Que faut-il retenir des annonces d’Édouard Philippe ?

Le Premier ministre a pris ce 28 avril la parole à l’Assemblée nationale pour annoncer le plan de déconfinement du gouvernement. Au programme : une reprise progressive de la scolarité, le recours au télétravail et le port du masque pour tous.

« Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou plus strictement », a déclaré le Premier ministre. Le ton est donné, c’est la prudence qui prévaudra dans le déconfinement du pays.

Edouard Philippe est revenu sur l’efficacité des mesures de confinement mises en place depuis le 17 mars dernier en France : « Depuis le 14 avril, le nombre de patients hospitalisés diminue. La décrue est engagée, elle est lente, mais régulière. Le confinement aura permis d’éviter au moins 62 000 décès sur un mois. » Faute de vaccin, « nous allons devoir vivre avec le virus », a-t-il ajouté.

Des mesures pour « protéger, tester, isoler »

« L’hypothèse des scientifiques fait état de 1 000 à 3 000 nouveaux cas journaliers à partir du 11 mai. » Pour endiguer l’épidémie, malgré la reprise progressive de l’activité, le Premier ministre a confirmé la mise en place de 700 000 tests par semaine pour permettre d’identifier un maximum de cas asymptomatiques. Les tests seront pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie.

Tout test positif entraînera le confinement du foyer de la personne infectée pendant 14 jours. Dans chaque département, des brigades chargées d’identifier les potentiels « cas contacts » seront créées. Elles devront appeler les contacts du testé positif, et les inviter à se faire tester. L’usage de l’application « Stop Covid », toujours en cours d’élaboration, est reporté. Un débat aura lieu ultérieurement à l’Assemblée nationale sur sa mise en oeuvre.

L’usage des masques est recommandé par le gouvernement. Cette mesure vient compléter les gestes barrières déjà instaurés, comme le lavage des mains et la distanciation sociale. « Nous avons lancé la production de masques en tissu pour compléter l’offre et ne pas dépendre des importations », a précisé le Premier ministre. Les communes qui effectuent des commandes pour leurs administrés seront defrayées par l’État à hauteur de 50 %, « dans les limites d’un prix de référence ».

Le déconfinement se fera de façon décentralisée et territorialisée. La Direction Générale de la Santé et Santé Publique France ont établi trois ensembles de critères pour lister les départements où le déconfinement doit être plus strict : si le taux de contamination reste élevé, si la capacité hospitalière est tendue ou si le système local de tests n’est pas prêt. Le département passera en zone « rouge » dès que l’un de ces critères sera constaté.

À partir du jeudi 30 avril, chaque département sera informé tous les soirs de sa situation, via une carte présentée par Jérôme Salomon lors de son point presse quotidien. Cette mise à jour quotidienne permettra le jeudi 7 mai de fixer les départements en « vert », c’est-à-dire éligibles à un déconfinement dès le 11 mai. Les départements en « rouge » feront l’objet d’un déconfinement plus strict, selon des modalités décidées en concertation avec les préfets et les élus locaux.

Retour progressif et limité à la scolarité

Le retour à l’école est « un impératif pédagogique et de justice sociale », a précisé le Premier ministre. Mais au vu des conditions sanitaires, tous les établissements ne rouvriront pas leurs portes.

Seules les écoles maternelles et primaires rouvriront le 11 mai prochain, pour permettre aux élèves, par groupe de 15 maximum, de reprendre leurs enseignements. Cela se fera sur la base du volontariat pour les parents. Le masque est « prohibé pour les enfants en maternelle et déconseillé » pour les élèves de primaire. Des modèles pédiatriques seront fournis aux écoles pour les cas où des élèves montreraient des signes de maladie.

En ce qui concerne les collèges une réouverture partielle, dans les départements éligibles (selon la carte de Santé Publique France), est prévue à partir du 18 mai. Les classes de 6e et de 5e seront les premières à retourner au sein des établissements, avec port du masque obligatoire. Les transports scolaires seront assurés, mais les passagers et le conducteur devront obligatoirement porter un masque, un siège sur deux pourra être occupé.

Les lycées sont pour le moment en suspens, une évaluation de la situation aura lieu à la fin du mois de mai pour accueillir à nouveau des élèves. Si cela était possible, les lycées professionnels seraient les premiers à reprendre du service.

