Prix du pétrole : le Venezuela noyé par son principal produit d’exportation

Le Venezuela, où l’on estime que près de 90 % des revenus d’exportation dépendent du pétrole, a vu une baisse soutenue du prix de son principal produit, le pétrole. Un phénomène causé par la pandémie de Covid-19 qui pourrait aggraver encore la crise économique, politique et sociale.

Le prix du pétrole au Venezuela est tombé sous la barre des 10 dollars fin avril, à 9,98 dollars le baril. Un des pires niveaux de ces deux dernières décennies, et ceci, au beau milieu de l’urgence sanitaire provoquée par le coronavirus. Le prix actuel est bien inférieur à la moyenne annuelle de 2019, où il était à 56,70 dollars le baril et de 2018, à 61,41 dollars.

« Une demande très faible et une offre excédentaire ont fait chuter le prix à moins d’un quart de son prix moyen de 2019 », explique l’économiste vénézuélien et doctorant à l’université de Harvard, José Morales-Arilla.

La dernière fois que le brut vénézuélien a été aussi bon marché, c’était en 1998, lors du ralentissement international lié à la crise de la dette asiatique, débutée l’année précédente. A partir de 1999, première année de la présidence d’Hugo Chavez, le pétrole a entamé une hausse spectaculaire, jusqu’à un pic du brut à près de 150 dollars le baril en 2008.

Le Venezuela, un mauvais élève dans les réserves économiques

« Pendant plusieurs années les prix étaient très élevés, à plus de 100 dollars. Ce que recommande l’orthodoxie des finances publiques, c’est qu’en période de prix élevés, l’Etat fasse des réserves. Or, non seulement le Venezuela n’a pas fait de réserves, mais il s’est également endetté », affirme José Morales-Arilla, pour qui la plus grande erreur du pays a été de ne pas profiter de la conjoncture favorable du pétrole vénézuélien.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1998, le gouvernement a appliqué des mesures économiques restrictives, des réglementations, des contrôles des prix, des nationalisations et des expropriations, qui ont progressivement provoqué l’affaiblissement de l’appareil productif du pays. En 1998, le Venezuela produisait environ 3,5 millions de barils de pétrole par jour. Aujourd’hui, il n’en produit plus que 600 000. La faute au mauvais état des installations pétrolières, à la paralysie des raffineries et à l’exode des professionnels de l’industrie à la suite des politiques du gouvernement de Nicolas Maduro.

« La date d’échéance des dettes contractées par le chavisme* approche, l’Etat n’a pas constitué de réserves, et il n’y a pas de ressources pour les constituer. Les marchés internationaux ont été fermés parce que personne ne veut prêter à un Venezuela qui n’a plus les liquidités nécessaires pour payer ses dettes », précise Morales-Arilla.

Les États-Unis versus le Venezuela

Le gouvernement de Nicolas Maduro attribue la difficulté de vendre son pétrole aux sanctions américaines. Les États-Unis ont imposé des sanctions sévères au Venezuela il y a un an et demi, lorsqu’ils ont reconnu – comme une cinquantaine d’autres pays – Juan Guaidó comme président intérimaire. La Maison Blanche affirme qu’elle cherche à bloquer la plupart des exportations du pétrole vénézuélien afin de « permettre une transition démocratique ». Le gouvernement de Donald Trump offre également une récompense de 10 millions de dollars pour toute information permettant de localiser Tareck El Aissami. Récemment nommé, ministre du Pétrole, il est accusé par les États-Unis de trafic de drogue.

« L’effet économique des sanctions est difficile à mesurer. Bien que ces sanctions affectent la capacité du gouvernement à engranger de l’argent, je ne suis pas sûr que s’ils en avaient, cela se traduirait par une meilleure qualité de vie pour les Vénézuéliens », s’interroge Morales-Arilla. Selon cet économiste, la possibilité d’une reprise économique efficace dépend d’une transition démocratique.

Le défi pour le Venezuela, avec des acheteurs moins nombreux et un marché saturé de pétrole bon marché, est de réussir à vendre son pétrole. Les recettes que le pays en tire dépend des capacités de négociation de la Pétroleo de Venezuela S.A (PDVSA), l’entreprise publique chargée de l’exploitation de l’industrie pétrolière, pétrochimique et charbonnière.

« Le système chaviste doit trouver des clients prêts à courir le risque d’avoir des problèmes avec les États-Unis ou qui s’en moquent tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’accords avec eux. Comme il est très difficile de trouver des clients, celui qui veut acheter aura un avantage dans les négociations. Ce qui se traduira à nouveau par une baisse supplémentaire du prix » affirme Morales-Arilla. Il ajoute que le plus important n’est pas la baisse des prix, qui ne dépend pas de facteurs internes. Pour l’économiste, le problème vient de la baisse importante et soutenue de la production du pays, due à la faible productivité, au gaspillage et à la corruption dans la gestion du secteur pétrolier.

Le futur de l’économie pétrolière du pays dans les mains des entreprises privées

Lors d’une présentation en mars 2020, le service de planification de la PDVSA a présenté un plan pour restructurer la compagnie pétrolière nationale, réduire ses participations dans plusieurs domaines et permette à des sociétés privées d’exploiter des raffineries. Par exemple, les entreprises privées pourront exploiter et commercialiser elles-mêmes le brut.

Pour Morales, il est pertinent de réfléchir à l’avenir à une participation des entreprises privées dans le secteur pétrolier vénézuélien, puisque le pays n’a pas d’argent à investir. Toutefois, il estime que cela ne sera possible que dans le cadre d’une ouverture transparente du secteur. Mais pour lui, un tel processus ne sera pas possible sous le gouvernement de Nicolas Maduro.

« Une participation privée pour l’accès aux champs de production devrait générer des revenus au pays. Ces entreprises feraient les investissement nécessaires pour pouvoir extraire du pétrole, et l’État recevrait des impôts sur le revenu et des redevances », estime-t-il.

L’économiste rappelle que le gouvernement chaviste manque de crédibilité face aux entreprises privées du secteur pétrolier, en raison de la nationalisation il y a plus de 10 ans par le gouvernement d’Hugo Chávez. Il devra donc gagner la confiance de ces nouvelles compagnies étrangères avant de les inviter à investir dans le pays.

Diana Buitrago

*Chavisme : terme employé pour désigner les actions et l’idéologie politique de l’ex-président vénézuélien Hugo Chávez.

Rubrique | M. & Mme Dow-Jones

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