d’ordonnance du tout, on lui fait confiance et on délivre une boîte de pilules juste pour un mois, histoire de dépanner. Dans ce cas, elle ne sera pas remboursée par la Sécurité sociale. Mais ça dépend des pharmacies. »

Une autre solution mise en place dans les pharmacies les plus modernes est le « dossier pharmaceutique », que les patients peuvent demander d’ouvrir grâce à leur carte vitale. « Ainsi, n’importe quelle pharmacie dans laquelle vous vous rendez peut retrouver l’ordonnance de votre pilule si vous l’avez perdue, par exemple. »

Pour le docteur Wind-Mazel, gynécologue à La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), « il ne faut pas que les femmes arrêtent la pilule du jour au lendemain, sans consulter avant, c’est évident ! C’est le meilleur moyen de tomber enceinte. » Alors si une patiente ne parvient pas à racheter son contraceptif malgré l’appel de Marlène Schiappa, le docteur Wind-Mazel renouvelle son ordonnance à distance, « si je la connais et que je sais que ça se passe bien pour elle ». Mais la gynécologue rappelle : « Nous sommes très occupés et nos secrétaires travaillent de chez elles. Marlène Schiappa s’est tournée vers les pharmacies justement pour nous soulager ! Ça me semble globalement bien fonctionner pour le moment. »

Marion Mayer

Rubrique | Fraîche Info

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