Pour les crèches, des groupes de 10 enfants maximum pourront être formés. Si la configuration des lieux et le personnel présent le permettent, plusieurs groupes de 10 enfants pourront être accueillis au sein d’une même crèche. Edouard Philippe a invité ses concitoyens à laisser les places disponibles aux enfants de soignants, de professeurs et de travailleurs ne pouvant pas fonctionner par le télétravail.

Le télétravail, allié du déconfinement

« Le télétravail doit être maintenu partout où cela est possible, au moins dans les trois prochaines semaines, pour limiter les contacts et le recours aux transports publics. Il n’y a pas à ce sujet d’avant ou d’après 11 mai. » Le message est clair, pas de retour dans les bureaux pour les entreprises où le télétravail fonctionne déjà. Les mesures de chômage partiel courent jusqu’à début juin.

Les commerces, eux, rouvrent bien à partir du 11 mai. Les marchés, qui avaient jusqu’ici été interdits dans plusieurs départements, aussi sauf indication contraire du maire ou du préfet.

Une distance de sécurité de 1 mètre devra y être observée et le Premier ministre demande le port du masque pour les personnels comme les clients. « Un propriétaire pourra subordonner l’entrée dans son commerce au port du masque », a indiqué Edouard Philippe.

A propos des centres commerciaux, qui peuvent attirer beaucoup de personnes, « les préfets pourront décider de ne pas laisser ouvrir (ceux) de plus de 40 000 m² ». Une autre décision au cas par cas donc.

Cependant, les cafés et les restaurants restent fermés. Fin mai, le gouvernement décidera de la possibilité de leur réouverture après le 2 juin.

Des transports progressivement remis en marche

« Ces sont des décisions particulièrement ardues », a rappelé Edouard Philippe. « Ils sont un dispositif clé pour la reprise économique, mais il est particulièrement difficile d’y respecter les gestes barrières. »

Le télétravail privilégié dans toutes les situations compatibles devraient permettre de désengorger les transports. Toutefois des mesures strictes seront mises en place et/ou poursuivies : port du masque obligatoire, condamnation d’un siège sur deux, marquage au sol sur les quais pour favoriser la distanciation sociale. La RATP proposera 70 % de son offre de service. Les horaires de pointe doivent être réservés à ceux qui travaillent, a rappelé le Premier ministre.

Du côté de la SNCF, les réservations restent obligatoires quels que soient les trajets. Les Français sont invités à limiter leurs déplacements : « Je dis clairement aux Français que ce n’est pas le moment de quitter son département pour partir en weekend. »

L’attestation de déplacement ne sera plus exigée sauf pour les déplacements à plus de 100 kilomètres du domicile qui ne seront autorisés que pour des motifs « impérieux, familiaux ou professionnels ».

Les interactions sociales limitées par prudence

Le 11 mai, les rassemblements dans l’espace public seront toujours limités « à 10 personnes ». Seule la pratique du sport en individuel et en extérieur sans contact sera autorisée.

Au rayon culture, bibliothèques, médiathèques et « petits musées » pourront rouvrir. Ce qui ne sera toujours pas le cas des grands musées, des cinémas et des salles de spectacles.

Les manifestations culturelles et sportives de plein air rassemblant plus de 5 000 personnes sont interdites jusqu’en septembre. Le Premier ministre a donc annoncé la fin de saison pour le monde sportif professionnel (Ligue 1, Ligue 2 et Top 14, entre autres).

Les cérémonies religieuses sont interdites jusqu’au 11 juin. Les cimetières rouvrent bien le 11 mai et les enterrements se poursuivront dans la limite de 20 personnes.

Les plages « resteront inaccessibles au moins jusqu’au 1er juin ». Les parcs et jardins ouvriront uniquement « dans les départements où le virus ne circule pas de façon active ».

Ces mesures seront donc mise en place dès le 11 mai prochain dans les départements autorisés, en « vert ». Une nouvelle évaluation de la situation aura lieu fin mai avec la date du 2 juin en ligne de mire pour élargir les mesures de déconfinement ou au contraire, si nécessaire, les restreindre.

Marianne Chenou et Théo Boscher

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