Quand le confinement favorise l’emprise sectaire

Remèdes miracles pour soigner le nouveau coronavirus et endoctrinement par Internet… Depuis le début de la période de confinement, les mouvements sectaires tirent profit de l’isolement obligatoire pour approcher de nouvelles personnes. L’association CAFFES appelle à la vigilance de chacun.

Depuis le début de la période de confinement décidée par le gouvernement le 12 mars dernier, le CAFFES, le centre national d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire, a enregistré une hausse de 21% des rabattages en ligne de groupuscules. Même constat pour Miviludes, la mission interministérielle de  vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, qui assure avoir reçu une trentaine de signalements en lien avec la crise sanitaire du COVID 19. 

Si les rassemblements en groupe de plus de cinq personnes sont proscrits durant toute la durée du confinement, les mouvements d’emprise mentale ont su s’adapter. Et c’est sur internet que s’organisent leurs réseaux de recrutement. 

Depuis le début du confinement, les mouvements d’emprise sectaire ont été très actifs. Crédits : Pexels.com

Le business de la détresse

Avec l’apparition du nouveau coronavirus, des sites de vente en ligne proposant des “remèdes miracles” pour se protéger du virus se sont multipliés.  “Ils considèrent que c’est la fin du monde et qu’il faut les écouter pour s’y préparer. Prenez les Témoins de Jéhovah. Ils considèrent que l’épidémie est un signe de la fin des temps. Et si on veut en être sauvé, il faut suivre leurs enseignements et prier ”. indique Charline Delporte, présidente du CAFFES. 

En plus des prières quotidiennes imposées aux personnes sous emprise, Charline Delporte raconte : “Vous trouverez toutes sortes de breuvages, de conseils et techniques pour – soit disant – vous protéger du coronavirus contre rémunération. Ils jouent sur les peurs”. 

Dernier exemple en date : une naturopathe particulièrement active sur les réseaux sociaux. Certaines de ses vidéos en ligne totalisent près de 300 000 vues. Basée dans le sud de la France, elle propose à ses abonnés – contre rémunération – des recettes et habitudes culinaires qui doivent protéger les consommateurs du coronavirus. Le tout accompagné d’une doctrine complotiste et anti vaccin. “Le langage qu’elle tient, sa sphère d’influence la rendent dangereuse” affirme Charline Delporte. 

“Le confinement est un vrai terreau pour les sectes” 

Depuis le 12 mars dernier, date à laquelle le confinement pour tous à été annoncé par le gouvernement, Charline Delporte est en télétravail depuis son domicile.  D’habitude, elle est au devant de la lutte antisecte, au siège du centre national d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire à Lille. Malgré le confinement, la présidente ne cesse d’être sollicitée. “Il y a quelques jours, une maman nous a signalé qu’elle était très inquiète pour sa fille. Elle a 18, 19 ans, elle est étudiante. Elle est très spirituelle et a rencontré un jeune homme qui dit qu’il va devenir pasteur et qu’il peut guérir les malades. Ils sont confinés tous les deux, ensemble, et doivent prier et jeûner pendant toute la durée du confinement”. 

Quand elle me raconte ce récit, le ton est amer. Et Charline Delporte l’est tout autant. Engagée depuis près de trente ans dans la lutte contre l’emprise sectaire, elle en connaît toutes les caractéristiques. Et pour cause, sa fille a même été victime d’un mouvement sectaire pendant plusieurs années. Aujourd’hui, la présidente de l’association l’affirme : “Le confinement est un vrai terreau pour la prolifération des mouvements à caractère sectaire. L’isolement que nous vivons peut nous rendre vulnérable, ils le savent et ils en jouent”. 

“On reste ouvert”

Logo de l’association engagée contre l’emprise sectaire. Crédits : caffes.fr

Conscient du risque d’augmentation de l’endoctrinement sectaire par temps de confinement, le CAFFES a pris des dispositions. Une cellule de veille est mise en place par l’association pendant toute la durée du confinement.  “On assure tous les jours une permanence téléphonique. Deux psychologues sont à l’écoute si cela est nécessaire. Le CAFFES reste ouvert. On reste vigilants“ indique Charline Delporte. 

Pour contacter le CAFFES : 03 20 57 26 77 / contact@caffes.fr / 9 rue des Jardins – 59 000 Lille.

Lauriane Nembrot

Rubrique | Fraîche Info

Piégés entre les murs de leur jolie école toute de briques vêtue, nos rédacteurs assurent en live le suivi de l’actu française et internationale.

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