Pourquoi les mesures de distanciation sociale varient selon les pays ?

Si l’OMS comme la France recommandent de maintenir au moins 1 mètre de distance avec les autres pour éviter la propagation du virus, d’autres pays vont jusqu’à conseiller le double.

La distanciation sociale, depuis le début de l’épidémie, est une des mesures recommandées par l’ensemble des pays pour endiguer la propagation du virus. Mais les préconisations peuvent varier quant à la distance que les citoyens doivent respecter.

En France, la distanciation sociale est « d’au minimum 1 mètre », précise la direction générale de la santé (DGS), en charge de préparer la politique de santé publique. Cette distance concorde avec les préconisations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Selon les données actuelles, le virus du Covid-19 se transmet principalement entre les personnes par les gouttelettes respiratoires et les voies de contact. La transmission par gouttelettes se produit lorsqu’une personne est en contact étroit (à moins de 1 mètre) avec une personne qui présente des symptômes respiratoires », d’après une note de l’organisation. Sur son site internet, l’OMS recommande de « maintenir une distance d’au moins 1 mètre avec les autres personnes qui toussent ou qui éternuent ».

Pourtant, les mesures de distanciation sociale varient donc selon les pays. Si un citoyen français est encouragé à se tenir au minimum à 1 mètre de son voisin, pour les citoyens monégasques, la distance préconisée est de 1,5 mètre. C’est le cas également en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Pour d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne et les Etats-Unis, c’est même 2 mètres de distance qui sont de mise.

Les gouvernements ne donnent donc tous pas les mêmes consignes en la matière. Nous avons compilé ces différentes préconisations pour 95 pays. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur les sites internets des ministères de la Santé ou ceux des ambassades de France. Dans la carte ci-dessous, les pays pour lesquels nous avons trouvé cette information sont représentés en couleur. Les autres, en blanc, n’émettent, à notre connaissance, pas de recommandations en la matière (ou nous ne les avons pas trouvées).

« Ajouter 50 centimètres aux préconisations de l’OMS »

Certaines régions, comme Hongkong, respectent à la lettre les recommandations de l’OMS, et conseillent une distance de sécurité de 1 mètre minimum. Le ministère de la Santé hongkongais précise toutefois à Rue des confinés qu’il n’exclut pas d’ajuster les mesures de prévention en fonction de l’évolution du discours scientifique.

D’autres, comme la Belgique et le Japon, ont choisi d’ajouter aux recommandations de l’OMS un éloignement supplémentaire. Au Japon, il est ainsi conseillé de laisser 2 mètres entre chaque individu, en plus du port du masque. Ayako Suzuki, professeure assistante à l’Université de Hokkaido, explique à Rue des confinés : « La transmission du virus par gouttelettes se fait par contact proche (environ 1 mètre). Dans ce cadre, maintenir une distance de 1 mètre est acceptable, mais pour éviter la transmission du virus nous préférons appliquer une distance de 2 mètres. »

En Belgique, où la recommandation est de 1,5 mètre, le Centre de crise national nous précise qu’en plus d’une grande distance de sécurité entre les personnes, nécessaire pour endiguer la propagation du virus, « il faut rester réaliste : les citoyens doivent pouvoir continuer à vivre, à se rendre au supermarché, circuler dans les rayons, prendre les transports pour se rendre vers son emploi dans un secteur essentiel ». Et de conclure : « Ajouter 50 centimètres aux préconisations de l’OMS représente un équilibre entre recommandations médicales et la distance permettant aux citoyens de faire un minimum société. »

Gouttelettes et microgouttelettes

Les distances de sécurité recommandées par les scientifiques reposent notamment sur un constat : le Covid-19 se transmet via des gouttelettes de salive, émises par des postillons, un éternuement ou une quinte de toux. Ainsi, aux Etats-Unis, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) préconisent une distanciation sociale de 2 mètres (6 pieds), en considérant que c’est la distance que parcourent généralement ces gouttelettes.

Une décision qui ne tient pas compte du fait que des microgouttelettes (ou aérosol), plus volatiles car susceptibles de rester en suspension dans l’air, pourraient être vecteurs du virus (même s’il n’y a pas pour l’heure de certitude scientifique à ce sujet, notamment car la dose infectante du Covid-19 n’est pas connue). C’est ce que pointe le New York Times, dans une modélisation de la distanciation sociale, réalisée à partir des données de l’Institut technologique de Kyoto, qui a travaillé sur la propagation du virus de la grippe (et non sur le Covid-19).

Par ailleurs, la distance qui doit nous séparer des autres, souvent présentée comme un chiffre unique par les gouvernements, varie en fait grandement selon les situations. Si, d’après une récente étude belgo-néerlandaise, la distance à respecter pour éviter la circulation du virus est de 1,5 mètre à 2 mètres lorsque les personnes sont statiques, en intérieur ou en extérieur, et que la météo est calme, il en est autrement lorsque les personnes sont en mouvement. Dans le cas de la marche ou d’une activité physique, des mesures de distanciation sociale plus grandes doivent être appliquées. Les chercheurs préconisent 4 à 5 mètres lors d’un footing, 10 mètres dans le cas d’un cycliste à vitesse modérée et 20 mètres pour un cycliste à vitesse rapide.

Masques et gestes barrières

Aussi, la distance de sécurité évitant de propager un virus dépend de l’environnement dans lequel les personnes se situent – que l’on soit dans un espace confiné ou en plein air, par exemple. Pour le professeur Eric Caumes, du service des maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière (Paris), l’éloignement nécessaire pour éviter toute contamination pourrait varier si, par exemple dans une pièce fermée, un ventilateur se trouvait derrière une personne infectée. Les gouttelettes pourront alors se déplacer plus loin. C’est également ce qui ressort d’une étude de cas menée dans un restaurant à Canton, en Chine, où les chercheurs concluent qu’un ventilateur « a pu diffuser les gouttelettes » d’une table à l’autre.

La professeure Christine Katlama, infectiologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et enseignante chercheuse à l’Institut Pierre-Louis à Paris estime, à l’unisson de nombreux scientifiques, que si la distanciation sociale est importante, le port du masque et le lavage des mains régulier sont des actions primordiales pour empêcher la diffusion de la maladie.

Soraya Boubaya, Emma Cante, Brianne Cousin et Léa Gorius

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le service CheckNews de Libération, à retrouver ici.

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