Rester confiné à l’heure du déconfinement

Depuis le 11 mai, l’heure est au déconfinement. Pourtant, des Français choisissent de rester confinés. Entre angoisse des transports et évolution incertaine de la pandémie, certains confinés expliquent leur choix.

Les 32 départements figurant en rouge, où le nombre de cas et de risques de contamination restent élevés, sont soumis à un déconfinement plus strict.

La peur du monde extérieur

Face à la menace du virus qui plane encore sur le monde extérieur, certaines personnes restent prudentes, voire méfiantes. Plus que l’habitude prise de rester chez soi, c’est la peur du dehors qui pousse de nombreuses personnes à rester confinées.

Sabrina Bensaid est psychologue à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Contrairement à ses confrères, qui reprennent pour beaucoup le chemin de leur cabinet, elle a fait le choix de limiter ses consultations en présentiel, préférant privilégier la téléconsultation : « Je limite moi-même mes déplacements. » Selon ses estimations, 60 % de ses patients souhaitent rester confinés.

Pourquoi rester chez soi alors qu’il est enfin permis de sortir ? Le choix de ne pas se déconfiner est avant tout le résultat d’une angoisse par rapport au danger extérieur. « Ce qui ressort de mes entretiens avec mes patients, c’est que beaucoup de gens ont peur du non-respect des distances de sécurité, de la foule. Ils ont peur des transports notamment« , explique la psychologue.

En région parisienne, la population au kilomètre carré est en effet dense, et les transports souvent surchargés, ce qui ne permet pas le maintien d’une distanciation sociale recommandée. Lundi, au premier jour du déconfinement, des images des lignes habituellement les plus empruntées du réseau RATP et SNCF en Île-de-France, telles que le RER D ou la ligne 13, montrant des rames bondées circulaient sur les réseaux sociaux.

Assistante de direction, Randa, 25 ans, préfère privilégier le télétravail. « Dans l’entreprise où je travaille, nous avons procédé à un vote pour savoir qui souhaitait rester en télétravail jusqu’à fin mai minimum. » Habitante de Villeparisis, en Seine-et-Marne, sa peur est avant tout liée à la situation hygiénique des transports en commun. « Il n’y a pas de mesures d’hygiène qui ont été prises, alors que dans d’autres pays, les transports sont désinfectés », relève-t-elle. Et pourtant, la présidente du Conseil régional d’Île-de-France, Valérie Pécresse, assure que la RATP et la SNCF ont « doublé le nettoyage de toutes les surfaces de contact dans les véhicules, les gares et les stations, avec de puissants désinfectants, comme ceux utilisés dans les hôpitaux. »

Le risque d’une deuxième vague

Pour beaucoup, la possibilité d’une deuxième vague inquiète. « J’ai peur que ce soit comme dans certains pays, où de nouveaux cas se sont déclarés aussitôt le déconfinement annoncé« , affirme Randa. En Allemagne, en effet, le land de Rhénanie du Nord-Westphalie a dû procéder à un reconfinement de sa population, deux jours après l’annonce d’un déconfinement progressif dans le pays.

« Il y a encore énormément de cas, de morts« , souligne de son côté Sarah, Montreuilloise et étudiante en langues, qui n’a pas l’intention de quitter son domicile pour motif autre que celui de faire ses courses.  La France est le sixième pays qui compte le plus de cas (176 782 au 10 mai 2020), après la Russie et le Royaume-Uni.

Située en zone rouge, la région île-de-France est, elle, la plus touchée par la pandémie avec 6474 morts ( 10 mai 2020), et comporte toujours davantage de risques. « Je me sens responsable pour ma famille », ajoute la jeune étudiante.  « Je ne vais pas jouer avec la vie de mes proches. Je tiens trop à eux pour me dire que c’est moi qui ai transmis le virus si je l’attrape« , explique de son côté Chérazade, actuellement serveuse en chômage partiel à Saint-Raphaël, dans le Var.

Certains préfèrent observer l’évolution de la situation avant de prendre une quelconque décision quant à un éventuel déconfinement. Actuellement confinée chez ses parents à Vernon, en Haute-Normandie, Ramata affirme de son côté vouloir attendre une à deux semaines avant de se déconfiner progressivement. En chômage partiel, la jeune femme de 23 ans se dit choquée en observant « les longues files de queue [se former] pour entrer dans des boutiques de vêtements comme Zara. Il est encore trop tôt pour déconfiner, c’est encore trop risqué », ajoute-t-elle.

Une incertitude qui inquiète

Pour la psychologue Sabrina Bensaid, ce désir de rester confiné vient également de l’incertitude qui prédomine. Toutes les personnes interrogées soulignent les propos contradictoires du gouvernement, et la méconnaissance du virus, suscitant inquiétude et incompréhension. « On a l’impression que le gouvernement ne sait pas ce qu’il fait,  un coup les masques ne sont pas nécessaires pour les personnes non malades, puis ils finissent par être obligatoires« , explique la psychologue, nourrissant une méfiance face à la gestion politique du gouvernement en matière de santé publique.

Un sentiment partagé par Randa pour qui il y a encore « trop de flou autour du virus. Ce qui me fait le plus peur, ce sont les éventuels porteurs sains« , souligne-t-elle. Ramata, elle, pense que le déconfinement répond à une nécessité économique, au détriment de la santé des individus. L’économie française a en effet perdu six points de croissance en deux mois de confinement, selon la Banque de France.

« J’ai le sentiment personnel que le coronavirus est traité dans les médias comme un fait divers, ce qui alimente la peur des gens« , renchérit Sabrina Bensaid. La psychologue explique également que dans les cas les plus graves, cette peur donne lieu à des crises d’angoisse, conduisant les personnes aux urgences. Une crainte liée au Covid-19, qui  accentue certaines pathologies mentales comme la paranoïa et alimente les théories du complot.

Soraya Boubaya

Rubrique | Fraîche Info

Piégés entre les murs de leur jolie école toute de briques vêtue, nos rédacteurs assurent en live le suivi de l’actu française et internationale.

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